Saucisses et choux : aliments de confort soviétiques

Crédit : Lori / Legion Media

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Certains aliments ont un tel bagage culturel que, même s’ils ne sont vraiment pas bons, une partie de vous les réclamera malgré tout.

Je ne pense pas que je pourrais poursuivre ce blog sans reconnaître le repas tellement soviétique qu’il devait être interdit par le nouveau gouvernement en 1991. Il s’agit des saucisses.

Pas de la variante naturelle à base de dinde avec tout un tas d’herbes et le nom de la volaille inscrit sur l’étiquette, mais des saucisses marron-grises portant des noms tels que « délicieuse », « laiteuses » ou juste le nom du fabricant, comme les ostankinskieRien sur les emballages de ces saucisses pourrait vous indiquer les matières qui servent à leur fabrication.

Je pense que les fabricants cherchent à vous distraire du fait que leurs ingrédients sont…et bien, vaut mieux ne pas savoir ce qu’ils sont. Il ne faut pas longtemps pour distraire un client achetant ces saucisses : « Ah, c’est facile de me tromper. Je suis content d’être trompé ! », dit le plus célèbre poète russe Alexandre Pouchkine dans l’une de ses strophes.

Les gourmets, ignorez le paragraphe suivant ou magnez des saucisses de dinde, car vous n’allez pas aimer la suite : il m’arrive également de fermer les yeux et d’acheter un paquet de saucisses, les apporter à la maison, les préparer et les manger avec plaisir.

Quand j’étais enfant, ma mamie préparait parfois des saucisses avec du chou mijoté : elle coupait les saucisses et les disposait dans le chou espérant vaguement que nous pourrions accidentellement en avaler un peu avec les saucisses. Nous n’étions pas dupes et ne tombions jamais dans le piège.

Après avoir repêché et consommé tous les délicieux morceaux de saucisse, nous répandions le chou finement sur l’assiette et, ravis de l’exécution parfaite de notre plan rusé, nous tombions la tête sur nos bras en disant gravement et lentement : bolche ne mogou ! (je n'en peux plus !).

Ensuite, Mamie essayait de nous convaincre de manger un peu de chou, mais nous lui faisions des yeux doux et des têtes mignonnes, et elle finissait par céder. Pourtant, cette fois, pour suivre la recette, je devais préparer et manger les saucisses, mais aussi le chou. Pire encore, je devais en faire manger à mon mari, et je craignais l’échec.  

Heureusement pour lui, le chou a beaucoup réduit pendant la cuisson, le ratio chou/saucisses lui était favorable et j’ai pu réussir mon coup.

Ma grand-mère partage une vision très similaire sur les saucisses : « Parfois, je rentrais dans un café et me disais : « Je mangerais bien des saucisses ». J’en achetais deux, un peu de pain, mais dès que le repas était terminé, j’étais dégoutée et n’en mangeais plus pendent un mois ou deux. Et puis je refaisais la même chose. Aujourd’hui, il y a un choix de mauvaises saucisses, mais dans le temps, il n’y en avait qu’un type. Par ailleurs, pour toi, je n’achetais jamais des saucisses à Moscou, uniquement en Estonie en été, car elles étaient vraiment bonnes ».

Nous avons également découvert que les saucisses soviétiques ne contenaient pas de glutamate monosodique (GMS). Quel intérêt de manger de la junk food sans les GSM, je me demandais. C’était bien le premier ingrédient que je cherchais sur l’emballage des saucisses. Mais il n’est arrivé qu’un an ou deux plus tard.

Chou mijoté

La page 213 du « Guide soviétique pour une nourriture saine et délicieuse » (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

Ingrédients

1 kg de chou • 2 oignons • 2 cuillères à soupe de concentré de tomates • 1 cuillère à soupe de vinaigre • 1 cuillère à soupe de sucre • 1 cuillère à soupe de farine • 3 cuillères à soupe de beurre • sel et poivre,  selon votre goût

Préparation :

1) Hachez le chou et mettez-le dans une casserole avec une cuillère à soupe de beurre et un peu d’eau ou de bouillon. Couvrez et laissez mijoter pendant 40 minutes.

2) Pendant ce temps, coupez les oignons et faites-les revenir dans une cuillère à soupe de beurre.

3) Quand le chou a mijoté pendant 40 minutes, ajoutez les oignons, le concentré de tomates, le vinaigre, le sel, le poivre et une feuille de laurier.

4) Laissez mijoter une dizaine de minutes jusqu’à ce que le mélange devienne tendre.

5) Faites fondre une cuillère à soupe de beurre dans une poêle et ajoutez la farine pour la faire griller.

6) Ajoutez le chou et portez le mélange à ébullition.

Vous pouvez remplacer le chou frais par la choucroute, dans ce cas, n’ajoutez pas de vinaigre pour la cuisson.

Saucisses

La page 71 du « Guide soviétique pour une nourriture saine et délicieuse » (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

Vous pouvez préparer les saucisses de plusieurs manières. Elles peuvent être cuites à l’eau légèrement salée et servies avec de la moutarde ou du raifort râpé.

Vous pouvez également les faire revenir avec des tomates. Pour cela, coupez les saucisses en 3-4 rondelles et rissolez-les avec du beurre pendant 2-3 minutes, puis ajoutez les tomates coupées en fines rondelles, du sel et du poivre et faites griller le mélange deux minutes de plus. Vous pouvez également ajouter de l’ail râpé ou remplacer les tomates fraîches par des tomates en conserve ou du concentré.

Vous pouvez aussi retirer la peau des saucisses, les couper en morceaux et les faire revenir. 

La page 158 du « Guide soviétique pour une nourriture saine et délicieuse » (cliquez sur l'image pour l'agrandir).

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