Le Bolchoï fait un carton sur grand écran

Thierry Fontaine : "Le Bolchoï - c’est la référence pour la danse classique". Crédit : Pathé live

Thierry Fontaine : "Le Bolchoï - c’est la référence pour la danse classique". Crédit : Pathé live

Depuis 2009, Pathé Live produit en direct et distribue dans 1 200 salles de cinéma à travers le monde les ballets du théâtre Bolchoï de Moscou. À l'occasion de la première mondiale de Légende d'Amour, diffusé le 26 octobre dernier, les retransmissions des ballets du Bolchoï ont accueilli leur millionième spectateur au cinéma. RBTH a rencontré Thierry Fontaine, directeur de Pathé Live, pour parler de ce projet qui enthousiasme tant le public.

RBTH : M. Fontaine, il y a cinq ans, Pathé Live a pris la décision de produire et de diffuser en direct dans les salles de cinéma les ballets du théâtre Bolchoï. Pourquoi votre choix s'est arrêté sur cet établissement précisément ?

Thierry Fontaine : Après nos premières saisons d'opéra avec le Metropolitan Opera de New York, qui ont eu beaucoup de succès auprès de public, nous nous sommes posé la question, quelle était la référence du ballet dans le monde. La marque internationale qui est connue et reconnue pour le ballet - c’est le Bolchoï. D'autant plus que ce théâtre était intéressé d’aller au-delà des frontières et de montrer le travail de ses artistes au niveau international - il avait déjà collaboré avec une société française qui filmait ses ballets pour la télé et les dvd. Ces deux envies combinées ont fait qu'en 2009 Pathé Live a produit la première retransmission pour le ballet du Bolchoï. C’était Flammes de Paris (un ballet russe, dont la musique a été composée en 1932 par Boris Assafiev et dont le sujet traite de la Révolution française, nda). Et ensuite tout est allé très vite. Aujourd’hui nous avons 1 200 salles de cinéma dans 50 pays qui diffusent le Bolchoï. C’est un grand succès. Ce que je trouve le plus marquant et le plus étonnant, c’est que ce théâtre moscovite, qui est vu souvent de l'extérieur comme la maison traditionnelle (avec l’aspect négatif que ça peut avoir), est pourtant la Maison de ballet qui a décidé d’embrasser les technologies les plus modernes et de s’ouvrir sur le monde. D’autres théâtres l’ont suivi, comme le Royal Opera de Londres, l’Opéra de Paris, mais le Bolchoï reste le premier. Et aujourd’hui c’est celui qui a le plus grand succès dans les cinémas du monde entier. Nous sommes en train de remonter les chiffres pour Légende d'Amour sur les entrées, mais je peux déjà dire que nous avons accueilli pour ce spectacle notre millionième spectateur depuis le début des diffusions des ballets de Bolchoï. C'est énorme et c'est très important pour l'image du théâtre et pour ses artistes qui peuvent exposer leur travail dans le monde entier.

Comment expliquez-vous un tel succès ?

T.F.: Le Bolchoï - c’est la référence pour la danse classique. Vous n’avez pas l’occasion d’aller à Moscou tous les jours, néanmoins, vous pouvez vivre en direct le ballet qui est à Moscou. La retransmission permet aux passionnés de la danse d’y accéder à moindre coût et en plus de découvrir les œuvres qu’ils n’ont pas l’occasion de voir ailleurs.

Comment vous choisissez les œuvres pour vos productions et vos retransmissions depuis Moscou ?

T.F.: Notre approche est d'alterner des œuvres très connues comme Casse-noisette, Le Lac de cygnes, La Belle au Bois Dormant, qui attirent le public le plus large, avec les ballets moins connus. On prend des risques pour assurer la diversité, qui est importante pour nous. Par exemple, personne ne connaissait Légende d'amour, parce que ce ballet n'a jamais été montré, sauf à Moscou il y a 10 ans ou en 1965, quand l'œuvre a été jouée pour la première fois. Cette année il y a aussi Ivan le Terrible qui n'a jamais été vu en dehors de la Russie. Pour pouvoir équilibrer les comptes, les titres moins connus sont rediffusés, puisque l’investissement pour une retransmission en direct est très lourd, il représente 400 000 euros. Evidemment, miser sur les classiques c'est moins risqué, mais ce n'est pas une bonne stratégie pour le long terme.

Quelle est la politique marketing menée afin d'attirer les gens dans les salles de cinéma pour qu'ils voient le ballet ?

T.F.: Il y a beaucoup de travail de communication, entre autres, via les cinémas qui font la communication pour nous avec les supports qu'on leur fournit. Cette année, Pathé Live a tourné une bande d'annonce spécialement pour ce programme avec deux danseurs-étoiles du Bolchoï - Olga Smirnova et David Hallberg. La bande-annonce est assez moderne dans son esprit, elle donne envie de voir de la danse même au jeune public. Pour la saison prochaine, on a envisagé une nouvelle bande-annonce avec beaucoup plus de danseurs.

Publié sur Youtube par Pathé Live

Ce qui est très important pour nous pour la saison prochaine, c'est de rendre les danseurs étoiles du Bolchoï proches aux spectateurs de nos retransmissions des ballets. Bientôt notre équipe va se rendre à Moscou pour filmer les danseurs dans les répétitions, dans la rue, dans leur vie, pour montrer qu'ils sont des humains, ils sont des artistes, qu'il y a du travail derrière le spectacle et que se sont des gens assez exceptionnels.

Les retransmissions en direct suscitent-elles une ambiance particulière au Bolchoï ?

T.F.: Il y a une vraie émulation entre les danseurs, d'après mes ressentiments. Par exemple, quand on est en coulisse le jour du live, on les voit venir, dès qu'ils sortent de scène, regarder ce qui se passe sur l'écran, parce qu’ils sont très fiers de ce travail. On dirait qu'ils ont plus envie de danser le jour où il y a la retransmission. Les connaisseurs de danse me disent même que souvent ils dansent mieux quand il y a le live, parce que les danseurs sont galvanisés par le fait d'être regardés partout au monde.

Est-ce que le public a évolué depuis le lancement de ce projet ?

T.F.: Le public est devenu plus fidèle, plus régulier. Pour cette saison nous sommes en augmentation des réservations de 20% en moyenne par ballet. En France nous diffusons dans 120 salles, et c'est le premier territoire en termes de résultat, ensuite c'est l'Angleterre et les USA. Il y a une progression, parce que les cinémas aussi affinent leur politique tarifaire et d’abonnement, ce qui permet de faire venir les gens pour les ballets moins connus. Cette année, il y a une nouveauté dans les cinémas Pathé : le tarif pour les moins de 14 ans est de 4 euros, parce qu'il y a une vraie volonté d'attirer le jeune public et de donner le goût de la danse au spectateur de demain. C’est un projet qui est fait de manière très professionnelle, il est valorisant pour nous et nous avons envie de continuer.

 

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