A 80 ans, Pierre Richard a gardé son âme d’enfant, curieux et passionné

Crédit photo : AP

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Pierre Richard célèbre ce 16 août son 80ème anniversaire. A cette occasion, RBTH est retourné sur les terres du Château Bel Evêque, dans le sud de la France, pour recueillir les propos de l’artiste. Installé sur la terrasse en pierre de sa maison languedocienne aux volets bleus et au toit de tuiles rouges, Pierre Richard revient sur sa carrière d’acteur et celle, plus tardive, de viticulteur… Il porte en lui cette joie de vivre, source de jeunesse inépuisable, et offre à son fidèle public une belle leçon de vie.

RBTH : Vous célébrez cette année vos 80 ans…

Pierre Richard : Enfin, on me le fête. Je n’arrête pas de dire : « Ah, non, cette fois-ci arrêtons », mais tout le monde est content de me le fêter, alors bon, je ne vais pas les décevoir…

RBTH : Vous combinez le métier d’acteur et de vigneron, vous partez en tournée dans le monde entier et trouvez le temps de dédicacer vos bouteilles ici, au domaine, mais aussi à Moscou, à Saint-Pétersbourg, et ailleurs… Quel est le secret de votre longévité professionnelle ?

P.R. : C’est justement parce que je ne pose justement pas la question de mon âge. Un jour je me dirais : « Mon dieu, c’est horrible, je viens d’avoir 80 ans ! »… Moins je prends conscience des choses, mieux c’est. Bref, moins je réfléchis, mieux je me porte! (Il esquisse un sourire espiègle). 

RBTH : Sans doute faut-il être passionné pour puiser cette source d’énergie comme vous le faites…

P.R. : Je crois que le moteur principal, c’est de garder une curiosité et un émerveillement sur tout. Quant on commence à ne plus s’émerveiller et à ne plus être curieux, les rides arrivent beaucoup plus vite. Et je ne parle pas des rides du visage, mais du cœur.

Je crois avoir toujours gardé cette curiosité aussi bien sur les choses de mon métier que sur des choses différentes : les métiers des autres, celui de viticulteur par exemple, qui m’a donné une autre vision de celle du métier d’acteur.

Ce sont des gens de la terre, et moi qui était acteur, citadin, et qui connaissait plus Deauville et Cannes que le Languedoc, j’ai ici trouvé une source d’intérêt, une autre approche, une patience que je n’ai pas.

RBTH : Aujourd’hui, vous vous investissez pleinement dans cette entreprise viticole. Le vin prend-il le pas sur la scène ?

P.R. : Non, je suis avant tout un acteur. En philosophie, il existe la passion exclusive. La mienne, c’est d’être acteur. L’autre est une passion dominante, mais elle n’est pas exclusive. Je pourrais très bien me passer d’être viticulteur, je ne peux pas me passer d’être acteur. Mais c’est un intérêt complémentaire que j’ai développé comme contrepoids à mon métier premier.

RBTH : En Russie, vous êtes un acteur de renom. Mais les Russes savent-ils que faites également du vin depuis déjà près de 30 ans ?

P.R. : Chaque été, je reçois de plus en plus de visiteurs. Entre 500 et 600 personnes par jour. Parmi eux, il y a beaucoup de Russes. C’est curieux, les Russes ont dû savoir que j’habitais là, parce que cela fait deux-trois ans qu’ils viennent ici, toujours plus nombreux. Alors j’ai dû aménager une horaire spécialement pour eux. (Silence. Puis, il reprend.)

Sinon, ça ne va pas avec les autres : c’est un public passionné ! Ils jouent des coudes, ils resquillent… Alors les autres font : « Monsieur, sil-vous-plaît, vous étiez derrière… », et eux de répondre : « Borodogie zdoroveshe… » Et les Français : « Quoi ? Je ne comprends rien ! » Alors du coup, soit ils ne comprennent pas, soit ils font semblant de ne pas comprendre, et ils avancent.

J’ai fini par dire, bon, je vais prendre les Russes à part. De cinq à six, ce sera les Russes. De six à huit, les autres. (Il rit de bon coeur).

Source : www.chateau-beleveque.com

RBTH : Ils vous sont certainement très reconnaissant pour ce geste… 

P.R. : Ils sont tellement contents de me voir. Et moi aussi !

RBTH : L’année dernière, lorsque nous vous avions rencontré sur votre domaine du Château Bel Evêque, vous nous aviez annoncé le projet de lancer la commercialisation de votre vin en Russie. Ce projet s’est-il concrétisé ? Quels retours avez-vous aujourd’hui ?

P.R. : Tout s’est formidablement bien passé, à Moscou comme à Saint-Pétersbourg. Et mon entreprise marche plutôt bien. D’ailleurs, j’y retourne bientôt, en septembre. C’est évident qu’il faut continuer de venir à la rencontre des Russes. Je n’y vais pas pour leur vendre mon vin, mais pour les remercier de l’acheter. Ma démarche reste certes commerciale, mais sa signification est différente.

RBTH : Votre ami et ancien collègue de tournage Gérard Depardieu possède des vignes en Crimée. Êtes-vous connaisseur des vins de la région ? Pourriez-vous, comme lui, vous investir là-bas ?

P.R. : Gérard achète des vignes un peu partout. Mais il ne peut pas s’occuper de toutes les vignes qu’il possède. Moi, j’en ai une, et cela me suffit. Je m’y implique personnellement et entièrement. Si j’en avais plusieurs, je n’aurais pas le temps. Et puis ici, c’est chez moi, j’y ai ma maison. Lui, sa maison n’est nulle part. Et partout. Nous n’avons pas du tout la même démarche.

Mais pour revenir au vin, j’ai goûté ceux de Crimée, et certains sont très bons. Le climat est d’ailleurs semblable à celui de la France, c’est donc normal qu’il y ait aussi une tradition viticole.

RBTH : Le climat délétère qui s’est créé entre la France et la Russie à l’issue des évènements en Ukraine vous préoccupe-t-il ? 

P.R. : C’est une question trop délicate pour que je l’aborde. Mais forcément qu'elle me préoccupe ! Elle préoccupe quasiment toute la planète. Moi, par exemple, qui suit merveilleusement bien reçu en Russie, je le suis également en Ukraine. Je ne peux pas me prononcer pour un pays ou pour un autre, ce sont deux pays que j’aime bien, deux peuples que j’aime bien…

Bref, je suis déchiré par ces événements. J’ai des Ukrainiens qui viennent me voir ici aussi, parfois en même temps que les Russes, et ça se passe très bien. C’est la politique qui créée des tensions.

RBTH : Votre cinéma est particulièrement apprécié des Russes…

P.R. : C’est vrai que mes films ont été merveilleusement accueillis. A l’époque, La Moutarde avait fait 120 millions d’entrées, c’est incroyable ! La Chèvre ou Le Grand Blond, 100 millions d’entrées… C’est plus que la population française ! 

RBTH : Quelques mots sur vos projets à venir. Quelle(s) surprise(s) préparez-vous à tous ceux qui vous suivent depuis tant d’années ? 

P.R. : Je tourne un film en Algérie en novembre. Mais concernant la Russie, après avoir fait les tournées de mes spectacles dans toute la Russie (au final, j’ai même plus voyagé en Russie que les Russes eux-même), je souhaiterais monter un nouveau spectacle d’un genre différent : en me servant d’un écran, je montre des scènes drôles que tout le monde connaît, et puis je les commente.

Et les commentaires sont d’autant plus drôles qu’on voit ce que je viens de commenter. On rit donc deux fois plus. Et puis, cela permet de créer un échange interactif.

RBTH : Quel message adresseriez-vous au peuple russe, qui vous aime tant et suit vos péripéties depuis tout ce temps ? 

P.R. : Mon message, c’est d’abord de leur dire mille fois merci pour l’affection qu’ils me portent, et de les assurer que je leur porte la même. Le peuple russe, je l’adore!

RBTH : M. Richard, pour votre 80ème anniversaire, que peut-on vous souhaiter ?

P.R. : Continuer à avoir cette santé qui, pour l’instant, me permet encore de rêver. 

Comme chaque été, Pierre Richard dédicace ses vins au caveau du Château Bel Evêque, chaque mercredi et vendredi de 18h00 à19h30, jusquau 29 août.

 

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