Russie, France : « des liens culturels privilégiés à préserver »

Crédit : PhotoXPress

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Edward de Lumley, conseiller-adjoint de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France en Russie depuis l’automne dernier, dévoile le programme culturel russo-français pour l’année 2015.

RBTH : Quelle est votre impression sur la vie culturelle de Moscou ?

Edward de Lumley : Dans le domaine du théâtre, de la danse, de l’art contemporain, Moscou est une ville très riche de nombreuses manifestations. C’est trop récent pour moi afin de dire comment fonctionne la vie culturelle à Moscou, parce que la ville est immense et qu’il y a beaucoup d’événements culturels. Mais depuis mon arrivée, j’ai été sensible à ce que tous les grands acteurs culturels de Moscou ont l’habitude d’avoir des relations culturelles avec la France et qu’ils sont en attente de développements de projets entre la France et la Russie. Et la première chose qui me frappe, c’est que le monde culturel moscovite est très à l’écoute de la création en Europe et en France.

Les sanctions économiques ont-elles eu des répercussions sur les échanges culturels entre nos deux pays ? 


E.d.L.: Le domaine culturel est un domaine dans lequel il nous semble que la relation particulière, privilégiée, qui existe entre la France et la Russie, doit être préservée, doit se poursuivre. Les efforts, que nous conduisons pour nourrir des projets ambitieux entre la France et la Russie – nous les poursuivons. Les tensions politiques et économiques ne concernent pas nos échanges culturels.

Mais quels sont aujourd'hui les problèmes qui compliquent la réalisation de projets franco-russes ?

E.d.L.: Une difficulté à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est d’ordre financière. Le fait que le rouble a perdu de sa valeur par rapport a l’euro rend parfois difficile pour nos partenaires russes l’invitation de spectacles français et la réalisation de projets ambitieux. Cela s’explique par la situation économique globale.

Quelles manifestations culturelles franco-russes majeures sont prévues pour cette année ?

E.d.L.: Un moment très fort de 2015 sera la présence de cinq grands spectacles dans le cadre du Festival Tchekhov (13 mai-17 juillet). Le Festival ouvrira avec Le Bourgeois gentilhomme du metteur en scène Denis Podalydès (Théâtre des Bouffes du Nord avec la participation de l’ensemble baroque « Révérence ») et clôturera avec Les fausses confidences de Luc Bondy (Odéon – Théâtre de l’Europe) avec la participation d’Isabelle Huppert et Louis Garrel.

Un autre moment important est la présentation de la création contemporaine française – cette année dans le programme parallèle de la Biennale d’art contemporain à Moscou, nous proposons une exposition présentant des installations vidéos de jeunes artistes français et nous invitons plusieurs artistes français.

Nous avons également un grand projet autour de la danse contemporaine – c’est un domaine qui n’a pas encore pris toute sa place sur la scène russe et qui est très développé en France. A travers ce projet, notre ambition est de participer au soutien des compagnies russes de danse contemporaine en développant les échanges avec les compagnies françaises. Nous invitons en 2015 cinq chorégraphes français pour créer avec des compagnies russes cinq spectacles dans cinq villes de Russie. Nous souhaitons que ces créations soient présentées dans le cadre du festival Na Grani d’Ekaterinbourg et du festival TSEKH de Moscou. Ce type de projets, qui permet d’organiser des rencontres fortes et dans la durée entre artistes russes et français et de réaliser des échanges entre les richesses de nos deux traditions culturelles, nous semblent les plus intéressants et importants aujourd’hui.

Je peux citer l’exemple de la metteur en scène de marionnettes Emilie Valantin, invitée par le théâtre de marionnettes d’Ekaterinbourg en 2010 pour la création d’un spectacle d’après un texte de George Sand, et qui a remporté un « Masque d’or » avec cette création. Le Théâtre TUZ d’Ekaterinbourg a décidé d’inviter à nouveau Emilie Valantin pour une nouvelle création en avril 2015. Je trouve très intéressant qu’une première rencontre artistique se soit poursuivie par un nouveau projet.

Selon vous, les Russes sont-ils bien informés sur la culture contemporaine française ? En est-il de même pour les Français ?

E.d.L.: Il y a un public dans les grandes villes de Russie qui connaît bien la création française, qui voyage en Europe et qui a vu depuis des années des spectacles étrangers. Un public qui connaît bien la vie artistique en Occident. Notre enjeu est de diffuser cette culture, qu’elle ne reste pas destinée à certaines élites, de la rendre plus populaire, de toucher un plus grand public. Mais il faut dire que cette problématique, comment toucher un public plus large, plus jeune, se pose dans toutes les institutions culturelles, même en France.

Cette année, grâce au film Léviathan, la Russie a fait son grand retour sur la carte cinématographique du monde. Selon vous, quels autres potentiels culturels russes sont prometteurs ? 

E.d.L.: Je ne le vois pas comme un retour, parce qu’il me semble que le cinéma russe est toujours très présent en France. Il y a toujours eu un public qui aime le cinéma russe et Zvyaguintsev n’est qu’un exemple des grands metteurs en scène russes bien connus en France. Le Retour, Le Bannissement et Elena sont des films qui ont été très appréciés en France ; mais je pourrais également citer les films d’Alexandre Sokourov, qui ont été régulièrement présentés à Cannes, ou les films de Pavel Lounguine, qui ont rencontré leur public français. Pour moi le cinéma russe a une des places les plus éminentes dans le cinéma mondial.

Au delà de cinéma, dans le domaine du théâtre, la France connait bien quelques très grands noms russes, comme Lev Dodine. Dans le domaine musical, les grands ensembles philarmoniques de Russie sont très respectés et une personnalité comme Valery Guerguiev, est un des chefs les plus admirés en France. C’est vrai que les artistes contemporains russes sont encore mal connus en France, mais je les trouve très intéressants et je sais, qu’il y a beaucoup de responsables de lieux de l’art contemporain en France, qui s’intéressent à cette création et qui se tiennent informés régulièrement de l’état de cette création.

Propos recueillis par Olessia Khantsevitch

Biographie

M. Edward de Lumley, né à Marseille le 28 mai 1967, maître en Droit public, titulaire du Diplôme d'études supérieures spécialisées d'administration et de gestion publique ; ancien directeur de l'Alliance française à Ekaterinbourg, attaché de coopération et d'action culturelle pour la région de l'Oural ; ancien directeur de l'Institut français de Saint-Pétersbourg ; haut fonctionnaire du Centre des monuments nationaux ; ancien administrateur du château et des remparts de la Cité de Carcassonne ainsi que de la forteresse de Salses dans les Pyrénées-Orientales ; actuellement conseiller-adjoint de coopération et d'action culturelle, attaché culturel de l'Ambassade de France en Russie.

 

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