La peinture de Zinaïda Serebriakova : sa période française enfin dévoilée à Moscou

La galerie Trétiakov présente pour la première fois les œuvres de Zinaïda Serebriakova, peintes durant sa période d’exil en France. Une exposition à découvrir absolument jusqu’à la fin mars.

L’artiste peintre russe Zinaïda Serebriakova a quitté l’Union soviétique en 1924. A cette époque, elle est mère de quatre enfants, a déjà enterré son époux mort du typhus, et peint le plus célèbre de ses autoportraits, que les amateurs pourront admirer à la galerie Trétiakov, qui accueille jusqu’à la fin mars son exposition. A Paris, elle a fui seule. Là-bas, l’attend une période sombre et difficile qu’elle traverse dans la pauvreté. Pour survivre, elle peint des portraits sur commande.

« Ses enfants sont restés à Moscou, avec sa mère Ekaterina. Mais dès que l’occasion se présente, cette dernière envoie son fils, Alexandre, rejoindre Zinaïda. A l’époque, il dessinait déjà très bien et comme il avait déjà des problèmes de santé, la famille espérait qu’un climat plus doux lui serait favorable », a raconté à La Russie d’Aujourd’hui la petite-fille de l’artiste, Anastasia Nikolaïeva. Après quelques temps, c’est la fille de Zinaïda Serebriakova, Ekaterina, qui les rejoint à Paris.

L’exposition actuellement en cours à la galerie Trétiakov propose une série de portraits: son fils Alexandre, sa fille Ekaterina, plusieurs autoportraits et même le portrait particulièrement touchant du fils du célèbre compositeur soviétique Sergueï Prokofiev. Les amateurs pourront également se délecter devant les travaux des enfants de la peintre, Alexandre et Ekaterina, également très doués en peinture.

« Curieusement, Alexandre a eu plus de succès en France que sa mère Zinaïda. On peut même dire que la famille subvenait à ses besoins grâce à lui », reconnaît Anastasia Nikolaïeva. Alexandre peignait les parcs et propriétés pas seulement de France, mais aussi d’Angleterre, d’Italie. Il collaborait avec des théâtres, peignait les décors et a même pris part à la sortie d’un guide touristique de Paris.

La créativité de sa sœur Ekaterina Serebriakova aussi est largement répandue en France. A l’été 2013, l’Ambassade de Russie en France lui consacre une exposition à Paris, à l’occasion du centenaire de Zinaïda Serebriakova. (Ekaterina Serebriakova est née en 1913. Elle réside aujourd’hui à Paris, Ndlr).

L’exposition à la galerie Trétiakov à Moscou présente également une partie des travaux de Zinaïda sur le Maroc. Zinaïda Serebriakova s’y rend à deux reprises, en décembre 1928 et en 1932, grâce à l’invitation du baron Jean de Brouwer, qui reçoit en échange le droit de choisir ses toiles préférées. Zinaïda est fascinée par les paysages aux couleurs vives et les habitants aux tissus colorés. Elle aime se rendre au souk où elle peint des portraits de vendeurs, de femmes et d’hommes arabes de la vie quotidienne.

Au printemps 1929, Paris accueille une exposition dédiée à sa série marocaine, qui la fait connaître du public français. Bien qu’à l’époque, les avis divergent, la majorité accueille ses travaux avec une admiration certaine.

Lors de son second voyage en mars 1932, elle ne reste pas seulement à Marrakech. Elle traverse Fès, Séfrou, Moulay Idriss. Elle dessine beaucoup.

De retour, elle organise en décembre 1932 sa propre exposition à la galerie Charpentier à Paris.

A Moscou, l’exposition de Zinaïda Serebriakova retrace également plusieurs croquis et esquisses français: des paysages d’Annecy, de la Bretagne. Sa période picturale française reste peu connue, en France, comme en Russie. La première grande exposition de ses tableaux incluant les œuvres françaises date de l’URSS, en 1965-1966 et a parcouru les villes de Moscou, Kiev et Léningrad, avec sa participation.

Aujourd’hui, l’exposition dédiée à Zinaïda Serebriakova est la première en Russie à être entièrement dédiée aux œuvres étrangères de l’artiste. Au total plus de 70 œuvres conservées dans son atelier parisien ont fait le chemin jusqu’à Moscou pour y être présentées pour la toute première fois.

« L’exposition à la galerie Trétiakov a suscité un vif intérêt auprès du public russe, et j’espère que cela contribuera à l’organisation d’une grande exposition des œuvres de Zinaïda Serebriakova à Moscou et à Paris, où seront réunies les deux périodes de son œuvre: ses débuts russes et sa période française », escompte Anastasia Nikolaïeva.

Aujourd’hui, ses premiers tableaux sont exposés à la galerie Trétiakov et au Musée Russe de Saint-Pétersbourg. Les tableaux de sa période française appartiennent au Fond Serebriakova, qui les garde de façon permanente à Paris, ce qui explique pourquoi jusqu’à aujourd’hui encore, elles n’ont jamais été présentées au public.

L’exposition « Zinaïda Serebriakova. Période parisienne. Alexandre Serebriakov et Ekaterina Serebriakova » est ouverte au public jusqu’au 30 mars.

Bio

Zinaïda Serebriakova, née Lancerey-Benois le 12 décembre 1884. Son grand-père, Nikolaï Benois était un éminent architecte, son père, Eugène Lancerey, un sculpteur de renom, et sa mère, Ekaterina (sœur d’Alexandre Benois), une peintre et graphiste. En 1900, Zinaïda Serebriakova quitte le lycée pour jeune fille pour l’Ecole des Beaux-arts. Entre 1903 et 1905, elle étudie auprès du peintre O. Braza. Puis, en 1905-1906, elle étudie à l’Académie de la Grande Chaumière à Paris. En 1905, Zinaïda épouse Boris Serebriakov et prend son nom de famille, Serebriakova. Ensemble, ils ont quatre enfants: Evgueni, Alexandre, Tatiana et Ekaterina. Elle se fait connaître grâce à un son autoportrait «A la table de toilette», présenté en 1910 lors d’une exposition organisée par le Monde de l’art. Durant la révolution, son mari meurt du typhus (1919) et elle reste seule à élever ses quatre enfants. En 1924, Zinaïda Serebriakova va s’installer à Paris. A l’époque, elle a l’intention de revenir en Russie, pour sa mère et ses enfants, mais ce jour n’arrivera pas. Zinaïda Serebriakova est décédée en 1967 à Paris. Elle est enterrée au cimetière Sainte Geneviève Des Bois.

 

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