« J'aimerais que les Belges soient moins gênés »

Il n'aime ni Wagner, ni la musique contemporaine, bien qu'il en joue. Source : Service de pesse

Il n'aime ni Wagner, ni la musique contemporaine, bien qu'il en joue. Source : Service de pesse

Andrey Boreyko est un chef d’orchestre discret, qui a pourtant dirigé les Orchestres de Hambourg, de Berne et de Vancouver. Il dirige aujourd'hui l’Orchestre national de Belgique.

Élocution posée, gestes lents, ajouté à son air de dandy élégant, suffiraient à traduire cette discrétion, qui provoque pourtant une dissonance avec la réputation des grands maîtres de la tradition musicale russe. 

« J’ai eu le bonheur d’avoir été le disciple de l’extraordinaire Professeur Elizaveta Koudriavtseva, célèbre pour son art de la transmission de la précision musicale ».

Monsieur Boreyko, originaire de Saint-Pétersbourg se considère comme chanceux lorsqu’il parle de toutes ses collaborations. « Dès les premiers cours elle m’apprit à diriger en accord avec le son perçu, et non pas selon une représentation intellectualisée de l’œuvre ».

Il se dit « l’héritier de l’époque d’avant-guerre », lorsque la Russie post-révolutionnaire connaissait une véritable floraison des arts avec, comme il le précise, « Saint -Pétersbourg comme centre absorbant de multiples tendances venues d’ailleurs ». De la seconde moitié du XXème siècle ne l’intéressent que les compositeurs suivants : Pärt, Chostakovich, Stravinsky, Silvestrov.

Il aime Bruxelles. C’est là qu’entre deux voyages, deux performances, il « se vide » avant de reprendre son pupitre pour faire vibrer les cordes, vents, cuivres, bois et autres percussions.

« Je donne quelquesfois la chance aux musiciens de me proposer une interprétation qui sème la discorde dans ma vision initiale de l’œuvre. Finalement je ne garde pas cette interprétation telle quelle, mais cette confrontation donne une couleur finale à l’œuvre, une nuance que j’appelle « entre ombre et demi-couleur ».

Le défi d’Andrey Boreyko est de garantir la qualité ainsi que la réputation musicale d’un pays à chaque interprétation. « J’aimerais que les Belges soient moins gênés par leur tradition de musique classique : César Franck peut être considéré comme l’équivalent d’un Tchaïkovski dans le Royaume, mais pourtant il reste peu joué ! ».

Monsieur Boreyko a l’air sincèrement fier de l’excellence de la culture musicale belge et souligne la responsabilité qu’il aura durant les quatre années qu’il lui reste à diriger l’orchestre national.

Langue musicale novatrice ? Il s’en soucie peu : « Je ne pourrais pas me consacrer à la seule musique contemporaine. C’est comme si on forçait un végétarien à ne manger que de la viande...Un bon équilibre musical, voilà ce que je recherche ».

Le sort d’une des plus grandes salles de spectacle d’Europe dépend de son inspiration, et la maîtrise personnelle dont il fait preuve à chaque représentation fait des envieux.

« Je pratique un métier mystérieux, assure-t-il d’un air lucide. J’ai l’impression d’établir un lien ésotérique avec les compositeurs. Certains refusent d’ailleurs de se livrer à moi, je les laisse alors de côté et c’est parfois seulement 5 ans plus tard que je me confronte à nouveau à l’œuvre, après avoir acquis moi-même une autre expérience de la vie, personnelle ou musicale ».

A-t-il des démons ? C’est d’abord Wagner qu’il n’apprécie pas d’interpréter, ainsi que l’angoisse de devoir renoncer à son rythme de vie depuis 22 ans : « Je ne suis pas resté plus d’une semaine dans un pays depuis que j’ai quitté la Russie en 1991 ».

Ses projets ? Il en dévoile quelques-uns comme celui de 10 pièces commandées à dix compositeurs européens contemporains autour d’un thème : le centenaire de la Première Guerre mondiale.

« Le métier du compositeur est vraiment dur actuellement, selon Boreyko. D’ailleurs l’Orchestre National de Belgique ne vit pas sa meilleure période étant obligé de renoncer aux tournées. Mais je reste optimiste et je crois que la politique culturelle appropriée sera de nouveau en accord avec les projets de notre orchestre dès 2014 ».

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