Les cinq ouvrages majeurs de Svetlana Alexievitch

L’écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch lors d'une conférence à Minsk, Biélorussie, le 8 octobre 2015.

L’écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch lors d'une conférence à Minsk, Biélorussie, le 8 octobre 2015.

Reuters
Le prix Nobel de littérature a été attribué à l’écrivaine et journaliste biélorusse Svetlana Alexievitch. Après une pause de 28 ans, c’est la première lauréate de langue russe à recevoir le principal prix mondial de littérature.

Svetlana Alexievitch est née dans la ville ukrainienne d’Ivano-Frankivsk, a grandi en Biélorussie et a publié ses premiers livres en URSS. Aujourd’hui, ses œuvres sont traduites dans des dizaines de langues. Le travail auquel Svetlana Alexievitch, âgée de 67 ans, a consacré toute sa vie, pourrait être classé dans la catégorie du journalisme d’investigation, célèbre dans les pays anglophones, plus que dans celle des « belles lettres ». Mais il existe toute sorte de lettres, et elles ne sont pas toujours belles. Nous revenons sur les principaux ouvrages de Svetlana Alexievitch qui l’ont conduite au prix Nobel.

La guerre n’a pas un visage de femme(1985)

Le premier livre d’Alexievitch parle des femmes à la guerre. Le thème n’est pas forcément nouveau, mais le degré de sincérité que la journaliste, âgée alors de 35 ans, est parvenue à obtenir chez ses interlocutrices, qui l’ont noyée sous un torrent de détails naturalistes choquants, a été une percée. La banalité apparente du  titre a été perçue comme une accusation. Le livre a été envoyé à l’éditeur en 1983, mais n’a pu voir le jour qu’avec le début de la pérestroïka, suscitant une vague de critiques pour pacifisme, naturalisme et diffamation. Pourtant, à sa sortie, il a reçu le prix du komsomol de Lénine et le prix « jeunesse » d’État de l’URSS et a été traduit dans toutes les langues majeures du monde, proches et lointaines, en bulgare comme en chinois et japonais, et adapté au théâtre et au cinéma (notamment à partir de scénarios écrits par Alexievitch).

Les Cercueils de zinc(1989)

Ce nouveau livre parle d’un autre point douloureux, l’Afghanistan. Quatre ans durant, Alexievitch a rassemblé des documents, notamment en Afghanistan, sur la dernière guerre non-déclarée de l’URSS et, surtout, sur la terreur cachée qui hantait toutes les familles comptant des garçons arrivant à majorité – qu’ils soient appelés, envoyés en Afghanistan et renvoyés chez eux dans un cercueil de zinc… Le livre a également été traduit en allemand, anglais, français et japonais.

Ensorcelés par la mort(1993)

Au cœur de cette investigation journalistique – les suicidés, ceux qui ont perdu le sens de la vie suite au changement brutal de l’ordre social. Le livre a d’abord été publié en biélorusse (cas rarissime dans la carrière d’Alexievitch). Mais l’auteure a rapidement compris que le problème ne touchait pas uniquement son pays avec sa population de 10 millions d’habitants, mais l’ensemble de l’immense pays démembré. L’année suivante, le livre a été publié en russe, puis traduit dans d’autres langues.

La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse(1997)

Dans l’histoire de l’accident de Tchernobyl, ce ne sont pas tant les conséquences physiques de la catastrophe industrielle de 1986 qui intéressaient Alexievitch, mais plutôt sa trace indélébile dans les âmes humaines. Les traductions en langues ukrainienne, suédoise, allemande, japonaise et anglaise ne se sont pas fait attendre.

La Fin de l'homme rouge (2013)

Dans son dernier livre publié à ce jour, Alexievitch revient sur le thème de l’effondrement de l’URSS pour donner la parole à ceux qui ont survécu et qui, comme le titre russe l’indique, se sont avéré être des « hommes de second catégorie ». C’est important, car les livres d’Alexievitch, malgré leur fidélité aux traditions du « journalisme d’investigation » se concentrent, notamment, sur la compassion pour les « petites gens » et l’attention à leurs besoins et aspirations, qui remontent à Gogol et Dostoïevski.

Il n’est donc pas étonnant que, suite à la publication de La Fin de l'homme rouge, Alexievitch ait reçu le Prix de la paix des libraires allemands (2013) et l’insigne de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres français (2014). Enfin, ce livre a, sans doute, joué un rôle déterminant dans le choix du comité Nobel. Alexievitch est récompensée pour « son œuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque », souligne l’annonce officielle.

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