«En l’an 2017»: l’avenir communiste tel qu’on le racontait aux enfants soviétiques

Books Editions
De quoi l’homme rêvait-il soixante ans en arrière, en Union soviétique? Comment imaginait-il son avenir un siècle après la révolution d’Octobre? Dans quel monde espérait-il vivre? Le livre «En l’an 2017», sorti aux Books Editions, réproduit un film fixe créé en 1960, présente une réalité, imaginée par ses auteurs, qui réserve encore bien des surprises pour nous, acteurs réels de ce «futur».

En l’an 2017 est un incroyable voyage dans le temps avec une trajectoire tout à fait inattendue. Tout commence au début de cette année, quand un curieux document, une copie numérisée d’un vieux diafilm (version russe du film fixe) publiée dans «VKontakte» (le rival russe de Facebook) par un certain Sergueï Pozdniakov, un officier de la marine soviétique à la retraite, provoque une vague d’enthousiasme extraordinaire auprès de centaines de milliers d’utilisateurs des réseaux sociaux en Russie. Le phénomène a pris une telle ampleur, que les plus grands médias nationaux ont couvert cet événement, à première vue pourtant insignifiant.

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Il s’agissait d’un vieux diafilm (un objet très répandu jusqu’aux années 80 en Union soviétique, mais oublié avec l’arrivée des magnétoscopes) magnifiquement illustré, sorti en 1960 et retrouvé par Pozdniakov au fond d’un placard poussiéreux. C’est une histoire de science-fiction qui s’adresse aux enfants et qui parle d’une journée «banale» d’un garçon soviétique prénommé Igor et vivant en 2017. Intriguée par une telle coïncidence et touchée par le contenu qui mériterait d’être diffusé plus largement, l’équipe des Books Editions a décidé de se lancer à la recherche de ce diafilm pour le transformer en livre. Suite à une enquête poussée, Alexandre Levi, journaliste et rédacteur dans cette maison d’édition, a retrouvé et rencontré Sergueï Pozdniakov à Saint-Pétersbourg. Celui-ci a alors accepté de lui prêter sa pellicule, apparemment restée en exemplaire unique et jusque-là totalement oubliée, pour redonner vie à cette œuvre, qui avait pour lui une grande valeur sentimentale.

« C’est avec une certaine émotion que je vous présente ce livre, parce que nous avons travaillé d’arrache-pied pour réussir à le sortir juste à temps : à la fin de l’année dans lequel ce récit est projeté exactement. C’est une coïncidence assez extraordinaire qu’en 1960 en Union soviétique deux auteurs et un illustrateur se sont réunis pour essayer d’imaginer ce que serait notre vie à nous, en 2017. C’est un objet qui nous a vraiment passionné et c’est une petite porte d’entrée pour la science-fiction soviétique qui est extrêmement riche et méconnue », a noté Alexande Levi lors de la présentation du livre En l’an 2017 à la Librairie du Globe, en ajoutant que c’est la première fois que le diafilm devient un livre.

Légende : Qui ne s'intéresse pas à l'avenir? De quoi sera-t-il fait? Qui n'aurait pas envie de jeter un coup d'œil sur le siècle à venir? Mais il est déjà possible d'imaginer ce futur en lisant des livres de science-fiction, en prenant connaissance des travaux des savants et des ambitieux projets des ingénieurs.

Cette histoire nous parvient d’une époque très particulière de l’histoire de l’Union soviétique : quelques années à peine après la mort de Staline, en pleine déstalinisation, une époque relativement heureuse. Le texte du diafilm, repris d’une nouvelle de science-fiction type de l’époque stalinienne, mais retravaillé par la suite par les auteurs Vladimir Chevtchenko et A.Stroukova, et les images réalisées par le brillant illustrateur de la littérature pour enfants, Lev Smekhov, reflètent cette envie du fameux avenir communisteradieux, où, cent ans après la révolution d’Octobre, l’homme règne sur la nature pour le bonheur de toute l’humanité.

Une journée de ce garçon du futur

Igor est un écolier soviétique modèle. Il vit en 2017, dans un monde où le communisme a triomphé. Les derniers impérialistes sont retranchés sur une île isolée du Pacifique. Leurs heures sont comptées : en testant une nouvelle bombe « mésonique » non autorisée, ils causent leur propre perte et manquent de provoquer un cataclysme planétaire. Heureusement, les scientifiques soviétiques veillent. Avec le père d’Igor en première ligne. Au risque de leur vie, ils font décoller la « station spéciale de contrôle de la météo » et pulvérisent l’ouragan qui fonce droit vers les côtes de l’URSS. La célébration du centenaire de la grande révolution d’Octobre aura bien lieu, dans la liesse.

Légende : Le lendemain matin, Igor fut réveillé par une légère pichenette sur le nez. C'est ainsi qu'une horloge que son père s'était amusé à mettre au point mettait fin à son sommeil. Le papa d'Igor était l'un des responsables de l'Institut central de contrôle de la météo.

Et de rappeler que ceci avait été envisagé depuis 1908 dans le roman utopique « l’Étoile rouge » d’Alexandre Bogdanov, un des leadeurs de la première révolution russe, qui préconisait de séparer les enfants de leurs parents pour les confier à des éducateurs spécialisés, apte à en faire de parfaits citoyens. Un détail curieux : la mère du petit garçon est en mission pour inspecter des bateaux-crèches dans la mer Noire. On apprend que ses propres enfants cadets sont loin de la maison, dans une de ces crèches flottantes, à 600 km de Moscou. Et dans ce diafilm cela est présenté comme une évidence.

Légede : Quant à la station volante de contrôle de la météo, elle est promise à un grand avenir. Un homme, assis dans son bureau, appuiera sur les boutons de la radiocommande, et la machine décollera pour aller maîtriser une tempête, anéantir un ouragan.

«Le matin le garçon est ensuite réveillé à l’aide d’un bras automatique qui le chatouille, et c’est le père du garçon qui l’a conçu. Pourtant, il est météorologue, mais on découvre au cours de la lecture, qu’il est plutôt physicien : il manipule de puissants rayons pour combattre une tornade, mais il est aussi le pilote d’une "station de météo volante". C’est un homme soviétique parfait. Il est totalement débarrassé de la charge de travail physique et peut se consacrer aux taches intellectuelles. Dans les années 60 les nouveaux héros de la SF sont des scientifiques, des explorateurs, des cosmonautes, alors que dans les œuvres de l’époque stalinienne ce sont des militaires, des espions, des agents du contre-espionnage », pointe encore M.Lajoye.

Il y a également un élément prophétique important - l’histoire de mers asséchées, même si les auteurs se sont trompés en évoquant la mer Caspienne et non pas la mer d’Aral, où il y a effectivement aujourd’hui une catastrophe écologique. Et là encore, le « génie » de la science soviétique est à l’honneur : grâce à l’inversement du cours des fleuves Ob et Ienisseï la mer Caspienne est sauvée.

Et bien évidemment, on retrouve dans ce livre l’une des principales idées qui émergent à cette époque : le capitalisme va s’effondrer tout seul, la culture des capitalistes est vouée au déclin et elle va tout simplement disparaître. Et même si en 2017 nous vivons la réalité complètement opposée, cette idée a inspiré plusieurs générations de soviétiques.

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