« Passeport rouge » ou la vie d’une Française en URSS

Crédit photo : François Hervieu

Crédit photo : François Hervieu

Dans « Passeport rouge », un spectacle proposé sur une scène parisienne, une Française suit son mari, un artiste russe, en Union soviétique à la veille de la Seconde Guerre mondiale. La pièce présentée par Aurélie Valetoux est inspirée du livre de Lucile Gubler, la petite-fille d’Annette, l’héroïne réelle et toujours en vie : « Parlez-moi d’amour. Une Française dans la terreur stalinienne ».

Cette histoire, c’est avant tout celle que raconte une grand-mère à ses petits-enfants. Ou plutôt racontée par ses petits-enfants. Un lien filial entre deux pays, la France et la Russie. 

Passeport rouge, adapté et mis en scène par Katia Ogorodnikova, c’est un scénario bien ficelé, et une actrice qui s’impose avec prestance. Tous les soirs, Aurélie Valetoux arpente seule la minuscule scène du théâtre de la Comédie Tour Eiffel. Aussi authentique que singulière, elle embarque le public dans ses tribulations.

Un conte de fée dans la terreur stalinienne

Anne-Marie, dite Annette, fraîchement débarquée de Bretagne dans le Paris des années folles, fait la connaissance de Rabi, artiste russe d’origine juive. À l’aube de la Seconde Guerre mondiale, elle décide de le suivre, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’en URSS. Commence alors une vie nouvelle, pleine d’espoirs et de désillusions. 

Avec un charme français et une rigueur russe, Katia Ogorodnikova a su créer sur rythme endiablé un univers fantaisiste ponctué d’instants de poésie. Par sa mise en espace, son choix des musiques, son travail du jeu et du texte, elle arrache le spectateur à son quotidien, le temps d’un récit.

L’art de la dé-dramatisation

 Déjà en mouvement, toujours en déambulation, comme le fil de la vie qui se déroule, le « jeu » est commencé lorsque les spectateurs s’installent sur les gradins du théâtre. Le décor est minimaliste : quatre valises, imbriquées les unes sur les autres pour former une table d’écriture, vont changer d’utilité au fur et à mesure des différents tableaux de la fresque. 

« La valise, qui symbolise au départ la route, avec cette idée de temporalité et d’inconstance, devient partie prenante de l’imaginaire du personnage qui écrit un livre, et devient par là-même symbole de création », explique la metteur en scène.

À l’affiche

Le spectacle Passeport rouge sera donné les 22, 29 mai, et 5, 12, 19 et 26 juin, 20h30, au théâtre de la Comédie Tour Eiffel (Paris 15ème).

L’idée est ingénieuse. Au fond de ces valises, c’est un tour de magie à la Mary Poppins qui s’opère, où chaque objet qui apparaît est en permanence détourné : un costume qui prend vie, un foulard russe qui vient personnifier l’hôtesse soviétique d’un magasin (fous rires garantis), des valenki (bottes de feutre russes) se transforment en bébés emmaillotés, et un moulin à café embaume la salle d’une amertume aux saveurs soviétiques. 

« La représentation de l’objet est primordiale pour moi. Elle doit être capable de réunir une idée, une structure émotionnelle, dramatique, etc., que je puisse travailler jusqu’à l’absurde », souligne Katia.

Ligne conductrice de la pièce, le comique se hume au rythme du jeu. Malgré les événements sombres qui se profilent, Katia Ogorodnikova distille son talent avec malice, au service de la théâtralité. On oscille entre rire et tendresse, entre terreur et nostalgie.

Une histoire bien vivante

« Aujourd’hui, Annette a 101 ans. Et elle aime encore rire. Elle a toujours aimé l’humour », raconte Lucile Gubler, la petite-fille de l’héroïne et auteur du livre Parlez-moi d’amour. Une Française dans la terreur stalinienne, dont s’inspire l’œuvre théâtrale.

Pour elle, cette pièce est un bel hommage à sa grand-mère. Elle s’en est expliquée à notre journal : « Je suis très touchée par le spectacle. Dans la pièce comme dans mon livre, on retrouve ce même détachement par rapport aux événements. Mais c’est d’abord ma relation avec ma grand-mère que j’ai aimé voir mise en scène ».

 

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