Croquis d’un monde glissant vers l’oubli

Guillaume Reynard : « Je ne parle pas le russe, mais je suis fasciné par les caractères cyrilliques ». Crédit : Emmanuel Grynszpan

Guillaume Reynard : « Je ne parle pas le russe, mais je suis fasciné par les caractères cyrilliques ». Crédit : Emmanuel Grynszpan

L’illustrateur français Guillaume Reynard procède à une « archéologie contemporaine par le dessin » à l’Institut Français de Moscou.

« On ne réalise pas à quel point le passé disparaît de plus en plus rapidement », remarque Guillaume Reynard, 41 ans, en parcourant son exposition personnelle baptisée « Sovietland ». « Je cherche à fixer ce qui va disparaître. Pas seulement les objets, mais aussi l’atmosphère qu’ils créent autour d’eux ». En explorant l’ex-URSS, l’illustrateur a été frappé par l’exotisme soviétique, mais aussi par des ambiances surannées renvoyant à un passé effacé depuis longtemps.

Sur les dessins exposés à l’institut français de Moscou, on voit entre autre une cuisine qui rendrait grand-mère nostalgique, un navire abandonné par la mer, une façade d’immeuble décrépie, une radio filaire crachotant au-dessus d'un réfrigérateur Pamir... C’est réalisé au crayon, avec de petites touches de couleur inattendues parfois. 

Guillaume Reynard est un illustrateur accompli qui a travaillé avec de grandes maisons d’édition comme Autrement, Actes-Sud Junior, Flammarion, Intervalles. Mais il a d’autres casquettes : réalisateur de documentaires

Il s’est rendu pour la première fois à Moscou en 1994 pour raison professionnelle. L’installation d’un stand pour un industriel français dans le cadre d’une foire. « Je ne voyage jamais dans un but touristique. Je n’aime pas le tourisme, cela ne me correspond pas. Il y a toujours un travail derrière mes déplacements », explique Reynard, qui avoue par ailleurs n’être pas un grand voyageur : « je passe l’essentiel de mon temps à Paris ».

Il a cependant trouvé suffisamment d’occasions professionnelles pour parcourir l’ex-URSS de long en large. Kazakhstan, Belarus, Ukraine et Russie. « Je ne parle pas le russe, mais je suis fasciné par les caractères cyrilliques », s’excuse-t-il. Dès ses premiers voyages, il utilise tout son temps libre pour dessiner les objets exotiques qu’il croise. « Je ne travaille pas à partir de photographie. Je m’imprègne des ambiances. C’est cela que je veux transmettre par mes dessins ».

Son premier projet purement artistique lié au monde soviétique date de 1997, lorsqu’il monte un reportage autour de la Mer d’Aral (Kazakhstan et Ouzbékistan). Ce reportage en dessins accompagné de courts textes sera publié par le magazine Grands Reportages. Il a depuis réalisé plusieurs longs métrages documentaires sur l’Asie Centrale.

Affectivement lié à l’espace postsoviétique, Reynard préfère garder une certaine distance avec cet « objet ». « Il n’y a pas de politique dans mon travail. Pas de jugement. Je ne veux pas que mon travail prenne une allure didactique ». C’est l’atmosphère qui prime. Reynard risque quand même une remarque forte : « Les Soviétiques ont formaté les espaces urbains et les gens de manière hallucinante, en tout point de l'ex-URSS, l'atmosphère qui se dégage des lieux est purement soviétique. C'est flagrant. Il s'est opéré une normalisation quasi-complète des lieux et des êtres. »

Même si l’éclatement de l’URSS permet un « reformatage » des objets et des gens, tout étranger de passage continue aujourd’hui de ressentir les traces de la « normalisation ». C’est pourquoi l’intérêt de Reynard pour la zone ne tarit pas. « Je prépare un livre sur Sotchi », confie-t-il. « Ce sera un recueil de dessin précédé par une poésie, basé sur la disparition tragique d’une amie ». Sotchi, c’est aussi un double exotisme pour l’illustrateur : un repli subtropical dans une pure atmosphère soviétique…

« Sotchi pour mémoire », écrit avec Jean-Claude Taki, sortira le 15 octobre aux éditions Intervalles   

Plus d’infos sur le site de Guillaume Reynard

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