« Plus de lumière » sur l’art actuel à Moscou

Yona Friedman présente ses improvisations architecturales realisées en papier. Source : Service de presse

Yona Friedman présente ses improvisations architecturales realisées en papier. Source : Service de presse

La Biennale d’art contemporain de Moscou, qui se déroule du 19 septembre au 20 octobre, est sans doute l’un des événements les plus attendus sur la scène artistique russe. Avec raison.

Pour cette cinquième édition, 72 artistes provenant de 40 pays investissent les lieux cultes d’exposition de la capitale. Portée par le thème « Plus de lumière », la Biennale de Moscou tente cette année d’apporter un supplément d’éclairage sur la place de l’art dans le monde.

« Il s’agit de capter à la fois le global et le spécifique », précise la curatrice de la Biennale, Catherine de Zegher, à La Russie d’Aujourd’hui. « La Russie se situe au carrefour entre l’Orient et l’Occident, entre le Nord et le Sud, et c’est cette diversité qui m’intéresse ».

Les œuvres en exposition illustrent bien ce questionnement spacio-temporel, perçu différemment selon la culture et l’origine de l’artiste, et selon les enjeux de son environnement : la migration (Joumada, Indonésie), les espaces libres dans la mondialisation (Mikhaïl Lukatchevski, Russie/Yakoutie), l’influence de la mondialisation sur les peuples autochtones (Ed Ping, Taïwan/Canada), le décloisonnement sociétal (Selma et Sofiane Ouissi, France / Tunisie).

Mais c’est avant tout dans l’histoire de l’art russe que cette édition puise ses références et aborde la réflexion de l’espace-temps, à travers la confrontation de deux modernismes : le constructivisme du XXème siècle et le contemporain d’aujourd’hui.

« L’année 1913 marque la première de l’opéra « Victoire sur le soleil », auxquels ont participé Malévitch, Matioushin et Kroutchenykh. Qu’en est-il un siècle plus tard, en 2013 ? », demande Catherine de Zegher, qui amorce ainsi la réflexion autour de cette exposition.

Une question à laquelle tente de répondre l’architecte français d’origine hongroise Yona Friedman au travers de ses œuvres à la conception futuriste. Une pensée à l’avant-garde de ce début du XXIème siècle, que retracent ses « utopies réalisables ».

Contrairement à une architecture planifiée, Yona Friedman suggère une « conception irrégulière, qui offre des possibilités d’improvisation dans l’architecture. Et pourquoi pas une improvisation de l’utilisateur ? » Pour lui, toute la réflexion autour de l’art contemporain réside dans la communication interactive.

L’artiste envoie un message qui a vocation à être perçu, voire prolongé par le spectateur. « Imaginez, au lieu de twitter des phrases, un service permettant d’envoyer des graffitis », projette ce précurseur de l’art de demain. « Des dessins, des lignes dans la limite maximum des 140 caractères du tweet, qui seraient porteurs d’une idée... Soit un twitter visuel ! », lance-t-il.

Son projet, qui s’inscrit obligatoirement dans le local, fait appel aux étudiants en architecture de l’Université de Moscou, sollicités spécialement pour cette édition.

Autre surprise : le « Collectif d’auteurs » (Russie/France/Ukraine), qui regroupe une vingtaine d’artistes engagés. La création spontanée de ce collectif émane d’une performance artistique réalisée en protestation contre le pouvoir à l’issue du résultat des élections législatives de 2011.

Son concept ? Pas d’écrits ni de figuratif, mais une action purement formelle, caractérisée par...  son inaction ! « L’art contemporain a tendance à tourner en rond. L’inertie, que nous avons choisi d’employer, est aussi un mode de protestation permettant de transmettre un message fort qui porte à questionnement », explique l’un de ses participants, Vlad Iourachko.

Sur des toiles immaculées, les artistes ont utilisé la couleur blanche, symbole de la contestation. Et si la plupart des travaux ont été détruits par les forces de l’ordre, Anton Litvine, à l’origine du collectif, voit leur participation à la Biennale comme une victoire de l’art sur le politique.

Confiante dans l’avenir de l’art contemporain russe, Catherine de Zegher souligne qu’en Russie, il existe une scène très différente de ce que l’on imagine. « Il y a un côté très spirituel, très mental, et les jeunes sont très inventifs, ce qui est porteur d’espoir », conclut-elle.

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