De sweat-shirts à des pulls de luxe : l’évolution de l’uniforme olympique russe

La présentation des mitaines avec le logo des JO d'hiver de Sotchi le 6 octobre 2013. Source : service de presse

La présentation des mitaines avec le logo des JO d'hiver de Sotchi le 6 octobre 2013. Source : service de presse

Depuis quelques jours, la place Rouge de la capitale russe accueille une boutique olympique, premier de quelques 8.000 magasins officiels des Jeux de Sotchi qui ouvriront prochainement leurs portes à travers la Russie. Et il y a déjà un best seller : un ensemble comprenant des gants avec les doigts aux couleurs des anneaux olympiques et des mitaines ornées des drapeaux des pays participants.

A la suite de l'introduction des uniformes officielles des délégations olympiques en 1936, les tenues des athlètes sont devenues un élément majeur de l'image de l'État. Les comités nationaux invitaient donc les créateurs de mode les plus célèbres : l'équipe de la France bénéficiait du sens du chic de Pierre Cardin et d'Yves Saint Laurent, les athlètes italiens coopéraient avec Giorgio Armani et la sélection britannique s'habillait chez Stella McCartney.

Quant à l'URSS, l'uniforme olympique y était un problème encore plus important, car les athlètes soviétiques devaient représenter pour le monde entier la vie derrière le rideau de fer. Les tenues de la délégation étaient approuvées par le chef de l'État soviétique et passaient un nombre énorme de vérifications évaluant tous les aspects, du confort et l’ergonomie à la conformité aux normes idéologiques. L'uniforme était conçu par les meilleurs couturiers de l'Union, les employés de la « Maison de mode pan-soviétique », principale maison de couture du pays.

Bien évidemment, les tenues les plus originales n'étaient pas approuvées par les fonctionnaires. Les couturiers étaient donc entre deux feux : ils voulaient habiller les athlètes avec du style, mais étaient obligés de faire face à une censure très rigoureuse.

Les vainqueures de la compétition de ski de vitesse aux JO d'hiver de 1960 en Californie, de g. à dr.: Elwira Seroczynska (Pologne), Lidia Skoblikova (URSS), Helena Pilejczyk (Pologne). Crédit : AP

Toutefois, même dans ces conditions difficiles, les créateurs de mode soviétiques (qui étaient tous des maîtres de très haut niveau, convient-il de noter) parvenaient à surprendre le monde. Aux Jeux olympiques de 1960 à Squaw Valley, les athlètes féminines de l'URSS recevaient des médailles revêtues de vestes bleues cintrées (cela malgré l'aura d'interdit qui existait autour du sexe dans le pays!) et de pantalons bleus très élégants. Et en 1964 à Innsbruck, les membres de la délégation soviétique ont choqué tout le monde en arrivant à l'aéroport habillés en manteaux de fourrure de phoque!

L'équipe olympique soviétique lors de la cérémonie d'ouverture des JO d'hiver de 1964 à Innsbruck, en Autriche. Crédit : Getty Images / Fotobank

Les citoyens soviétiques vouaient une affection particulière à l'uniforme officielle : tout d'abord, les tenues olympiques étaient de très bonne qualité, loin de vêtements de tous le jours, et puis, elles avaient l'air très patriotique. Alors, tout le monde rêvait d'obtenir un ensemble de pantalon et de sweatshirt portant l'inscription fière « CCCP » sur le dos.

Les membres de l'équipe olympique soviétique se dirige vers le stade Bergisel Stadium, à Innsbruck, le 4 février 1976. Crédit : AP

La perestroïka et l'effondrement de l'URSS n'ont fait que renforcer l'amour russe pour la « mode sportive », qui reflétait désormais l'essor de la popularité de la culture occidentale dans le pays. Le peuple russe, étouffé durant des années par de nombreuses interdictions, voulait maintenant s'habiller bien et se conformer aux tendances mondiales. Rejetés auparavant pour des raisons idéologiques, de jeunes couturiers de talent pouvaient finalement prendre part à la conception des tenues olympiques : notamment, pour les Jeux de 1984 à Saraevo, c'était Viatcheslav Zaïtsev. Aux Olympiades de 1994 et de 1996, l'équipe russe portait l'uniforme du célèbre Valentin Yudashkin, dont les bonnets et écharpes aux couleurs du drapeau tricolore russe ont attiré l'attention de nombreux médias.

Et c'est reparti : chaque année, les athlètes russes impressionnaient le public (sans prendre compte de leurs réalisations sportives). En tout juste dix ans, l'équipe de Russie est passée de sweat-shirts tricotés (de qualité superbe, admettons-nous) à des polos et des pulls de luxe de la laine italienne la plus fine. Quant aux concepteurs, il s'agit maintenant de marques célèbres : aux JO de 2004 à Athènes, la délégation russe portait l'uniforme conçue par Bosco de Ciliegi, qui est la marque olympique officielle de la Russie depuis 2002, en coopération avec la maison italienne Etro. Les créateurs s'inspiraient cette fois de survêtements soviétiques des années 1930.

L'équipe russe à la cérémonie d'ouverture des JO d'hiver de 2006, à Turin, en Italie. Crédit : Reuters

En 2006, la maison Ermanno Scervino rejoint Bosco et Etro en tant que partenaire officiel du Comité olympique russe. À la cérémonie d'ouverture des JO de Turin, les athlètes russes portaient des costumes élégants aux couleurs rouge, bleue et blanche, ornés d'un motif tiré de l'art populaire national (des doudounes et des pantalons en velours Ermanno Scervino, des blazers et gilets d'Etro, des accessoires déjà célèbres de Bosco).

Les nouvelles uniformes de l'équipe de Russie. Source : service de presse

En ce qui concerne les prochains Jeux de Sotchi, l'équipe nationale russe devrait rester fidèle à ses couleurs traditionnelles – rouge, bleue et blanche – mais le modèle exact de l'uniforme reste toujours un secret...

 

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