Bolchoï : lever de rideau sur la prochaine saison

Crédit : Photoshot/Vostock-Photo

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Après une série de conflits ayant conduit à un changement de direction au théâtre Bolchoï, la question de l’orientation future du développement du théâtre constituait l’intrigue principale tenant en haleine les amateurs d’opéra et de ballet. Dans ce contexte, l’ensemble des annonces concernant les premières de la saison étaient interprétées à travers le prisme d'un vaste éventail de problèmes.

Premières d’opéra

Pour cette nouvelle saison, l’opéra de Guiseppe Verdi Rigoletto, la Dame de Pique de Piotr Tchaïkovski, Le mariage de Figaro de Mozart et Carmen de George Bizet, ainsi que l’opéra pour enfants de Sergueï Banevitch L’histoire de Kaï et Guerda feront leur apparition au répertoire. On peut avoir l’impression que cinq mises en scène complètes d’opéras constituent un défi important pour le nouveau directeur Ourine et le directeur musical Sokhiev, qui ont récemment pris leurs fonctions.   

Deux de ces opéras ont déjà été réalisés par les mêmes metteurs en scène. La Dame de Pique a été montée par le metteur en scène Pétersbourgeois Lev Dodine, lequel avait déjà donné une représentation de cet opéra à Paris en 1999. Cette réalisation dispose d’une forte notoriété, la nouvelle mise en scène en constitue une version modernisée. Rigoletto sera réalisé par le metteur en scène Canadien Robert Carsen, qui l’a déjà monté l’an dernier dans le cadre du festival d’Aix-en-Provence.     

Des metteurs en scène d'œuvres dramatiques, et non pas d’opéras, se sont vu confier la réalisation des œuvres restantes, ce qui constitue un pari bien plus risqué : il est probable que cela débouche sur des spectacles plus proches du drame que de l’opéra. Dans le cadre du programme Jeunesse du théâtre, Le mariage de Figaro sera mis en scène par Evguéni Pissarev. Ce programme Jeunesse mérite en lui-même une mention spéciale : il fonctionne en effet comme un ascenseur social original, dédié aux jeunes talents recherchés dans l’ensemble du pays, ayant passé des auditions et ensuite obtenu une chance de briller sur la scène du Bolchoï.     

L’opéra « Carmen » sera réalisé par le metteur en scène en chef du Théâtre russe pour la Jeunesse, Alekseï Borodine, avec lequel l’actuel directeur du Bolchoï, Vladimir Ourine a travaillé durant les années 1970 pendant sept ans au théâtre pour enfants de la ville de Kirov. L’histoire de Kaï et Guerda sera réalisé par le jeune metteur en scène Dmitri Belianouchkine. Ce choix est en revanche justifié : le spectacle pour enfants a ainsi été confié à un jeune metteur en scène.

M. Ourine a reconnu avec franchise qu’il était difficile de constituer un programme idéal en dix mois : « Mettre en place de manière fonctionnelle les projets concernant la nouvelle saison en un si court laps de temps s’est avéré compliqué. Oui, bien sûr, ces projets comportent un certain nombre de compromis… » Ce dernier promet également « qu’à plus long terme tout sera bien mieux ».   

Premières de ballets

Trois premières de ballets seulement ont été annoncées : les premières mondiales d’Hamlet (probablement sur la musique des symphonies de Dimitri Chostakovitch), Un héros de notre temps, sur la musique d’Ilya Demoutsky, et le spectacle déjà classique La légende de l’amour chorégraphié par Youri Grigorovitch, et présenté pour la première fois sur la scène du Bolchoï en 1965. La Légende, sur une musique d’Arif Melikhov et une mise en scène dramatique du poète-communiste turc Nâzim Hikmet, constitue une option sans risques. Il s’agit d’un exemple de chorégraphie soviétique classique éprouvé par le temps.    

Le metteur en scène britannique Declan Donnellan a été invité afin de réaliser Hamlet. Le chorégraphe du spectacle sera Radu Poklitaru (chorégraphe-metteur en scène de la cérémonie olympique de Sotchi 2014). Avec Declan Donnellan, les deux artistes ont déjà mis en scène au Bolchoï le Roméo et Juliette de Sergueï Prokofiev. Les descendants de ce dernier ont par ailleurs été très choqués par ce chorégraphe, et il est probable qu’ils ne lui permettront plus de mettre en scène des spectacles sur la musique de ce compositeur. L’objet de leur colère est le ballet Cendrillon, dans lequel la Cendrillon de Poklitaru danse dans un bordel. Les descendants de Prokofiev sont convaincus que ni leur illustre ancêtre, ni Charles Perrault n’auraient approuvé le travail du chorégraphe.       

Cette fois, le duo de stars Donnellan-Poklitaru a fait le choix d’une autre partition musicale soviétique classique : celle de Dimitri Chostakovitch. Des négociations avec les descendants de ce dernier sont en cours. Ce point a entraîné différents commentaires de la part des critiques : et si ces derniers refusaient de donner leur accord ? Mais Vladimir Ourine est certain que tout se passera bien.  

Il reste encore le ballet Un héros de notre temps, tiré de trois chapitres de l’œuvre éponyme du grand poète russe Mikhaïl Lermontov : Bela, Taman et Princesse Mary. La réalisation du ballet a été confiée au metteur en scène Kirill Sebrennikov, directeur artistique du théâtre progressiste « Gogol-Center ». Serebrennikov a déjà monté en 2011 sur la scène du Bolchoï le Coq d’or de Rimski-Korsakov. Ce dernier a fait scandale en transformant ce conte pour enfants traditionnel en un pamphlet corrosif pour adultes grâce à la transposition de l’action à notre époque. « Hamlet » et « Un héros » constituent dans une certaine mesure des paris hasardeux, car le théâtre a investi le champ expérimental, dans lequel les résultats s’avèrent imprévisibles.

La Mégère Apprivoisée, création de Jean-Christophe Maillot avec les danseurs du Théâtre du Bolchoï

 

Le 4 juillet 2014 aura lieu au théâtre du Bolchoï, la première de La Mégère Apprivoisée, un ballet commandé à Jean-Christophe Maillot par la mythique compagnie russe. Un défi inédit à bien des égards. Tout d’abord, c’est la première fois que Jean-Christophe Maillot crée pour une compagnie autre que Les Ballets de Monte-Carlo depuis sa nomination en tant que  Chorégraphe Directeur en 1993. Ensuite, il est rare que le Bolchoï invite des chorégraphes étrangers à créer pour ses 250 danseurs.

La Mégère apprivoisée est une célèbre joute verbale de William Shakespeare, qui oppose le flamboyant Petruchio à l’acariâtre Catharina.

Pour réaliser sa Mégère, Jean-Christophe Maillot s’est entouré de ses fidèles compagnons : Jean Rouaud pour la dramaturgie, Ernest Pignon-Ernest pour la scénographie et Dominique Drillot pour les lumières. À création exceptionnelle, il fallait une touche d’exception qui réside en la personne de Bernice Coppieters. La danseuse étoile des Ballets de Monte-Carlo accompagnera Jean-Christophe Maillot en tant que Chorégraphe assistante. Pour la musique, des œuvres de Chostakovitch, principalement composées pour le cinéma, accompagneront les danseurs du Bolchoï, sous la direction d’Igor.

 

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