L’écrivain Sergueï Dovlatov en dix faits

Sergueï Dovlatov au bureau du journal The New American, 1980.

Sergueï Dovlatov au bureau du journal The New American, 1980.

photo d'archive
Le 3 septembre 2016 marque le 75ème anniversaire de la naissance de l’écrivain Sergueï Dovlatov. Aujourd’hui ses livres sont traduits en anglais, dans plusieurs langues européennes, en japonais et en hébreu.

1) En Union soviétique, les œuvres de Sergueï Dovlatov n’étaient pas publiées par principe. Les magazines ne voulaient pas de son regard caustique sur la vie soviétique. Son recueil La Zone sur le quotidien des prisonniers et des gardiens de camp lui ferma à jamais les portes de la presse soviétique. Les œuvres de Dovlatov circulèrent longtemps dans le pays sous forme de manuscrits clandestins. Pour la petite histoire : un jour Sergueï Dovlatov envoya dans une revue des vers du grand poète du XIXe siècle Afanassi Fet en les faisant passer pour les siens. Il reçut une lettre du rédacteur disant que l’auteur devait se perfectionner encore et encore. « Sergueï fut très content », disent ses amis.

2) Sergueï Dovlatov était un fervent admirateur d’Alexandre Pouchkine. Il travailla pendant plusieurs années au musée du poète dans son domaine de Mikhaïlovskoïe (région de Pskov, à environ 600 km au nord-ouest de Moscou). Cette époque est décrite dans La Réserve. L’ami de l’écrivain, Alexander Guenis, rappelle dans son livre Dovlatov et environs que Sergueï avait nommé l’une de ses filles, Alexandra, en l’honneur de Pouchkine.

3) A la fin des années 1970, Sergueï Dovlatov quitta l’URSS pour New York où il se fit de nombreux amis parmi les émigrés. Il rencontra à plusieurs reprises le poète Joseph Brodsky. Il se préparait toujours très attentivement à ces entretiens. « Je crois que Brodsky était le seul homme que Sergueï craignait », racontait Alexander Guenis. Mais en fait, tout le monde redoutait et vénérait Brodsky, réalisant l’ampleur de sa personnalité.

Sergueï Dovlatov et Joseph Brodsky. Photo d'archiveSergueï Dovlatov et Joseph Brodsky. Photo d'archive

4) Après la publication d’une nouvelle de Sergueï Dovlatov dans le New Yorker, l’écrivain américain Kurt Vonnegut écrivit : « J’attends beaucoup de vous et de vos œuvres. Vous avez un grand talent que vous êtes prêt à sacrifier à ce pays fou. Nous sommes heureux de vous accueillir ici ».

5) Selon Joseph Brodsky, les jeunes filles du monde de la littérature le surnommaient « notre Arabe » parce qu’il ressemblait un peu à l’acteur de cinéma Omar Sharif. Sergueï Dovlatov était un grand brun. L’une de ses épouses, Tamara, se souvient de la façon dont il s’était décrit en lui fixant leur premier rendez-vous au téléphone : « Je ressemble à un vendeur de fruits secs. Je suis grand et noir, je vous ferai peur ! ».

6) Sergueï Dovlatov était maladivement ponctuel et avait horreur des retards. Il était perfectionniste jusqu’au bout des ongles non seulement dans sa prose, mais également dans sa vie. Des lacets défaits, un mot dit mal à propos, un accent tonique erroné ou l’ingratitude l’énervaient extrêmement.

Aussi attentif que soit le lecteur, il ne trouvera jamais chez Dovlatov une phrase où les mots commencent par la même lettre. En outre, il n’a jamais commencé ni terminé une nouvelle par une phrase drôle.

7) L’humour, selon Sergueï Dovlatov, n’est ni un moyen ni une fin en soi, mais un instrument de connaissance de la vie. Quand on étudie un phénomène, il suffit de lui trouver quelque chose de comique pour qu’il se présente dans toute son intégralité. Selon Alexander Guenis, Sergueï Dovlatov assurait que Dostoïevski était l’auteur le plus drôle de la littérature russe et incitait tout le monde à traiter le sujet dans une thèse de doctorat.

8) L’une des filles de Sergueï Dovlatov, Katerina, vit à New York. Grâce à ses efforts, une rue de la ville a été nommée en l’honneur de son père. En outre, elle a traduit en anglais La Réserve que Dovlatov lui-même qualifiait d’intraduisible en raison du langage spécial de certains personnages.

9) Jeune, Sergueï Dovlatov aimait boxer. Certains disaient qu’il avait suivi un entraînement intensif. En Amérique, il regardait souvent des matchs à la télévision et admirait Mohamed Ali.

10) Sergueï Dovlatov honnissait les musées, l’amour de la nature, la notion même du pittoresque, mais aimait beaucoup la musique. Un jour il chanta lors d’une rencontre avec ses lecteurs. Il a écrit de nombreux articles sur le jazz. C’est d’ailleurs au jazz qu’est consacré son dernier article rédigé pour le journal The New American.

Contexte

L’anniversaire de Sergueï Dovlatov ou le Jour D sera fêté du 2 au 4 septembre prochain à Saint-Pétersbourg sur l’initiative de l’historien Lev Lourié. On organisera à cette occasion une exposition photos de Dovlatov, un festival du film, une conférence, une manifestation dans la rue Rubinstein où a vécu l’écrivain, des séances de lecture de ses œuvres, des visites dans les lieux liés à son nom, des quiz et un concert de jazz. Début août, Saint-Pétersbourg a entamé une collecte de signatures pour élever un monument à Sergueï Dovlatov, qui sera inauguré le 6 septembre sur la rue Rubinstein.n

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