Dostoïevski, Gogol et Tolstoï : les secrets du look des écrivains russes

Léon Tolstoï

Léon Tolstoï

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On les reconnaît au premier coup d’œil, les grands classiques de la littérature russe. Il s’avère pourtant que non seulement leurs œuvres, mais également leur physique sont le résultat d’une recherche créative. Voici plusieurs véritables métamorphoses.

Nicolas Gogol

Nicolas Gogol. Crédit : TASS

Arrivé des régions méridionales de l’Empire russe, il essaie de suivre la mode : les cheveux coupés court, il porte un col rigide et il passe beaucoup de temps à nouer soigneusement sa cravate. Mais il manque d’argent. Selon ses contemporains, il était à la fois chic et négligé.

Gogol a sur la tête une touffe de cheveux qui dépasse dans tous les sens. Ça ne lui plaît vraiment pas et il laisse pousser ses cheveux. Finalement, il décide de laisser également pousser sa moustache pour détourner l’attention de son long nez dont il a honte.

Ivan Tourgueniev

Ivan Tourgueniev. Crédit : TASS

Fils d’une propriétaire foncière, Ivan Tourgueniev, étudiant à l’Université de Moscou, s’habille et se rase comme tous les jeunes hommes de son entourage. Après avoir obtenu son diplôme, il passe beaucoup de temps à l’étranger, il connaît la gloire littéraire et commence à se faire une réputation. C’est à cette époque, dans les années 1840, qu’il commence à laisser pousser ses cheveux et sa barbe. Ainsi, il ressemble plus à un « propriétaire terrien russe », tel qu’il aimait se présenter dans ses œuvres, d’autant plus qu’Ivan Tourgueniev était haut de stature, ce qui le rendait imposant.

Sa barbe lui permet de dissimuler son menton un peu veule. Avec le temps, sa célèbre crinière devient parsemée de cheveux blancs, ce qui lui donne un air noble : l’image de l’Européen russe est définitivement formée.

Léon Tolstoï

Léon Tolstoï. Crédit : TASS

Officier d’artillerie, il est obligé de suivre les règles officielles de l’armée pour ce qui est de la chevelure et de la barbe. Aujourd’hui encore, les militaires apprécient des cheveux soigneusement coupés et un visage bien rasé. Dans l’Empire russe, l’allure d’un officier devait être strictement conforme à nombre de règles.

Mais une fois à la retraite, Léon Tolstoï se laisse pousser la barbe, l’une des plus célèbres de la culture russe. Qui plus est, à l’époque, c’est un signe de révolte contre le diktat de l’Etat. L’écrivain change également son style vestimentaire : la « simplicité paysanne » de la garde-robe du comte a tout pour épater.

Fiodor Dostoïevski

Fiodor Dostoïevski. Crédit : TASS

Diplômé de l’Ecole d’ingénieurs en 1841, ayant le reçu le grade d’aspirant, Dostoïevski se conforme lui aussi à l’ordre donné aux militaires de se raser. Quelques années plus tard, il est arrêté dans le cadre du dossier du Cercle de Pétrachevski (organisation de libre pensée révolutionnaire réunie autour du philosophe Mikhaïl Pétrachevski) et condamné au bagne. En Sibérie, il sert comme soldat puis comme sous-officier et a toujours les cheveux coupés très court.

Quand il est gracié, Dostoïevski revient dans la partie européenne de la Russie : c’est ce physique-là que nous connaissons. Les cheveux, qu’il enduit largement de pommade et qu’il lisse, sont, selon ses contemporains, « blanchâtres, très fins et fuyant le front ». Et comme nombre d’hommes qui perdent leurs cheveux, il décide de se faire pousser la barbe.

Le grand écrivain soignait son aspect physique. Sa barbe aux poils rares le désolait. D’autant plus que ses jeunes nièces s’en moquaient. Au lieu de lui donner une allure de propriétaire foncier ou de paysan, sa barbe lui confère des traits de martyr presque évangélique, ce qui se marie très bien à l’ambiance de ses œuvres. En outre, Dostoïevski a eu pendant un certain temps les yeux de couleur différente : s’étant blessé un œil lors d’une attaque épileptique, il le soignait à l’atropine, ce qui lui a donné une couleur noire à cause d’une pupille dilatée, alors que l’autre œil était resté marron.

Ivan Bounine

Ivan Bounine. Crédit : TASS

Noble et snob, Ivan Bounine a le temps, avant la Révolution d’Octobre, de se retrouver dans les milieux littéraires de l’âge d’argent, d’obtenir deux Prix Pouchkine et d’être élu à l’Académie impériale de Russie. Les dames l’admiraient, et c’était réciproque. Les photos de cette époque présentent l’écrivain comme un homme très chic : barbiche, moustache pimpante et costume élégant.

Les années 1920 marquent un tournant non seulement pour la Russie, mais également pour les autres pays qui ont traversé la Première Guerre mondiale. C’est la fin de la Belle Epoque, du temps des dames en corset au regard langoureux et de cavaliers à barbe aux manières raffinées. Ce sont les Années folles qui viennent s’installer : les hommes deviennent plus rudes et commencent à se raser soigneusement. Ivan Bounine, qui se trouve en émigration, adopte la nouvelle mode qui lui va à ravir. Ses traits ciselés ne sont plus dissimulés par des poils démodés : nous voyons un visage découvert sérieux qui concorde entièrement avec la prose de Bounine.

Source : Culture.ru

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