Si copieux qu'on en sauterait le dîner !

Crédit : Anna Kharzeeva

Crédit : Anna Kharzeeva

Le plat soviétique de cette semaine est le déjeuner ; curieusement, il est censé être pris quelques heures après avoir travaillé, et suivi d'un dîner léger, voire d'une simple collation. Je trouve que la version soviétique du déjeuner ressemble plutôt à un dîner.

J'espérais au début que les plats que je cuisinerais dans le cadre de ce projet seraient rapides et simples à préparer, puisque le mot d'ordre du Parti spécifiait explicitement que les femmes devaient consacrer leur temps à s'instruire et à s'occuper de leur famille.

J'imagine que les auteurs ont une définition de « simple et rapide » différente de la mienne, certainement parce qu'à notre époque, nous avons l'habitude de cuisiner facilement et sans effort (désolée de généraliser ainsi).

Les livres de cuisine soviétiques suggèrent des listes de menus correspondant à l'automne, l'hiver, le printemps, et l'été, et même à plusieurs jours de la semaine. L'introduction explique qu'il « ne faut pas oublier l'influence des saisons ».

J'ai obéi, et choisi un menu d'automne pour le dimanche, car c'est selon moi, le seul jour, où j'aurais le temps de préparer quatre plats pour le déjeuner. Oui, j'ai bien dit quatre plats ! Laissez-moi vous expliquer : chez moi, le repas du dimanche, c'est un sandwich, des restes, ou un déjeuner en ville entre amis.

Pour le dîner, nous mangeons souvent des rouleaux de printemps tout frais (c'est toujours amusant de regarder mon mari s'acharner à les rouler correctement en poussant des jurons), ou un wrap au poulet et aux légumes. Je me dis « c'est sain et délicieux », et les 20 à 30 minutes de préparation me laissent suffisamment de temps pour m'instruire.

Contrairement à mon repas habituel, il m'a fallu presque deux heures pour préparer des champignons au four, des aubergines farcies aux légumes, du velouté de soupe au poulet (le goût est aussi bizarre que le nom), et l'incontournable kompot à la pomme, une sorte de boisson ressemblant à du jus de fruit.

Les ménagères sont prévenues : « Avant de commencer à cuisiner pour le petit-déjeuner, le déjeuner ou le dîner, il faut évaluer le temps nécessaire à la préparation, et l'heure à laquelle on peut passer à table. » Si on ajoute le temps nécessaire pour acheter tous les ingrédients, les recettes pourraient carrément débuter par « prenez d'abord une journée de congé ».

Sache que dans mon cas, le temps de préparation a été raccourci grâce à mon énorme cuisine équipée de 8,8 m². Comparée aux cuisines soviétiques et même actuelles, la mienne est immense. Celle de ma grand-mère fait seulement 4 m².

Elle réussit à cuisiner, accueillir et servir n'importe quel nombre de convives dans cet espace réduit. Elle n'avait même pas de cuisine à elle jusque dans les années 60. Ma grand-mère vivait dans une kommunalka, un appartement partagé par plusieurs familles.

Elle m'a raconté : « Avant la révolution, la maison avait appartenu à un marchand. Il y avait un étage et demi, et chacun a été transformé en une kommunalka. La nôtre hébergeait cinq familles, dont une ancienne comtesse qui occupait l'entrée, avec une cuisine, pas de réfrigérateur, un WC, et un évier. Avant la guerre, on utilisait un Primus [une sorte de réchaud alimenté en kérosène pressurisé, ndlr], et après la guerre, on avait une cuisinière à gaz, ce qui était merveilleux. Notre voisine, une vieille dame du village, était ébahie à chaque fois qu'elle entrait dans la cuisine : 'Merci de nous fournir du gaz, camarade Staline !' Quand nous voulions conserver quelque chose au frais, on prenait une grande jatte, on la remplissait d'eau froide (la seule eau disponible), et on y mettait un pot avec un peu de beurre, du salami, ou de la soupe, et on recouvrait d'un torchon, en laissant les extrémités du tissu pendre dans l'eau ».

 Je doute que ma grand-mère mangeait le type de menu décrit dans le livre. Quand je lui ai décrit ce repas fastueux elle s'est exclamée : « Oh ! Fantastique ! On n'a jamais mangé de velouté de poulet, je n'étais pas équipée pour en faire. »

De toute façon, je ne recommanderais le velouté de poulet à personne.

J'ai bien aimé les champignons, les aubergines, et le kompot, et j'étais aussi fière qu'une ménagère soviétique d'avoir tout préparé. Pour le déjeuner de dimanche prochain, vous me verrez cependant au restaurant français en face de chez moi.

Aubergines farcies

La page 218 du « Guide soviétique pour une nourriture saine et délicieuse » (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

Préparation :

1. Lavez les aubergines, coupez les extrémités, ouvrez-les (par le sommet), et retirez les graines à l'aide d'une cuillère à café.

2. Laissez tremper les aubergines pendant 5 min dans de l'eau bouillante salée, et farcissez-les de morceaux de légumes ou de champignons émincés.

3. Placez-les dans un plat graissé allant au four, recouvrez de crème aigre, et enfournez pendant environ 1 heure.

Champignons à la crème aigre 

La page 222 du « Guide soviétique pour une nourriture saine et délicieuse » (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

Ingrédients : 

500 g de champignons • 1/2 tasse de crème aigre • 25 g de fromage • 1 cuillerée à café de farine • 2 cuillerées à soupe d'huile

Préparation :

1. Lavez les champignons, rincez-les, et recouvrez-les d'eau bouillante.

2. Egouttez-les, découpez en morceaux, et faites-les revenir dans de l'huile.

3. Quand ils sont presque saisis, ajoutez une cuillerée à café de farine, mélangez, puis ajoutez la crème aigre, du fromage râpé, et passez au four.

4. Avant de servir, décorer les champignons avec du persil ou de l'aneth.

On peut aussi cuisinez des champignons en conserve. Dans ce cas, sortez les champignons du vinaigre, lavez-les, et faites-les revenir. Procédez ensuite comme pour les champignons frais.

Kompot à la pomme ou aux poires 

La page 308 du « Guide soviétique pour une nourriture saine et délicieuse » (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

Préparation :

1. Pelez les pommes, évidez-les, et découpez-les en 6 à 8 quartiers.

2. Pour empêcher les pommes de brunir avant la cuisson, trempez-les dans de l'eau froide additionnée de jus de citron.

3. Versez du sucre et 2 tasses d'eau chaude dans une casserole, ajoutez les pommes, et laissez cuire à feu doux pendant 10 à 15 minutes, jusqu'à ce que les pommes soient molles.

Velouté de poulet

La page 363 du « Guide soviétique pour une nourriture saine et délicieuse » (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

 
Ingrédients :

100 grammes de poulet • 15 grammes de beurre • 10 grammes d'oignons • 10 grammes de légumes-racines blancs • 10 grammes de farine • 50 grammes de crème • 1/2 jaune d'œuf • 750 ml d'eau.

Préparation :

1. Faites mijoter le poulet dans l'eau jusqu'à ce qu'il soit cuit.

2. Faites dorer les oignons et les légumes à la poêle dans l'huile avec la farine, ajoutez le bouillon et laissez cuire 15 à 20 min, puis égouttez.

3. Émincez finement le poulet, puis ajoutez-le au bouillon.

4. Mixez le tout. Ajoutez la crème mélangée au jaune d'œuf.

Vous pouvez servir avec des croûtons ou des pirojki (pâtés de viande).

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