Le Théâtre des Nations de Moscou présente un spectacle interprété par des acteurs sourdaveugles

Source : service de presse

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Dans son spectacle « Les Touchables », le Théâtre des Nations de Moscou érige un pont entre les malentendants-malvoyants et les personnes sans handicap.

Crédit : service de presse du Théâtre des Nations

Le Théâtre des Nations a présenté sur sa petite scène un spectacle inédit : Les Touchables : la vie dans l’art. Premier projet d’art théâtral social en Russie, c’est aussi la première mise en scène au monde où des malentendants-malvoyants, ou « sourdaveugles », jouent aux côtés d’acteurs professionnels. Ce spectacle offre une expérience inoubliable tant aux personnes à capacités réduites qu’aux simples spectateurs.

Les Touchables, c’est une pièce qui tente de jeter un pont entre deux mondes, de nouer une communication dans le cadre d’une expérience théâtrale. La mise en scène est subordonnée à cet objectif : le centre de la salle est occupé par un large podium longé des deux côtés par les rangées de fauteuils des spectateurs. La lumière, le son et les fauteuils, tout est fait pour simplifier la coordination dans l’espace des acteurs sourdaveugles. Ces derniers ont chacun leur représentant dans le monde des sons et des couleurs éclatantes, un collègue qui raconte l’histoire de sa vie et tente de transmettre ses sentiments. Ces récits se fondent sur des interviews avec les héros, ils sont pleins de souffrances et de douleur tout en restant très émotionnels et sensuels. Ils racontent comment les personnages ont perdu l’ouïe et la vue, comment ils ont vécu leur enfance et leur résignation, comment ils doivent surmonter les problèmes de la vie quotidienne et les difficultés de compréhension mutuelle. Ils évoquent l’énorme monde que leur a ouvert Internet, les craintes et l’horreur du noir et du silence éternels. Une place à part est réservée aux relations difficiles  « deux par deux » où l’un dépend toujours de l’autre : mère – fille, père – fils, mari – femme, frère – sœur, enseignant – élève.

« Les malentendants-malvoyants se heurtent à maints problèmes : tant médicaux et quotidiens que financiers. Toutefois, le problème numéro un est celui de la communication, car ceux qui voient et entendent ne savent pratiquement rien des personnes sourdaveugles et vice-versa. Nous ne comprenons pas les malentendants-malvoyants peut-être parce que nous ne savons pas écouter ni voir les gens en général, parfois nos proches. C’est un problème qui concerne l’humanité tout entière », a dit le metteur en scène du projet, Rouslan Malikov.

Toutefois, malgré des circonstances insurmontables, on ne peut que s’étonner du désir de vie et d’accomplissement des personnes à handicap sensoriel : non seulement les personnages ont trouvé leur chemin dans la vie et ont fondé des familles, mais ils ont atteint des réussites professionnelles impressionnantes. Parmi les participants au projet : un professeur et un docteur en psychologie, le rédacteur en chef d’un magazine pour malentendants-malvoyants, un poète et un écrivain, un sculpteur, un fraiseur et une couseuse. La charmante Ingeborga Dapkunaite, actrice à notoriété internationale, se charge du rôle de narrateur pour évoquer la triste histoire de l’héroïne principale qui n’est plus de notre monde, Olga Skorokhodova, l’unique femme sourdaveugle de l’Union soviétique qui a été pathologiste de discours-langue, pédagogue, écrivain et poète.

« Chaque personne est différente. Nous avons tous des capacités différentes. Nous ignorons souvent ceux qui ne sont pas semblables. C’est par méconnaissance. Ce spectacle se pose pour objectif de faire connaissance », dit Ingeborga Dapkunaite, qui participe largement aux œuvres caritatives et qui après Les Touchables est devenue productrice d’un projet théâtral de la Fondation de soutien aux sourdaveugles So-yedineniye (Ré-union).

L’idée du spectacle a été énoncée il y a à peine un an par le directeur artistique du théâtre, Evgueni Mironov, à une réunion du conseil de tutelle de la Fondation. L’idée vient du théâtre israélien Nalaagat dont la troupe est uniquement composée d’acteurs malentendants-malvoyants.

Pendant que les spectateurs, complètement désarmés, cachent leurs larmes en regardant Les Touchables et font connaissance avec un monde jusqu’ici inconnu, les personnages du spectacle éprouvent eux aussi des impressions inoubliables : ils jouent des pantomimes, dansent, écoutent des chansons en touchant la gorge des acteurs, font la ronde main dans la main avec leurs collègues sans handicap et sourient. L’actrice sourdaveugle Irina Povolotskaya, qui est aussi poète, raconte que cette expérience théâtrale l’a rendue plus libre et lui a permis de se sentir plus sûre d’elle : « J’ai eu une riche expérience de mouvement, de plastique. Je me sens plus indépendante au quotidien. J’ai pu comprendre mon état et enclencher plus pleinement mes autres sens, notamment l’odorat et le toucher. »

A la fin du spectacle, tous les spectateurs « applaudissent » fort et longtemps : ils tapent des pieds sur le plancher de bois, transmettant par les vibrations de cette matière leur admiration et leur reconnaissance. Car non seulement Les Touchables leur a montré ce que c’est de sentir le monde à travers les odeurs et les effleurements, mais il les aide aussi à se considérer autrement.

 

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