L’hyperréalisme soviétique s’expose à la galerie Tretiakov

« Hyperréalisme. Quand la réalité devient une illusion » est la première grande exposition historique consacrée à ce mouvement artistique. Elle présente des œuvres d’artistes soviétiques des années de la stagnation et de la perestroïka.

Source : Service de presse

Ce mouvement dont le nom est disputé par deux termes – le « photoréalisme » (inventé peu avant par un galeriste américain) et « hyperréalisme » (trouvé peu après par un galeriste belge) est apparu dans les années 1960 aux États-Unis, avant de conquérir l’Europe et de devenir très populaire dans les années 1970.

Richard Estes, Charles Bell, Ralph Goings, Chuck Close, Philip Pearlstein — la plupart sont des peintres, mais il y avait également des sculpteurs – Duane Hanson, John de Andrea, etc. Jean Baudrillard a vu dans cet art réaliste nouveau la mort de la réalité : « C’est l’irréalité de l’apparence hallucinatoire de la réalité. Pour sortir de la crise de la représentation, il faut enfermer la réalité dans l’autoreproduction pure ».

L’exposition présentée par la galerie Tretiakov est consacrée non à l’hyperréalisme mondial, mais à sa version soviétique. L’exposition présente plus d’une centaine d’œuvres d’artistes russes, ukrainiens, estoniens, lituaniens, kazakhs et arméniens.

L’hyperréalisme occidental était un art de l’après : après le modernisme et l’avant-garde, après Marcel Duchamp et le Pop Art, après la photographie. L’hyperréalisme soviétique n’était pas tant un art de l’après qu’un art de l’« entre-deux ». Dans l’URSS des années 1970, aucun « après » n’était possible : il n’y avait pas eu d’avant-garde, ni de Duchamp, ni de Pop Art, ni de philosophie occidentale, ni de photographies dans les musées des beaux-arts.

Mais il y a eu un « entre-deux ». Entre l’art officieux qui cherchait, sciemment ou mécaniquement, à ranimer le cadavre du réalisme critique, et l’underground qui cherchait à échapper au réalisme par tous les moyens imaginables. Les uns voyaient dans « l’hyper » la dernière chance de moderniser le réalisme socialiste, d’autres utilisaient les techniques du photoréalisme pour atteindre des objectifs purement non-conformistes.

L’hyperréalisme était à la mode : fait notable, les artistes des pays baltes (les Estoniens Ando Keskküla, Rein Tammik et Jaan Elken, les Lituaniens Pranas Griušys et  Casimeras Joromkis) furent les premiers adeptes du genre en URSS. Des pays baltes, l’épidémie se propagea à travers le pays – Moscou, Kiev, Kharkov, Leningrad, Erevan, Almaty.

L’image de l’artiste entouré d’équipements dernier cri, appareils photo, projecteurs, diapositives et pellicules couleur allemandes, conférant aux toiles un ton ocre étrange, était également en vogue. L’hyperréalisme était en outre indissociable de l’image de l’artiste lui-même: un jeune aux cheveux longs et portant obligatoirement des lunettes de soleil reflétant la lumière et un jean.

Les hyperréalistes pouvaient s’exposer officiellement, ce qui veut dire qu’il y avait également une critique officielle les louant pour leur « réalisme documentaire » et les avertissant des dangers de la « vraisemblance sans vérité ». Ils semblaient constamment vaciller au bord du précipice : ils pouvaient être accusés de formalisme et de servilité vis-à-vis de l’Occident, ou désignés comme l’espoir du jeune art soviétique.

Les hyperréalistes n’ont pratiquement pas de message politique. Pourtant, la réalité encore froide, figée et comme tombée hors du temps, saisie sur les toiles des artistes – les rues et fenêtres vides, les soirées dans les appartements, les débats dans les ateliers – semble refléter l’image même de l’époque de la stagnation et s’inscrit parfaitement dans le thème de la guerre froide, si actuel aujourd’hui.

L’exposition sera présentée jusqu’au 23 juillet.

Article complet : Kommersant.ru

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