Le destin tourmenté du musée du design de Moscou

Le Musée du design de Moscou est méconnu en Russie, mais organise des expositions à succès en Hollande et à l’EXPO de Milan. En outre, il et prépare actuellement la biennale de Londres, ainsi qu’une collaboration avec des musées américains.

Source : Service de presseL'exposition du design soviétique au Manège de Moscou. Source : Service de presse

« C’est un succès incroyable !», raconte Alexandra Sankova, directrice du Musée du design de Moscou, revenant sur ses interventions lors des congrès internationaux annuels de l’association des musées du design, organisés par le célèbre musée allemand Vitra.

Retenant leur souffle, les directeurs des prestigieux musées du design de Londres, Barcelone et New York surveillent le destin sinueux de leurs collègues nomades de Moscou et s’émeuvent de leur vivacité.

« D’abord, nous leur avons parlé d’un musée dans un bus. Un an plus tard, quand nous sommes arrivés, notre situation avait changé – nous avons obtenu la Salle centrale d’exposition Manège, près de la place Rouge ! Un an plus tard, nous leur expliquions avoir quitté le Manège, mais être en train d’organiser une exposition au musée Pouchkine », raconte Mme Sankova.

Les débuts

Le musée a été créé par Mme Sankova en 2012. Il se voulait une plateforme mobile avec des expositions éducatives et des conférences. Le dépôt de bus a fourni un autobus gratuit, un espace sur roues d’une surface de 25 m2, qui devait sillonner Moscou et sa région.

Source : Service de presseAlexandra Sankova. Source : Service de presse

La collection du musée comprend principalement des objets de design russe depuis 1910. « Notre musée s’intéresse au patrimoine. 75% de la collection porte sur le design russe, les 25% restants - sur des objets occidentaux, des icônes de style que nous pouvons nous permettre. Nous avons commencé à réunir la collection à partir de notre propre grande collection de design graphique et d’affiches. Petit à petit, nous avons ajouté des objets : des appareils et des meubles. Les pièces nous sont souvent offertes. Les designers qui travaillaient naguère à l’Institut panrusse de recherche scientifique en esthétique technique nous offrent leurs archives personnelles », raconte la directrice.

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L’errance

Mais la donne a changé. Le bus n’est jamais parti, et le musée a été abrité par le Manège. La première exposition, une rétrospective du Design soviétique 1950-1980, a attiré des foules de spectateurs aguerris (elle a accueilli 150 000 personnes).

Fort de son succès, le musée a organisé une exposition sur l’emballage russe depuis la fin du XIXe siècle et jusqu’à nos jours, puis a amené à Moscou le projet néerlandais Nouveau luxe. Le design à l’ère de l’ascétisme, présentant des objets cultes du design hollandais. Peu après la fin de cette exposition, la direction du Manège a changé et le musée a été prié de plier bagage.

L'exposition sur l'emballage. Source : Service de presseL'exposition sur l'emballage soviétique. Source : Service de presse

Le musée s’est retrouvé à la rue à la veille des Jeux olympiques de Sotchi, pour lesquels Mme Sankova préparait l’exposition Sportcult, consacrée à la manière dont les idées du sport ont trouvé leur expression dans l’art d’avant-garde, les affiches et le cinéma.

Le projet a déménagé dans la galerie Prawn, installée dans le célèbre pôle artistique moscovite Vinzavod, puis a été invitée à présenter le design britannique dans les murs du musée Pouchkine à Moscou. Le projet De William Morris à la technologie numérique, dédié à l’année Russie-Grande-Bretagne, a été conçu par le musée du design en collaboration avec le Victoria and Albert Museum de Londres.

En été 2015, le musée a participé à l’exposition du pavillon russe à l’Expo 2015 à Milan.

L’avenir

La directrice n’envisage pas de réduire la fréquence des expositions, même si le musée n’a plus d’adresse fixe. Récemment, Alexandra s’est rendue à New York, au musée du design Cooper Hewitt, qui vient de rouvrir après restauration. Elle dit avoir « intéressé les commissaires avec l’exposition Design soviétique, qui venait de s’achever au Kunsthal de Rotterdam, où elle a rencontré un franc succès ».

A New York également, Sankova mène des négociations avec le département cinématographique du musée d’art moderne MoMA sur l’organisation éventuelle en 2017 de l’exposition Mosfilm et Hollywood, qui serait consacrée aux liens entre l’usine à rêves et le plus ancien studio cinématographique russe.

Source : Service de presseSource : Service de presse

Prochainement, le musée du design se prépare à participer à la biennale du design de Londres (London Design Biennale 2016, 7-27 septembre), consacrée aux nouvelles technologies et au design industriel. Lors de son séjour à Moscou, le directeur de Victoria and Albert Museum a proposé à Mme Sankova de participer dans ce projet. L’usine automobile Kamaz a accepté de financer cette participation.

« Nous présenterons l’histoire du design russe, toutes périodes et tendances confondues, et montrerons comment, malgré les difficultés et les cataclysmes historiques, le design continuait à vivre. Une situation, d’ailleurs, très proche de celle du Musée du design de Moscou », plaisante la directrice.

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