Bruxelles célèbre Alexandre Sokourov

Source : Service de presse

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Son œuvre fait l’objet d’une rétrospective en Belgique. Le réalisateur a aussi supervisé l’exposition « Les Courageux », qui traite de la disparition du patrimoine culturel irakien.

Lorsque son Faust a reçu le Lion d’or en 2011, la plus prestigieuse récompense de la Mostra de Venise, Alexandre Sokourov a réagi avec flegme. « La culture n’est pas un luxe. C’est la base du développement de la société », plaida-t-il face aux journalistes.

Le discret cinéaste russe, dont le travail fut longtemps invisible, sait l’importance et la fragilité du patrimoine culturel. L’homme est d’ailleurs très impliqué dans la sauvegarde de l’héritage historique de Saint-Pétersbourg. Son prochain film, lui, portera sur le musée du Louvre durant l’Occupation allemande.

Cette obsession inquiète de la préservation est le thème d’une exposition qu’il a lui-même supervisée : « Les Courageux », présentée au cinéma Galeries de Bruxelles, dresse un terrible état des lieux du patrimoine culturel irakien. En deux décennies tourmentées, celui-ci a été quasiment annihilé.

« Il faut avoir conscience de ce qu’il se passe dans le monde aujourd’hui », prévient Alexeï Jankowski, réalisateur documentaire à l’origine de l’exposition. « Le cas de l’Irak est un désastre national, au-delà de toute imagination », se désole ce collaborateur de longue date de Sokourov. « Son tissu culturel a été déchiré en morceaux : les écoles, les musées, les bibliothèques, tout a été pillé ou brûlé. Et cela se passe à notre époque ».

L’exposition se présente comme un « film documentaire dans l’espace », rassemble photos et vidéos d’archives diffusés sur des écrans. Les différents documents multimédia offrent un aperçu du préjudice subi par la culture irakienne.

Faust (2011). Source : Service de presse

« L’exposition ne se limite pas à Alexandre Sokourov », insiste Alexeï Jankowski. Les « courageux » auxquels rend hommage l’exposition, ce sont ces hommes qui, conscients de la valeur inestimable de ce patrimoine, se sentent la responsabilité d’agir pour sa sauvegarde. « On a dédié à chaque contributeur un écran afin de montrer qui sont ces gens qui s’investissent », indique Jankowski.

Parallèlement, les films d’Alexandre Sokourov sont projetés dans trois établissements bruxellois : documentaires à Bozar, fictions et élégies à la Cinematek et cycle « L’art et les gens en guerre » au cinéma Galeries.

Chéri par les cinéphiles occidentaux, le cinéma de cet ancien élève d’Andreï Tarkovski est longtemps resté confidentiel. Sa notoriété éclot au milieu des années 90, dans une Russie affranchie du régime communiste. Auteur de nombreux documentaires, parmi lesquels L’élégie de la traversée, Sokourov s’est façonné une œuvre singulière et libre, qui se distingue notamment par ses expérimentations formelles (Mère et fils, Faust).

Le cinéaste a notamment réalisé une tétralogie sur la perversité du pouvoir, ébauchée en 1999 avec Moloch – sur Adolf Hitler – et achevée en 2011 par son ambitieuse adaptation de Faust, tournée en allemand.

Le film, sacré à Venise, avait enthousiasmé le président du jury, Darren Aronofsky : « Il y a certains films qui vous font pleurer, certains films qui vous font rire et certains films qui vous changent pour toujours. Celui-là en fait partie ».

Rétrospective Alexandre Sokourov et exposition « Les Courageux » jusqu’au 28 novembre 2013.

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