Sur les traces d'Andreï Roublev

Le Jugement Dernier, 1408. Source : Service de presse

Le Jugement Dernier, 1408. Source : Service de presse

L’Eglise orthodoxe compte beaucoup de peintre d’icônes mais le plus connu est indéniablement Andreï Roublev. Célébré en Russie, et aussi, grâce au film de Tarkovski, au-delà des frontières. Mais que savons-nous au juste de ce mystérieux personnage ?

Un destin clément

Andreï Roublev a vécu une vie plutôt heureuse : il était reconnu de son vivant, est mentionné dans les chroniques, les Grand-Princes et les monastères lui passaient des commandes, il a travaillé à Moscou, Vladimir, Zvenigorod.

Et après sa mort, son nom a traversé les siècles. Ses icônes ont été reconnues comme modèles pour les autres iconographes par le Synode Stoglav dès 1551.

Ses icônes étaient particulièrement adulées par les Vieux-croyants. Elles incarnaient le canon iconographique et l’image religieuse orthodoxe par excellence. Même au XIXè siècle, alors que les icônes ont perdu de leur popularité, les siennes sont restée un modèle de l’art religieux.

A l’ère soviétique, Andreï Roublev est devenu le symbole de la culture de la vieille Russie. En 1960, l’UNESCO a fêté solennellement l’anniversaire de ses 600 ans et Moscou a inauguré le Musée de la culture et de l’art de l’ancienne Russie Andreï Roublev, tandis que les chercheurs et scientifiques ont commencé à s’intéresser à ses œuvres, rassemblées en grande partie à la Galerie Tretiakov.

Sa vie, par petits bouts

Beaucoup d’ouvrages ont été écrits sur la vie et l’œuvre d’Andreï Roublev. Mais que savons-nous vraiment de ce personnage hors du commun ? Les données biographiques sont rares et il faut les glaner par petits bouts.

Né approximativement dans les années1360. Il est mort le 29 janvier 1430.

Il a grandi et vécu à une époque de troubles: la Russie était sous le joug des Tatars qui pillaient les villes, les églises et les monastères et faisaient prisonniers des populations entières.

Tout cela dans un contexte de conflits entre principautés qui déchiraient le pays. A deux reprises, en 1364 et en 1366, Moscou a été frappée par l’épidémie de la peste. En 1365, elle a été ravagée par un énorme incendie et en 1368, a subi le siège d’Olgierd, le Grand-Duc de lituanie, puis connut la famine en 1371.

C’est au milieu de ce chaos qu’a grandi et vécu Andreï Roublev, chantre de l’harmonie céleste. Nous ne savons rien de ses parents, ni du milieu dont il est issu. Son nom de famille donne pourtant des indices.

A l’époque, seules les personnes notables avaient un nom de famille. Souvent, il indiquait un métier qui se transmettait de père en fils. Roublev, provient probablement du verbe « roubit’ » ou du mot « roubel’ », instrument dont se servaient les tanneurs pour travailler le cuir.

Nous ne savons rien non plus de ses débuts. Ni où et de qui il a appris son art. C'est en 1405 que les chroniques mentionnent pour la première fois le nom de Roublev pour ses fresques dans la cathédrale de l'Annonciation au Kremlin de Moscou, où il travailla aux côtés de deux autres grands maîtres : Théophane le Grec et Prokhor de Gorodets. Cité en troisième, il était donc reconnu mais le cadet d’entre eux.

Roublev était un « tchernets », un moine. Il reçut la tonsure et son nom de moine, Andreï, au monastère de la Trinité Saint-Serge de Radonège, ce dont témoignent des manuscrits du XVIIIè siècle.

Il a beaucoup peint pour ce monsatère. Ses dernières années, Andreï les passa au monastère Saint-Andronikov, fondé par le disciple de Serge de Radonège.

Modèle de l’art orthodoxe

Andreï Roublev apparaît de nouveau dans une chronique datant de 1408, pour ses fresques dans la cathédrale de l’Assomption (Ouspenski) à Vladimir, qu’il décorait avec le moine iconographe Daniil Tcherny (le Noir), d’origine grecque ou serbe, décrit comme son « ami et camarade de jeûn.

Les deux camarades ne devaient plus se quitter jusqu’à la mort de Roublev.

La cathédrale de l’Assomption à Vladimir, construite au XIIè siècle, était la chaire de l’Eglise russe et sa décoration était une grande responsabilité. Malheureusement, ces fresques ont été détruites en 1238 durant l’invasion mongole et tartare. Et c’est le Grand-Duc Vassili Dmitrievitch qui ordonna de tout refaire.

Vers les années 1420, Andreï Roublev et Daniil Tcherniy dirigent les travaux dans l’Eglise de la Trinité au monastère Trinité-Saint-Serge. Seul l’iconostase a été conservé jusqu’à nos jours.

C’est ici qu’Andreï Roublev a peint sa fameuse « icône de la Trinité », apogée de l’art orthodoxe de la vieille Russie. D’après les chroniques, sur une commande de l’abbé Nikon de Radonège.

Un artiste universel

Mais Andreï Roublev ne se limitait pas aux icônes, il peignait également des miniatures pour les livres sacrés, notamment pour les Evangiles de Khitrovo. Les iconographes peignaient souvent les enluminures.

La copie et la décoration des livres saints était l’une des activité habituelle des moines. La culture du livre était très présente dans les monastères, les moines lisaient beaucoup et Andreï Roublev ne faisait pas exception.

Il a vécu les dernières années de sa vie dans le monastère Saint-Andronikov dont les fresques ne nous sont pas parvenues

Après sa mort, au XVè siècle, les deux monastères où il a vécu, Trinité-Saint-Serge et Saint-Andronikov, sont devenus des lieux de pèlerinage où les fidèles venaient vénérer le fameux iconographe Andreï Roublev. En 1988, il a été officiellement canonisé par l’Eglise orthodoxe.

Source : www.nsad.ru

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