La Galerie Tretiakov en dix faits insolites

A la Galerie Tretiakov.

A la Galerie Tretiakov.

Lori/Legion Media
Russia Beyond se souvient de faits marquants de l’histoire de cette fabuleuse collection d’art russe.

1. Le premier pas : l’achat d’un tableau de genre

L’histoire de la Galerie débute avec l’achat par l’entrepreneur et collectionneur russe Pavel Tretiakov du tableau de Vassili Khoudiakov intitulé L’échauffourée avec les contrebandiers finlandais. Le mécène le trouva en 1856 dans l’atelier du peintre à Saint-Pétersbourg et l’obtint pour 450 roubles (environ 7 000 euros aujourd’hui). Ce tableau est le point de départ de ce qui devint avec le temps la plus grande collection d’art russe. Il se trouve actuellement dans la salle 16 de la Galerie.

L'échauffourrée avec les contrebandiers finlandais. Crédit : service de presseL'échauffourée avec les contrebandiers finlandais. Crédit : service de presse

2. Les débuts : la Galerie est fondée par deux frères

Le frère cadet, Sergueï, collectionna lui aussi au début des œuvres de peintres russes. Le premier tableau de sa collection fut le paysage Le monastère Ipatiev près de Kostroma d’Alexeï Bogolioubov. Il l’acheta sur le conseil de Pavel. Plus tard, si le frère aîné ne pouvait pas pour une raison ou une autre acquérir un tableau, c’est le cadet qui prenait le relais.

Esquisse de la façade de la Galerie. Crédit ; ArchivbildEsquisse de la façade de la Galerie. Crédit ; Archivbild

3. La collection : la Galerie Tretiakov présentait la peinture tant russe qu’occidentale

Avec le temps, le frère cadet se tourna vers les artistes ouest-européens, essentiellement les représentants de la peinture romantique et réaliste française. Il légua sa collection à son frère. Les tableaux furent transportés dans sa propriété de la ruelle Lavrouchinski. En 1892, Pavel fit don à la ville de l’ensemble de la collection et de la maison. Durant la période soviétique, en 1925, les œuvres des peintres étrangers furent partagées entre le Musée des Beaux-Arts Pouchkine et l’Ermitage. C’est ainsi que le Musée Pouchkine devint propriétaire de L’amour au village de Jules-Bastien Lepage.

4. Le legs : la Galerie est remise au peuple de Russie

Le premier testament évoquant la fondation de la Galerie fut rédigé par Tretiakov alors qu’il avait 28 ans. Plus tard, remettant sa collection à la ville, il avança plusieurs conditions : la Galerie doit être ouverte « pour toujours », l’entrée doit y être gratuite et elle doit accueillir les visiteurs au moins quatre jours par semaine, exception faite pour Pâques, Noël et le Nouvel an.

Crédit ; Lori/Legion MediaCrédit : Lori/Legion Media

5. Un sujet historique : le tsar indigné

Le premier tableau de la collection de Tretiakov reprenant un sujet de l’histoire russe fut la toile de Konstantin Flavitski La princesse Tarakanova dans son cachot. La princesse se faisait passer pour la fille de l’impératrice Elisabeth Petrovna et du comte Alexeï Razoumovski. Sur ordre de Catherine II, elle fut capturée par ruse en Italie, ramenée en Russie et emprisonnée dans la forteresse Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg où elle mourut. Le tsar Alexandre II n’apprécia pas le tableau : il ordonna d’indiquer dans le catalogue de l’exposition de l’Académie des Beaux-Arts que le sujet n’était pas conforme à la réalité.

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6. Les femmes,  grandes absentes de l’inauguration

Le jour de l’inauguration, en août 1893, la Galerie des frères Pavel et Sergueï Tretiakov accueillit environ 700 personnes : peintres de différentes générations, étudiants, artisans, commerçants, commis et paysans, selon les médias. Et pratiquement aucune femme parmi les visiteurs.

7. La censure : elle vient frapper un célèbre tableau de Répine

Certaines œuvres de la grande collection furent interdites à l’exposition. La première à subir les foudres de la censure fut Ivan le Terrible et son fils Ivan le 16 novembre 1581 d’Ilia Répine (plus connue sous l’appellation Ivan le Terrible tue son fils). Le tableau irrita le tsar Alexandre III et le 1er avril 1885, il fut interdit d’être exposé. Tretiakov fit même construire une annexe pour y présenter le tableau à quelques élus. Ce n’est que trois mois plus tard qu’il fut possible de lever l’interdiction.

Crédit : wikimedia.orgCrédit : wikimedia.org

8. Le collectionneur : plus apprécié par les peintres que le tsar

Le prestige de Tretiakov auprès des peintres était si élevé que le droit d’acheter n’importe quel tableau lui était accordé a priori. Sa célèbre phrase « Je vous prie de mettre le tableau sur mon compte » était un signe de qualité, car le goût et l’intuition du collectionneur pour les chefs-d’œuvre étaient incontestables. Si la toile intéressait Tretiakov, même la famille du tsar n’était pas sûre de pouvoir l’acheter.

Pavel Tretiakov. Crédit : wikmedia.orgPavel Tretiakov. Crédit : wikmedia.org

9. Un pavillon spécial construit pour un tableau d’Ivanov

Le tableau L’apparition du Christ au peuple a été acheté pour 15 000 roubles (environ 217 000 euros aujourd’hui) par le tsar Alexandre II quelques heures après la mort de son auteur, Alexandre Ivanov. Pavel Tretiakov n’eut que les esquisses. En 1925, le pouvoir soviétique décida de remettre l’œuvre à la Galerie Tretiakov. Spécialement pour l’occasion, on construisit une salle capable d’accueillir ce tableau de 5,4 m x 7,5 m. C’est ici qu’il se trouve depuis 1932.

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10. Le fondateur de la Galerie : son buste remplaça la sculpture de Staline

Un monument de Lénine s’élevait devant la Galerie Tretiakov jusqu’en 1938. L’année suivante, il céda sa place à une sculpture de Staline. Ce n’est qu’en 1980 que celle-ci a été remplacée par un monument au fondateur du musée. La sculpture de Staline reste toujours sur les lieux, mais elle a été déplacée dans une cour intérieure.

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