Léon Zeytline, l’encyclopédie russe de la vie parisienne

Maria Tchobanov
D’origine russe et amoureux de Paris, le peintre postimpressionniste Léon Zeytline a su avec brio saisir l’esprit grisant de Paris. Il fait de la Ville Lumière le sujet principal de son œuvre pendant de nombreuses années. Une exposition baptisée Bons Baisers de Paris propose une promenade joyeuse et ensoleillée à travers 60 œuvres de l’artiste.

Jusqu’au 5 novembre, le Musée Fournaise de l'île des Impressionnistes à Chatou propose l’exposition Bons Baisers de Paris, une promenade à travers 60 tableaux postimpressionnistes de Léon Zeytline (1885-1962) provenant d’une collection privée, un véritable plongeon dans la Ville Lumière du début du XXe siècle.

Le Paris d’antan s’ouvre dans toute sa splendeur et dans des moindres détails, joyeux et moderne, dynamique et charmant, dans les tableaux d’un artiste méconnu aujourd’hui du grand public, la majeure partie de ses œuvres étant conservée chez des particuliers. Seuls les musées Carnavalet, de Hambourg et de Mulhouse possèdent quelques tableaux de Léon Zeytline.

Léon Zeytline est né en France, où sa famille d’origine russe s’est installée bien avant la révolution. A 15 ans, le jeune homme a entamé ses études à l'École de Moscou de peinture, sculpture et architecture, les circonstances familiales ayant obligé ses proches à retourner en Russie. Même pendant ses années d’études, il a beaucoup voyagé en Europe. Au cours d'un de ces voyages en 1909 (après avoir obtenu son diplôme en 1908), il est reparti en France, où il décide de s'établir définitivement.

Ebloui par la beauté de la capitale française, le jeune peintre fait de Paris le sujet central de son œuvre pendant de nombreuses années. Il y consacre plus de 500 tableaux, une véritable encyclopédie qui raconte avec une précision caractéristique de l’école russe, et une luminosité empruntée aux impressionnistes Français, la ville dans tous ses états.

À la différence de certains de ses contemporains postimpressionnistes, Léon Zeytline ne prenait pas de commande et n’a représenté que les sujets parisiens qui l’ont captivé, sans prétention commerciale. Il peignait la vie quotidienne parisienne ainsi que les lieux à la mode de la capitale.

On retrouve dans ses œuvres les fameux boulevards haussmanniens très en vogue, tels que les Champs-Elysées ou encore l’Avenue de l’Opéra, avec leurs cafés prestigieux, les monuments emblématiques comme la Tour Eiffel, mais aussi les quartiers populaires avec leurs marchés et leurs commerces.

Toutes les scènes sont animées de personnages en promenade ou occupés à leurs besognes quotidiennes. Les frous-frous et chapeaux sophistiqués des élégantes habillées à la mode et les robes des ouvrières sont représentés avec un soin égal. Par leur diversité et leur authenticité, les scènes parisiennes constituent de véritables documents historiques, témoins de cette époque.

La description architecturale est particulièrement précise dans les tableaux de l’artiste. Sur son œuvre représentant le Moulin Rouge, on peut découvrir l’aspect de ce célèbre cabaret tel qu’il se présentait avant l’incendie du 27 février 1915, qui a détruit en une grande partie la façade Art Nouveau du bâtiment.

Zeytline prend le temps de décrire tous les éléments décoratifs architecturaux, l’entrée des salles et de la billetterie, les affiches des spectacles de music-hall. Les photographies d’époque du Moulin Rouge confirment la précision de Zeytline dans la représentation des détails qui caractériseront ce lieu jusqu’en 1915.

Nous observons également de nombreux moyens de transport dans ces tableaux : impérial, omnibus américain, bus Schneider, tramway, calèche, train, cariole et charrette, sans oublier les bicyclettes.

Peu à peu, les chevaux cèdent les avenues parisiennes aux automobiles. Les entrées de métro signés Hector Guimard font également partie des scènes de la vie des Parisiens immortalisées par le peintre.

Zeytline aime le Paris festif, sous ses airs d’élégance un brin de canaille. Dans les scènes représentant les nuits parisiennes et les cafés-concerts ainsi que dans les scènes de genre, les femmes occupent toujours une place de premier plan dans l’œuvre de Zeytline.

Elles charment les messieurs, déploient leur séduction sans ménagement pour leurs partenaires, s’amusent et s’attristent, regardant les bulles de champagne scintiller à la lumière d’un chandelier. Elles nous font penser aux personnages de Toulouse-Lautrec, Degas, Manet ou Renoir, mais les robes, le maquillage et les coiffures nous renvoient aux années 1920.

Léon Zeytline a réussi à vivre de ses peintures, qui furent appréciées pour leurs qualités artistiques, mais également pour avoir su si bien saisir l’esprit grisant de Paris.

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