Cinq adaptations insolites des classiques de la littérature russe

Raskolnikov rock-star, Pouchkine version film d’horreur… Des spectacles aussi brillants que dérangeants !

Raskolnikov rock-star, Pouchkine version film d’horreur… Des spectacles aussi brillants que dérangeants !

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De Raskolnikov rock-star à Pouchkine version film d’horreur, ces spectacles sont aussi brillants que dérangeants.

L’opéra-pop américain Natacha, Pierre et la Grande Comète de 1812, basé sur Guerre et Paix de Tolstoï, a reçu 12 nominations aux prestigieux Tony Awards. RBTH s’intéresse aux autres mises en scènes inhabituelles de romans russes classiques.

1. L’opéra-rock en plein air Crime et Châtiment

Crédit : Service de presseCrédit : Service de presse

Durant l’été 2016, les Londoniens ont pu admirer un spectacle unique. Le roman classique Crime et Châtiment, écrit il y a 150 ans par Fiodor Dostoïevski, a été transformé en une véritable comédie musicale rock par le metteur en scène britannique Phil Willmott.

Dans la version de Willmott, le protagoniste Raskolnikov n’est pas un personnage sombre et tourmenté par ses démons, mais plutôt un héros, un combattant de la vérité et de la foi qui refuse que la vieille usurière (qu’il assassine) se tienne sur le chemin de sa liberté et de son bonheur.

Alors que le Raskolnikov de Dostoïevski est tourmenté par sa conscience après le meurtre, le personnage de Willmott est plus agressif, exprimant ses sentiments par des ballades rock et des scènes touchant parfois à la comédie. Dans l’un des passages, des foules de vieilles dames hideuses à la tête ensanglantée dansent autour de Raskolnikov, le poussant au bord de la folie.

Sonia Marmeladova, l’amante de Raskolnikov jouée par l’actrice rousse Rachel Delooze, fait écho à Magdalena de l’opéra rock Jesus Christ Superstar et à Sansa Stark de Game of Thrones.

2. Les contes de fées de Pouchkine

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Cette œuvre est une collaboration entre le célèbre metteur en scène Robert Wilson et le Théâtre des Nations de Moscou. L’œuvre de Wilson est bien loin des interprétations classiques de ces contes folkloriques, qui enflamment l’imaginaire de nombre de personnes, surtout après avoir regardé les célèbres illustrations d’Ivan Bilibine.

Les personnages ne sont pas les tsars russes traditionnels ou des jeunes femmes changées en cygnes : comme dans toutes les œuvres de Wilson, ils deviennent des monstres aux visages livides maquillés à la japonaise.

Ajoutez à cela des motifs orientaux accompagnés par la musique du duo américain CocoRosie avec des éléments de rap… Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ambiance est aux antipodes de ce que l’on s’attend à trouver dans des contes de Pouchkine.

Partant du fait que pratiquement tous les Russes connaissent Pouchkine sur le bout des doigts, Wilson abandonne en partie le scénario, ne laissant qu’une sensation de ce qui est en train de se passer. Il change complètement le rythme de la narration, confinant au grotesque, ajoute de nouveaux refrains et beaucoup d’humour.

Le directeur artistique du Théâtre des Nations, le célèbre acteur Evgueni Milonov, joue dans l’œuvre le rôle du narrateur.

3. Anna Karénine, la comédie musicale

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Ce roman de Tolstoï a inspiré pas moins de 30 adaptations en film, un ballet et des douzaines de pièces de théâtre.

Le secret de la popularité du roman réside dans son scénario : une histoire d’amour, d’adultère, d’enfants, des sujets intemporels, pertinents et qui touchent les lecteurs, quelle que soit l’époque dans laquelle ils vivent où ont vécu.

Le Théâtre d’Opérette de Moscou a aussi adapté l’un des plus célèbres romans russes d’une façon inhabituelle. Le personnage principal de leur comédie musicale est le train. Il aveugle le public de ses projecteurs dès le début du spectacle, et dans la dernière scène, Anna Karénine tombe sous les roues. Dans la nuit, une immense roue suspendue au plafond continue de tourner, rappel du destin inéluctable et du sort injuste.

La comédie musicale se déroule sur fond de « rock symphonique », selon la définition qu’ont donnée les critiques du style musical de l’œuvre, joué par un orchestre en direct. La comédie musicale se joue toujours à Moscou.

4. Donka, une mise en scène acrobatique de Tchékhov

Crédit : Vladimir Vyatkine / RIA NovostiCrédit : Vladimir Vyatkine / RIA Novosti

Anton Tchékhov est l’un des écrivains les plus souvent mis en scène, ne le cédant sans doute qu’à William Shakespeare. Avec le metteur en scène suisse Daniele Finzi Pasca, avec le Théâtre Vidy, Lausanne a vu les œuvres de Tchékhov sous un nouveau jour.

Un donka est un bâton utilisé pour pêcher en eau profonde, et Pasca s’en sert pour attraper des personnages issus des histoires de Tchékhov et les attirer sur scène. La pièce est basée sur les carnets et les notes de Tchékhov, que le metteur en scène traduit en « langue des clowns ».

« J’ai voulu donner forme aux silences compris dans les notes de ses carnets et créer des images à partir de ses annotations, explique Finzi Pasca. Je viens d’un théâtre qui est profondément imprégné par la langue des clowns, des jongleurs, par le monde magique et délicat des acrobates ».

La pièce a été montrée pour la première fois en 2009 au Festival international de Théâtre Tchékhov de Moscou, et a également été donnée dans plusieurs théâtres d’Europe.

5. Les trois sœurs, version androïde

Crédit : École d'art dramatiqueCrédit : École d'art dramatique

C’est une expérience théâtrale qu’a mise en scène le Japonais Oriza Hirata. Les robots y jouent aux côtés des acteurs.

Hirata a complètement réécrit le scénario : tous les personnages ont reçu des noms japonais et l’histoire se déroule dans une énorme usine de robots. L’une des sœurs meurt et est remplacée par un androïde.

Hirata a joué sa pièce à Moscou en 2013 et attendait avec impatience la réaction du public russe. Selon la chaîne de télévision Moskva 24, l’accueil du public a été favorable, les robots surent séduire les spectateurs, qui ont senti l’esprit de Tchékhov illuminer toute l’œuvre. 

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