George Balanchine : une étoile filante russe de Paris à New-York

George Balanchine et Suzanne Farrell, danseuse étoile du New York city Ballet, parée des plus belles pieces de Van Cleef and Arpels (2 à 3 milliards de dollars) pour le ballet "Joyaux" de Balanchine le 24 septembre 1976 à Paris.

George Balanchine et Suzanne Farrell, danseuse étoile du New York city Ballet, parée des plus belles pieces de Van Cleef and Arpels (2 à 3 milliards de dollars) pour le ballet "Joyaux" de Balanchine le 24 septembre 1976 à Paris.

Photoshot/Vostock Photo
Un monument au chorégraphe George Balanchine a été inauguré en septembre dernier à l’Académie de danse Boris Eifman à Saint-Pétersbourg. Ce grand chorégraphe et danseur du XXe siècle est né à Saint-Pétersbourg et a entamé sa brillante carrière en France. Ayant quitté la Russie alors qu’il avait 20 ans, il devient à 44 ans l’un des fondateurs du New York City Ballet.

George Balanchine avait horreur de raconter le sujet de ses ballets. Il qualifiait ses collègues et lui-même de « minorité silencieuse » qui danse. Aux questions des danseuses ce que signifie tel ou tel geste, il répondait : « Ne pense pas pourquoi tu le fais. Exécute simplement le mouvement ». On a l’impression que les spectacles de Balanchine ont été réalisés pour un spectateur qui n’a jamais vu de ballet, mais qui souhaite ardemment l’aimer.

George Balanchine est né en 1904 à Saint-Pétersbourg et a traversé toutes les épreuves endurées par sa génération. Toutefois, comme nombre de gens de son âge – des émigrants russes misérables métamorphosés en génies en Occident – il a vécu pour goûter aux plaisirs de la vie comme si les souffrances ne l’avaient pas touché. Pour transformer sa vie en activité créatrice.

Aujourd’hui, des décennies plus tard, le chemin de « Mr. B. », comme l’appellent les Américains avec respect et adoration, semble être une ascension régulière et rectiligne vers la gloire. Cependant, le « gros lot », il ne l’a gagné qu’une fois, quand il a rencontré l’Américain Lincoln Kirstein, au début des années 1930.

« Je suis prêt à miser ma vie sur son talent… Il est capable d’accomplir un miracle et ce, sous nos yeux », a écrit celui-ci, en annonçant l’arrivée du chorégraphe en Amérique. Avant sa rencontre avec Lincoln Kirstein, la vie de Balanchine semble être celle d’un raté. En effet, il s’était retrouvé à l’école de ballet auprès du théâtre Marinski uniquement parce que ses parents, qui le voyaient officier de Marine, avaient appris trop tard les dates des examens à l’Ecole maritime.

Il obtient son diplôme avec mention « très bien », mais ne peut pas compter sur les rôles de princes dans les ballets classiques en raison de sa petite taille. Cependant, les critiques l’admirent même dans les plus petits rôles et ses collègues artistes voient en lui le leader du groupe Jeune ballet, pour lequel il réalise ses premières mises en scène au début des années 1920.

Au cours d'une tournée en Allemagne, en 1924, Balanchine décide avec plusieurs autres danseurs soviétiques de rester en Europe. Il s’enfuit à Paris, où Serge Diaghilev l’invite comme chorégraphe aux Ballets russes.

C’est précisément Diaghilev qui transforme Gueorgui Balantchivadze en George Balanchine. Pour faciliter la prononciation, le plus simple est de supprimer la partie du nom renvoyant aux origines géorgiennes de l’artiste. Diaghilev voit dans le jeune homme un talentueux chorégraphe et se charge de former ses goûts, depuis des conseils sur le choix de la garde-robe jusqu’à la démonstration des trésors des musées de l’Europe. Il n’a pas tort, car les derniers triomphes des Ballets russes sont liés aux mises en scènes de Balanchine : Apollon musagète (en 1928) et Le Fils prodigue (en 1929).

La mort prématurée de Diaghilev, en 1929, interrompt le développement impétueux de la carrière de George Balanchine. Habitué à collaborer avec de grands maîtres, comme Stravinsky et Prokofiev, il est obligé d’accepter n’importe quelle proposition. C’est alors qu’il fait la connaissance du mécène des jeunes arts Lincoln Kirstein et qu’il déménage, en octobre 1933, aux Etats-Unis, ne connaissant pas un mot d’anglais.

La poursuite de la carrière aux Etats-Unis n’est pas facile, même avec le soutien de Lincoln Kirstein : le pays préfère nettement la gymnastique au ballet classique. Cela étant, avant de mettre en scène des spectacles, Balanchine doit fonder en janvier 1934 la School of American Ballet. Un an plus tard, il met en scène, pour le premier concert public de ses élèves, Sérénade sur la musique de la sérénade pour cordes de Tchaïkovski. Les professionnels ne peuvent toujours pas expliquer comment le chorégraphe a réussi à réaliser un chef-d’œuvre pour des fillettes ayant à peine fait leurs premiers pas dans la danse.

« Qu’est-ce que c’est que l’inspiration ? Elle n’existe pas. Elle est irréelle, comme l’âme. Elle existe et n’existe pas. Mais la nécessité, elle, elle est réelle » : ces paroles peuvent être considérées comme le mot d’ordre de l’œuvre du grand chorégraphe. Sérénade est l’emblème de son œuvre empreinte d’admiration envers les Américaines, pétulantes, sportives, modernes mais en même temps romantiques.

Dans les premières décennies de sa vie en Amérique, Balanchine doit accepter toutes les propositions qui s’offrent à lui : il fait des mises en scène à Hollywood, travaille sur Broadway et coopère avec le Metropolitan Opera. Par nécessité, il crée 425 opus. Il savait travailler à une vitesse frénétique, il n’avait pas peur de reprendre ses propres citations et il créait des chefs-d’œuvre qui, en dépit de ses prévisions, sont toujours présentés par les troupes du monde entier.

Il a réalisé des mises en scène jusqu’aux derniers jours de sa vie, mais il n’est jamais revenu dans son pays natal, ses ballets étant frappés d’un veto dans le répertoire des troupes soviétiques. Ce n’est qu’actuellement que la Russie vit un véritable Balanchine-boom : les théâtres rivalisent pour le nombre de spectacles de Mr. B., et rien n’empêche désormais d’y entendre un appel d’une beauté raffinée.

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