Viktor Tsoï: le roi est mort, mais il chante encore

Viktor Tsoï, Moscou, 1986.

Viktor Tsoï, Moscou, 1986.

MAMM
Le 21 juin, l’un des musiciens rock les plus populaires de Russie aurait fêté son 55ème anniversaire. Pourquoi est-il toujours aussi célèbre ? Pourquoi son armée de fans, loin de diminuer, est en progression ? Il existe au moins cinq raisons à ce phénomène.

1.  « Personne ne composait comme lui »

Viktor Tsoï est sans doute la plus grande star de la culture de masse des jeunes durant la Perestroïka, cette époque de réformes radicales de la société soviétique menées au milieu des années 1980, durant laquelle les autorités ont « réhabilité » la musique rock en Union soviétique et les journaux ont eu le droit de consacrer des articles à des concerts. Lui et son groupe Kino (Cinéma) étaient sans doute les plus populaires de la scène rock de l’époque.

Viktor Tsoï, Moscou, 1986. Crédit : MAMMViktor Tsoï, Moscou, 1986. Crédit : MAMM

Les membres de Kino étaioent en osmose avec les jeunes. Ils leur parlaient une autre langue, qui leur était proche, mais qui n’en était pas moins profonde et poétique. Une autre idole rock de l’époque, Boris Grebenchtchikov, leader du groupe Aquarium, disait : « Il (Viktor Tsoï) est un génie de la simplicité, de la netteté et de la sincérité. Personne d’autre en Russie ne composait comme lui. Alors qu’il était encore tout jeune, je lui ai dit qu’un jour tout le monde se retrouverait dans l’ombre, alors que son groupe deviendrait le premier de Russie. Il ne me croyait pas et riait. Il pensait que je plaisantais ».

2.  Le temps des « Changements ! »

Même si les chansons de Viktor Tsoï évoquaient les émotions d’un homme en particulier, c’est lui qui est devenu l’auteur du grand tube de l’époque intitulé Changements !. La chanson a été interprétée par certains comme un appel politique à des réformes radicales du mode de vie soviétique. Diffusée pour la première fois en 1986, elle doit sa célébrité au film légendaire Assa réalisé par Sergueï Soloviov et sorti en 1987. La chanson a été rapidement qualifiée d’hymne à la Perestroïka.

En évoquant ce qui l’a impulsé entre autres à entamer des réformes en URSS, le leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev cite notamment cette chanson de Viktor Tsoï qui, selon lui, reflétait l’aspiration ardente de la population à des changements.

« Nos cœurs réclament des changements,

Nos yeux réclament des changements.

Dans nos rires et nos larmes,

Dans la pulsation de nos veines,

Des changements !

Nous attendons des changements ».

Il n’est pas difficile de constater dans ces paroles une sorte de manifeste politique.

Toutefois, les musiciens de Kino rejetaient une interprétation aussi univoque. L’un d’eux, Alexeï Rybine, insistait : Viktor Tsoï ne parlait pas de changements politiques, mais de changements profonds à l’intérieur de soi.

3.  Biographie

La popularité de Viktor Tsoï était due partiellement à sa biographie. Issu d’une famille modeste et fils d’un simple ingénieur soviétique, il a travaillé au début des années 1980 comme ouvrier dans une chaufferie de sa ville natale, Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg). Cette chaufferie a été baptisée Kamtchatka (péninsule de l’Extrême-Orient russe) et est devenue un lieu légendaire. Un documentaire consacré à Viktor Tsoï contient un fragment où il jette du charbon dans le foyer en disant : « Je me sens simplement libre. Complètement libre ».

En 1986, à Moscou. Crédit : MAMMEn 1986, à Moscou. Crédit : MAMM

Viktor Tsoï était devenu chauffeur pour que les autorités ne l’accusent pas de parasitisme social, parce que ses occupations musicales se situaient en dehors des structures officielles de l’époque. L’absence de toute activité était une infraction en Union soviétique et les chômeurs étaient considérés comme des délinquants. Par la suite, la chaufferie a été transformée en musée de Viktor Tsoï.

4.  Le groupe Kino au cinéma

Le cinéma a également contribué à la popularité du groupe Kino. Outre le film Assa qui diffuse à la fin un extrait de concert du groupe, le leader de Kino a tenu le rôle principal dans le film Igla (L’Aiguille) de 1988 où le personnage de Viktor Tsoï engage un combat perdu d’avance contre les trafiquants de drogue. Le film comprend deux chansons extrêmement populaires du groupe : Une étoile nommée Soleil et Groupe sanguin.

Scène du film Igla. Crédit : Global Look PressScène du film Igla. Crédit : Global Look Press

Igla est devenu leader du box-office soviétique en 1989. Selon un sondage de la revue consacrée au cinéma Écran soviétique, Viktor Tsoï est devenu meilleur acteur de l’année.

5.  Culte de Viktor Tsoï

Le leader de Kino a trouvé la mort dans un accident de la route en 1990, à quelques dizaines de kilomètres de Riga, quand son véhicule est sorti sur la voie inverse. Les experts estiment que la cause la plus probable du drame est la fatigue : Viktor Tsoï aurait pu s’endormir au volant. Il n’avait que 28 ans. Cette mort tragique a généré un véritable culte de Viktor Tsoï, affirment certains.

Crédit : APCrédit : AP

Son symbole est le Mur de Tsoï dans le centre-ville de Moscou, dans la célèbre rue artistique Arbat. Les graffitis et les inscriptions y sont rénovées depuis 27 ans et vont de « Tsoï est vivant » à « Viktor n’est pas mort, il est sorti fumer une clope ». Des murs du genre existent également dans plusieurs autres villes.

Viktor Tsoï reste l’un des musiciens les plus populaires de Russie. Le moteur de recherche Yandex a calculé que le temps total d’écoute des chansons de Viktor Tsoï sur la plateforme consacrée à la musique a dépassé mille ans. Le grand réalisateur Kirill Serebrennikov entamera prochainement le tournage d’un film consacré au musicien, tandis que ses chansons sont régulièrement reprises par les stars actuelles.

À ne pas manquer : 

Motorama, le rock russe débarque sur les scènes françaises

Édition spéciale : Detsl a.k.a. Le Truk Balalike it !

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.