Le ténor enfile les rôles comme des perles

Dmitry Korchak (à gauche) et Daniele Rustioni lors du concert. Crédit : Kommersant

Dmitry Korchak (à gauche) et Daniele Rustioni lors du concert. Crédit : Kommersant

Dmitry Korchak vient de terminer les répétitions de Cosi fan tutte à l’Opéra de Bastille avant de commencer celles des Puritains de Bellini (première le 25 novembre).

Lorsqu’on lui demande d’imaginer un spectacle parfait auquel il aimerait prendre part, Dmitry Korchak indique modestement que non seulement ce spectacle existe, mais qu’il en fera partie dans quelques jours : interpréter à l’Opéra Bastille le rôle de Lord Arturo dans Les Puritains de Bellini – « rêve de tout vrai ténor » et l’un des rôles les plus difficiles – dirigé sur scène par Laurent Pelly et en fosse par Michele Mariotti. Une consécration pour ce ténor russe âgé de 34 ans qui chante aujourd’hui sur toutes les grandes scènes, y compris le Metropolitan Opera de New York où il fera ses débuts la saison prochaine. 

La carrière de Korchak étonne par son succès, mais aussi par le répertoire qu’il aborde : Bellini, Donizetti, Rossini, Mozart… des rôles rarement accordés à des chanteurs non italiens, mais auxquels sa voix se prête étonnamment bien. Et, lorsqu’il se décide enfin à aborder le rôle de Lensky dans Eugène Onéguine, c’est aux côtés d’Anna Netrebko et Dmitri Khvorostovski à l’Opéra de Vienne, ni plus ni moins. Plus étonnant encore, Korchak n’entend pas s’y arrêter, et rêve désormais de Roméo et Juliette, Faust, Manon, Werther – des rôles du répertoire français que sa voix devrait lui permettre d’aborder d’ici à cinq ans. En attendant, il ne cesse de peaufiner son français, langue diaboliquement exigeante pour les chanteurs étrangers. 

Et pourtant, qui eût cru que cet enfant de chœur deviendrait un soliste brillant et un gagnant de ces concours de chant qui l’ont fait connaître ? « Enfant, je ne pouvais pas chanter solo. Mes jambes, mes mains, ma voix tremblaient, j’en oubliais tout ce que je savais ! », raconte Korchak à propos de ses débuts dans le chœur de garçons Sveshnikov. Il a de la chance : le célèbre Viktor Popov, qui dirige alors le chœur, met un point d’honneur à ce que chacun de ses élèves aborde des parties solo aussi souvent que possible. C’est finalement cette éducation qui a permis à Korchak d’occuper les devants de la scène quinze ans plus tard. « Les chœurs russes sont un héritage qui n’a pas son pareil dans d’autres pays, et j’en suis extrêmement fier : je pense non seulement à la musique populaire, mais surtout à la musique religieuse, car tout le rituel orthodoxe est bâti sur la voix ».

Héritage que Korchak compte bien transmettre : son fils de cinq ans fréquente déjà le jardin d’enfants du chœur des Petits Chanteurs de Vienne et a été soliste dans deux spectacles à l’Opéra de Vienne. « Je l’emmène voir des spectacles depuis qu’il est tout petit : il n’y a pas longtemps, il est venu m’écouter dans « Cenerentola », le jour suivant on est allé voir « Carmen », et le jour d’après, « Le Trouvère ». C’est toujours lui qui insiste pour rester jusqu’au bout », se réjouit Korchak de son rejeton qui « adore aller encourager les chanteurs dans leurs loges pendant l’entracte » et fait collection de baguettes de chef d’orchestre : « il les demande à tous : Daniel Barenboim, Zubin Mehta, Kent Nagano - la dernière lui a été offerte par Riccardo Muti ».

Loin d’avoir la grosse tête, Dmitry Korchak fait partie de ces chanteurs qui ont le professionnalisme et l’humilité de ne jamais cesser d’étudier. « On a toujours besoin d’une oreille extérieure. Je sais que je dois maintenir ma voix dans un état belcantiste, et enfiler les rôles comme des perles à partir de cette base », explique-t-il. S’il vit à Vienne, la vie d’artiste l’amène aux quatre coins du globe : « Cette année, je n’ai passé que trois semaines à la maison, mais j’aime travailler partout, voyager, découvrir des choses. Le monde des grandes maisons d’opéra est petit : dans chaque spectacle, je retrouve des gens avec qui j’ai déjà travaillé et que j’apprécie. Même si ce n’était pas le cas, il s’agit d’un travail. Simplement, ce travail, je l’aime ! »

 

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