L’institut de théologie Saint-Serge de Paris au bord de la faillite

Clôture de l'année académique 2012-2013. Source : saint-serge.net

Clôture de l'année académique 2012-2013. Source : saint-serge.net

L’Institut de théologie Saint-Serge de Paris, création de la première vague d’immigration russe, se trouve au bord de la faillite. Le célèbre institut où enseignaient en leur temps les pères Sergueï Boulgakov, Gueorgui Florovski, Nikolaï Afanasiev, Alexandre Chmeman et bien d’autres, lance un appel à l’aide.

L’institut de théologie est intégré à l’archidiocèse des églises orthodoxes russes en Europe occidentale (Patriarcat de Constantinople). Cette église a toujours été pauvre et pour cette raison, libre. Les évêques et les prêtres des paroisses ne sont pas nommés par un centre lointain mais sélectionnés sur place. Ici a résonné la voix de Nicolas Berdiaev et de la mère Marie (Kouzmina-Karavaieva), la paroisse a allumé le feu créateur et les décisions du Conseil Local de 1917-1918 l’ont fait devenir réalité.

Rappelons que les réfugiés russes ont, avec l’aide de croyants non-orthodoxes, fait l’acquisition en 1924 d’une colline située dans le quartier parisien de la Villette au cours d’une vente aux enchères publiques. Il s’agissait en l’occurrence d’une propriété de l’Église protestante allemande mise sous séquestre. Dimitri Stellestky a repeint l’ancienne église dans le style du XVIe siècle. Ainsi commença la vie du monastère Saint-Serge.

Dans le Paris occupé, les autorités allemandes ont soulevé la question de la confiscation du centre russe du fait de son statut d’ancienne propriété allemande. Mais le directeur de l’institut Saint-Serge Sergueï Boulgakov, ainsi que le professeur A.V. Kartachev, ont été en mesure de sauver l’institut avec l’aide de protestants allemands, même si nombre de leurs amis ont payé leur courage de leur vie.

Le temps efface les traces de l’émigration à Paris. Dans la cour de Saint-Serge, par exemple, pas un coin n’est dédié à la mémoire de Sergueï Boulgakov, bien que de nombreux vestiges aient été préservés, dont la chambre dans laquelle a vécu le grand penseur. La création d’un musée contribuerait à accroître le flux de touristes en provenance de Russie et apporterait par conséquent de nouvelles ressources financières.

Au sein de l’archidiocèse, les opinions divergent au sujet de l’avenir de cette institution religieuse russe. Certains escomptent qu’elle se développera en dehors du giron de l’église locale. D’autres rêvent d’une réunification avec l’Eglise-mère. Si rue Daru, dans la cathédrale Alexandre Nevski la mémoire du passé est vivante, à Saint-Serge il n'en existe qu'une stylisation.

Au cours du service de l’église, la mémoire de la sainte patronne de Moscou est commémorée, mais pas celle de la sainte russe de Paris, la mère Marie (Kouzmina-Karavaieva), qui a prononcé dans cette église ses vœux monastiques et péri dans un camp de concentration allemand.

Journée portes ouvertes à l'institut Saint-Serge. Source : saint-serge.net

L’archidiocèse traverse aujourd’hui des temps difficiles. Le Patriarcat de Constantinople tente de fait de l’absorber, de lui retirer son statut en nommant à la place de l’évêque dirigeant un évêque vicarial. À l’automne la situation sera finalement éclaircie, l’archidiocèse parviendra ou non à affirmer son indépendance. Si l’absorption de l’archidiocèse se produit véritablement, beaucoup de paroisses russes souhaiteront alors se joindre à Moscou, et cette décision aura ses raisons. Par exemple, pour avoir la possibilité de célebrer la messe en langue slavonne ou russe.  Et les pèlerins de Russie seront à coup sûr intéressés par une visite. Nul besoin d’être un prophète pour prédire que les paroisses qui resteront rattachées à Constantinople finiront par perdre les particularités de la liturgie russe.

Dans une interview au journal Céphas, le célèbre père missionnaire Gueorgui Kotchetkov souligne que dans n’importe quel choix politico-religieux, le plus important est de sauvegarder l’héritage unique du renouveau religieux russe. Il évoque dans ce contexte la possibilité de faire passer en principe l’archidiocèse sous l’autorité de Moscou. Mais il semblerait que cela ait été mal compris à l’Ouest. Le prêtre avait sans aucun doute à l’esprit une union sur le modèle de celle entre l’église orthodoxe russe et l’église orthodoxe russe à l’étranger, ayant permis à la structure autonome de conserver ses traditions et sa liberté. Dans le cas contraire, une telle union perdrait évidemment de sa valeur.

Saint-Serge se trouve aujourd’hui au bord de la faillite. Il ne reste plus d’argent pour payer les salaires des professeurs et du personnel. Les dons des paroissiens ne sont pas suffisants pour payer les salaires du clergé et effectuer les réparations de l’église. Sur le sol de la colline sur laquelle se trouve une ferme, éboulements et effondrements se sont succédé. Le bâtiment de l’ancienne église luthérienne a souffert et de profondes fissures ont fait leur apparition au niveau de l’abside et du clocher. Si rien n'est fait pour restaurer cet endroit, malgré les appels de détresse qui, à ce jour, restent sans réponse, il risque d'être abandonné, dévasté ou vendu.

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