Plus qu'un livre, un mode de vie !

Le « Guide soviétique pour une nourriture saine et délicieuse « est bien plus qu'un livre de cuisine – c'est un outil permettant de comprendre la valeur nutritive des aliments, de planifier ses menus, de cuisiner (notamment pour les personnes malades), et de dresser la table. Chaque famille soviétique en possédait un exemplaire, et tous les enfants grandissaient en regardant les images de ce livre, laissant des traces de doigts collantes sur les pages.

Source : Service de presse

Ce livre avait pour but d'expliquer à chaque femme soviétique ce qu'elle devait savoir sur la nourriture. Selon la préface, le livre a été rédigé quand les femmes au foyer ont réclamé un ouvrage qui leur montrerait comment cuisiner les nouveaux ingrédients déjà prêts, afin de préparer des plats savoureux et sains pour leur famille.

On voit que les auteurs considéraient la nourriture avant tout comme une source de nutriments - ils expliquent qu'elle est capitale pour rester en bonne santé, accroître la productivité, et allonger l'espérance de vie. Les auteurs écrivent aussi que le but des nouvelles chaînes de production socialistes, qui produisaient beaucoup de ces nouveaux ingrédients, était de libérer la femme du « travail ingrat et difficile » qu'est la préparation des repas.

J'ai demandé à ma grand-mère, Elena Moïsseïevna, si elle s'est sentie « libérée » par l'arrivée de ces nouvelles denrées. Elle a ri, en me répondant : « Oui, parce que c'était surtout maman qui faisait la cuisine ».

Un effet secondaire des conditions de logement en URSS ; ma grand-mère vivait dans le même appartement que sa mère et les autres membres de sa famille, jusqu'à la mort de cette dernière, à 105 ans. Durant toute cette période, ils ont partagé pendant 30 ans un appartement – et une seule cuisine – avec six autres familles.

Le livre se poursuit en expliquant que pour les femmes modernes qui ont un emploi, le temps est précieux, et qu’elles ne veulent pas le gaspiller en restant des heures derrière les fourneaux ou la cuisinière à bois. Elles préfèrent travailler, se cultiver, et passer du temps avec leurs enfants.

D'après les auteurs, c'est la raison pour laquelle il faut davantage de nourriture déjà prête et facile à cuisiner, de cafétérias, et de lieux où acheter des plats à emporter.

Elena Moïsseïevna. Crédit photo : Anna Kharzeeva

Elena Moïsseïevna raconte : “ Il n'y avait pas de nourriture dans les magasins. Les restaurants possédaient un espace où l'on pouvait acheter des plats prêts à être consommés. Chaque lieu de travail comportait une cafétéria où les employés déjeunaient, et certains endroits avaient un réfrigérateur avec de la nourriture à distribuer aux salariés. À l'approche des vacances, nous pouvions pré-commander de la nourriture, mais il n'y en avait pas toujours assez, et dans cas, on tirait au sort – les plus chanceux recevaient des céréales, du caviar rouge, du thé, des biscuits, et du salami. Il y avait des 'comptoirs de distribution' dans les établissements spéciaux comme le KGB ou le Comité Central – l'ami de mon mari travaillait au Comité Central du Parti, et il pouvait lui procurer du vobla (poisson séché au soleil). Pendant les horaires de travail, nous faisions le tour des magasins à la recherche de nourriture – notre chef n'avait rien contre, elle disait même : si vous trouvez quelque chose, ramenez-en aussi pour moi ! ".

En URSS, la nourriture était destinée à donner aux citoyens assez d'énergie pour bâtir un avenir meilleur, et les repas devaient être préparés aussi vite que possible. La préparation du repas et sa dégustation passait au second plan.

Mon attitude vis-à-vis de l'alimentation a bien changé depuis (comme pour beaucoup de Russes, jeunes et moins jeunes !)

Je reste souvent des heures en cuisine, m’adonnant à cette « corvée » qui consiste à préparer un repas pour ma famille et mes amis. Parfois j'utilise des produits en conserve, mais alors, j'essaie de cacher les boîtes vides avant que mes invités arrivent, car je trouve ça un peu gênant.

Je m'efforce vraiment d'utiliser avant tout des produits frais, et je suis fière de moi quand je passe du temps à préparer un plat que j'aurais pu acheter déjà prêt. Bien sûr, c'est plus facile quand il ne faut pas partager sa cuisine avec six autres familles.

Les premières pages du livre me laissent espérer que je préparerai les plats rapidement, et que j'aurai alors du temps pour travailler, pour apprendre, et pour passer du temps avec les enfants de mes amis. Je ne saurais dire que j'ai acquis de l'expérience pour préparer des plats traditionnels russes, mais nous verrons bien.

Il faut que je promette de lire quelque chose d'instructif à chaque fois que j'achète des ingrédients déjà prêts. Il se pourrait même que j’apprenne beaucoup de choses d’ici la fin de ce projet ! 

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