Les aventures de la couronne belge

La reine belge Elizabeth était l’une des rares représentantes des familles couronnées loyales au pouvoir soviétique. Source : wikimedia.org

La reine belge Elizabeth était l’une des rares représentantes des familles couronnées loyales au pouvoir soviétique. Source : wikimedia.org

Au cours de la seconde guerre mondiale, les fascistes ont fait sortir de la Belgique occupée la couronne royale. Après la fin du conflit, le précieux objet n’a pu être localisé. Une trace de la couronne est réapparue dans les années 1950, lorsque des membres des services secrets ont entendu par hasard une conversation entre deux des dirigeants de l’URSS.

L’histoire de la couronne belge a été mise à jour par l’écrivain Guennadi Sokolov. Il préparait son livre Ligne de mort. L’échec de l’opération Claret et a noté plusieurs faits intéressants dans des documents secrets du KGB datant d’une cinquantaine d’années.

Il se trouve qu’après la seconde guerre mondiale, le principal attribut de la royauté belge se trouvait initialement parmi les possessions de l’Allemagne fasciste. Cet objet précieux s’appelle « la couronne de tous les Belges ». Pendant l’occupation, le pays a été spolié de nombreux biens de valeur, y compris la fameuse couronne. Cependant, à la fin de la guerre elle n’a pas été trouvée à Berlin. 

Une version de l’histoire raconte qu’un agent du MI-6, l’Anglaise Daphne Park qui travaillait à Moscou sous couverture diplomatique, découvrit qu’en 1945, au cours de l’occupation soviétique et du partage de Berlin en plusieurs secteurs, le dirigeant du KGB Ivan Serov aurait organisé l’exfiltration de biens.

Par ailleurs, le fonctionnaire aurait été plutôt cupide, et il aurait gardé pour son usage personnel une partie des objets. Ce sont les suppositions de l’Anglaise : elle n’avait pas de preuves, mais elle souhaitait ardemment compromettre Ivan Serov. Ce dernier était un anglophobe convaincu. Trouver chez le dirigeant du KGB l’objet convoité aurait été un succès pour l’espionne.

Afin de confirmer sa vision des faits, elle décida de monter un piège. Elle appela l’ambassade de Belgique à Moscou et déclara savoir où se trouvait la couronne de la reine des Belges. Tout en affirmant que la femme de Serov avait été vue portant la couronne lors d’un spectacle au théâtre du Bolchoï.

Les deux interlocuteurs savaient pertinemment que le téléphone était sur écoute. Les résultats de l’écoute furent transmis au KGB et sur la place Staraïa, où se trouvait le comité central du parti communiste. 

Le dirigeant de l’URSS Nikita Khrouchtchev décida à son tour d’utiliser cet argument pour exiger du chef du KGB qu’il lui livre un document important laissé par Joseph Staline. Khrouchtchev voulait en effet trouver le « cahier noir de Staline », qui contenait des informations et documents compromettants sur les hauts dirigeants du pays, parmi lesquels Khrouchtchev lui-même.

Il était convaincu que Serov savait où se trouvait ce cahier et décida d’échanger ce cahier contre l’information sur la couronne disparue. La couronne devint ainsi un atout d’importance dans sa lutte politique. 

Le 18 avril 1956, Khrouchtchev célébrait son anniversaire sur un croiseur soviétique. Assistait à l’événement l’attaché naval britannique Adrian Northey. Ses conversations avec le capitaine du croiseur, chef des services secrets de la flotte, étaient écoutées par le service de renseignement d’Etat de l’URSS.

Il rentra ensuite se coucher dans sa cabine, et à la fin de la fête Serov et Khrouchtchev s’assirent sans le savoir à l’endroit où était installé le micro. Ils discutèrent des documents compromettants de Staline et de la couronne belge. C’est grâce à cette discussion enregistrée par hasard que l’emplacement de la « couronne de tous les Belges » a été connu. 

Ce dont discutaient les deux dirigeants du pays a été retranscrit en intégralité par l’écrivain Guennadi Sokolov dans son livre. « Et la couronne belge que tu as volée, elle est où ? Sur la tête de ta femme ? Ou dans une armoire à la datcha ? Pourquoi ne me la donnes-tu pas, général ? Ou bien tu ne veux pas t’en séparer ?", demanda Khrouchtchev.

"C’est un mensonge, une calomnie ! marmonna en réponse Serov, effrayé. Si une quelconque couronne a effectivement été volée, poursuivit-il de manière peu assurée, nous la trouverons et nous la rendrons au gouvernement. Nous avons bien trouvé le cahier noir de Staline dont la trace était perdue ». 

Cette remarque eut un effet, comme il l’attendait. Khrouchtchev comprit que Serov lui proposait un échange : la couronne en échange du cahier. 

« Dans ce cahier, de toute évidence, Staline a écrit des éléments compromettants sur tous les membres du Presidium. Visiblement, il se préparait à se débarrasser d’eux, mais il n’en a pas eu le temps – remarqua Serov. Il ne faut pas que ce cahier finisse entre des mains peu fiables, affirma-t-il d’un air entendu. Qui sait l’usage qui pourrait en être fait »

« Je savais que je pouvais toujours compter sur toi », dit Khrouchtchev. Il se retourna et sortit.

 A cette époque, la reine belge Elizabeth était l’une des rares représentantes des familles couronnées loyales au pouvoir soviétique. Elle organisait chez elle à Bruxelles des festivals musicaux où elle invitait des musiciens russes, se rendait elle-même à Moscou. Son amitié avec la Russie avait commencé dans les années 1930 et se poursuivit jusqu’à sa mort.

Les fonctionnaires soviétiques faisaient grand cas de ces relations chaleureuses. La « couronne de tous les Belges » fut rendue à Elizabeth, mais aucune des deux parties ne voulut rendre publique cette histoire.

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