Chostakovitch, figure phare du Klara Festival

Le chef d'orchestre Teodor Currentzis, 41 ans, directeur de l’Opéra ballet de Perm (dans l'Oural). Source : service de presse

Le chef d'orchestre Teodor Currentzis, 41 ans, directeur de l’Opéra ballet de Perm (dans l'Oural). Source : service de presse

Le festival rend hommage au maître soviétique dans une programmation consacrée à la mélancolie, sous les doigts d'Alexandre Melnikov et l'archet d'Andreï Baranov.

Le chef d'orchestre Teodor Currentzis, 41 ans, directeur de l’Opéra ballet de Perm (dans l'Oural). Source : service de presse

Le visage triste de Kirsten Dunst dans Melancholia en est peut-être la plus belle incarnation du cinéma contemporain. Pas étonnant que le film de Lars von Trier se retrouve au sommaire du Klara Festival, qui clôt son triptyque sur la condition humaine par la mélancolie. Après l’utopie (2011) et la spiritualité (2012), l’édition de 2013 prend sa source dans l’œuvre de John Dowland – son nom, Go Crystal Tears, y est une référence directe –, mais aussi dans le célèbre ouvrage de Richard Burton, L’Anatomie de la mélancolie. Du 30 août au 13 septembre, les salles de concert de Bruxelles, Bruges et Anvers plongeront dans les œuvres mélancoliques de Schubert, Mahler, Dvorak, mais surtout de Chostakovitch : le festival a choisi de mettre à l’honneur le compositeur soviétique (1906-1975) ainsi que son ami le Britannique Benjamin Britten. Deux hommes qui partageaient une complicité artistique – Chostakovitch lui dédie sa 14ème Symphonie – mais se comprenaient mutuellement.

Jugée difficilement accessible, l’œuvre de Chostakovitch reste mal connue. « C’est un personnage extrêmement intéressant, avec une psychologie très complexe. Sa musique est très personnelle, labyrinthique. Tantôt tortueuse, tantôt caustique et ironique, ce qui explique qu’elle ne soit pas très populaire », observe Hendrik Storme, directeur artistique du festival. « Il a divisé sa personnalité en deux parties : d’un côté la créative, de l’autre la politique. C’est de cette dualité que naît la mélancolie ».

Car très vite, le musicien se retrouve contraint de composer des œuvres de commande, et s’attire le courroux du pouvoir lorsqu’il s’affranchit des canons officiels. En 1936, son opéra Lady McBeth est attaqué par la Pravda : le journal dénigre son « formalisme petit-bourgeois ». « Chez Chostakovitch, la mélancolie est un recours pour répondre à un isolement personnel », analyse Henrik Storme. Sa 14ème Symphonie, inspirée de sa lecture d’Apollinaire et de Rilke, exprime son désenchantement.

Pour interpréter la musique de Chostakovitch, le festival a fait appel à Teodor Currentzis, 41 ans, directeur de l’Opéra ballet de Perm. « Je le trouve très expressif. Il est de ces artistes capables de communiquer la langue des compositeurs », dit de lui Hendrik Storme, qui s’inquiète de l’intérêt déclinant pour la musique moderne. « C’est une langue difficile à comprendre, d’où la nécessité de la transmettre avec émotion ». L’hommage à Britten et Chostakovitch prendra la forme d’une trilogie de concerts interprétés par des artistes russes. Le pianiste Alexandre Melnikov jouera au Bozar de Bruxelles le jeudi 5 septembre ; le concert du 7 septembre prévu à Anvers réunira quant à lui le violoniste Andreï Baranov, lauréat 2012 du concours Reine Elisabeth, et la basse du Bolchoï Piotr Migounov. Le MOC interprétera la très sombre Quatorzième symphonie de Chostakovitch, dédiée à Benjamin Britten.

 

 

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