Une rock star californienne se lance dans les affaires en Russie

Crédit : Itar-Tass

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Né à Los Angeles et installé à Barcelone, David Brown du groupe Brazzaville aime la Russie, et ce sentiment est réciproque. David partage avec RBTH ses impressions et parle de sa nouvelle entreprise spécialisée dans la musique, lancée dans ce pays.

David Brown Crédit : Itar-Tass

Rock à travers la Russie

Tous les six mois, Brazzavile fait salle comble en Russie, et ce même si le groupe semble avoir émergé de nulle part dans le pays.

Avant

la formation de Brazzaville, Brown était saxophoniste dans le backing band de Beck Hansen, célébrité du hip-hop alternatif américain. Brown a quitté le groupe pour former son propre projet solo et est aujourd’hui installé à Barcelone.

En Russie, Brown et son groupe ont bénéficié d’une reconnaissance facile et rapide : les premiers albums de Brazzaville ont été acclamés par la critique, en particulier par le magazine hipster Afisha. Les promoteurs n’ont donc pas hésité longtemps avant d’organiser des concerts en Russie. « Honnêtement, je ne savais pas à quoi m’attendre », se souvient Brown à propos de sa première visite à Moscou. « Je n’avais jamais imaginé venir en Russie. Ayant grandi aux États-Unis durant la Guerre froide, moi et mes amis voyions en quelque sorte la Russie comme entièrement en noir et blanc, sans couleurs ! Pour être franc, j’ai été dans un premier temps choqué de voir à quel point les gens dans la rue semblaient sérieux et malheureux. Il m’a fallu du temps pour m’habituer à cet aspect de la culture slave. Mais j’ai aussi rencontré des personnes vraiment géniales durant ce premier voyage, comme Artemi Troïtski (critique musical reconnu dans le monde entier et auteur du bestseller Rock dans l’Union soviétique) et Maxime Semeliak (critique musical et ancien journaliste pour le magazine Afisha). Ces rencontres ont changé ma vie à jamais ! ».

« J’ai une relation bizarre avec ce pays », avoue Brown. « Mon arrière-arrière-grand-père a combattu la Russie avec la Turquie… Ma grand-mère et mon grand-père sont tous les deux des juifs de Biélorussie. Immigrée de la première génération, ma grand-mère avait même un accent très prononcé. Et mon autre grand-père vient de Galitchina (en Ukraine) ».

David ne parle pas le russe ou l'ukrainien, mais il a pu faire la connaissance de plusieurs groupes locaux grâce à ses tournées et soirées à travers l’ex-URSS. Son premier gros succès en Russie était une reprise de la chanson rock culte Zvezda po imeni solntse (« Une étoilé nommée soleil »), interprétée dans les années 80 par l’icône Viktor Tsoï du groupe Kino. David a utilisé la musique de Tsoï, mais a écrit de nouvelles paroles dédiées à sa mère décédée. Le public russe a chaleureusement accueilli la reprise de Brown, qui a transformé cet ancien hymne de protestation des années 80 en une chanson folk sympatique et rêveuse.

Source : Youtube de mopo3tube

Brazzaville a également repris le hit pop soviétique Zelenoglazoe taxi (« Taxi aux yeux verts »), ainsi que la chanson folk urbaine aux paroles controversées Maloletnye chalavy (littéralement « Adolescentes salopes », qu’il a renommée « Teenage Summer Days », plus élégant). David estime que beaucoup d’auteurs-interprètes russes font partie du gratin mondial, comme Viktor Tsoï et la chanteuse Zemfira, star du rock russe des années 2000. Il a même récemment enregistré avec cette dernière, le titre Mistress qui marche fort sur iTunes.

L’inspiration pour contrer la bureaucratie

En plus de la musique, Brown a également des intérêts dans le monde des affaires en Russie. L’audacieux Américain a installé dans le pays une société spécialisée dans les produits hi-tech de haute qualité : des microphones à tube de classe mondiale. Un outil dont chaque musicien a besoin au quotidien.

« Ce qui est magnifique avec la Russie, c’est qu’elle regorge des gens très compétents, dont des techniciens formidables qui utilisent les inventions des incroyables scientifiques de l’époque soviétique ».

Chaque partie du gadget complexe de Brown est d’origine russe : du métal à la capsule, en passant par le design. Même les élégantes boîtes profilées sont fabriquées avec du bois de Sibérie. Brown est visiblement fier de créer des emplois pour les travailleurs qualifiés, mais aussi de donner de l’inspiration aux gens. « En Russie, on entend trop souvent : « Pour quoi faire ? Qui y fait attention ? », soupire Brown. « Ce sentiment vient de la période soviétique, lorsque toutes les inventions étaient assignées aux fonctionnaires de l’État, le vrai créateur ne recevant rien au final. Mais nous pouvons changer tout cela aujourd’hui. Par exemple, si un jeune homme de Toula dont la grand-mère assemble les micros réalise que des chanteurs connus en Occident utilisent ces outils, il en sera fier. Cela peut vraiment faire avancer les choses ».

Source : Youtube d'Adrian Garcia

Et qu’en est-il de la célèbre bureaucratie ? « En Russie, les bureaucrates veulent absolument tout bloquer. Ce paramètre rend la tâche des entrepreneurs et innovateurs plus difficile. Mais ce n’est pas propre à la Russie », admet David Brown. « Vous la retrouvez dans plusieurs endroits. C’est comme si la bureaucratie avait pété les plombs ! ».

Brown et ses partenaires ont tout de même réussi à créer un lien entre les technologies russes et les consommateurs occidentaux. « J’ai amené nos produits à une exposition de professionnels à Los Angeles, et tout le monde était abasourdi ! Leur qualité est supérieure à celle des micros allemands et américains, et ils sont entièrement fabriqués en Russie par des Russes ! Je peux donc ressentir du changement et de l’espoir dans le pays ! ».


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