Let's rock in Vladivostok !

"les représentants de la musique indépendante et les grands labels de ces pays, les agents artistiques, les marques qui soutiennent traditionnellement les festivals de musique, seront présents à V-Rox" Crédit photo : AP

"les représentants de la musique indépendante et les grands labels de ces pays, les agents artistiques, les marques qui soutiennent traditionnellement les festivals de musique, seront présents à V-Rox" Crédit photo : AP

Ilya Lagoutenko, leader de l’un des groupes les plus créatifs de la scène rock en Russie, répond aux questions du quotidien russe Rossiyskaya Gazeta.

Les rock stars russes s’adressent à leurs confrères des cinq continents, et en premier lieu à l’Asie-Pacifique, pour participer au festival V-Rox, qui se tiendra du 23 au 25 août prochain à Vladivostok, la plus importante ville de l’Extrême-Orient russe.

Instigateur et producteur du festival, Ilya Lagoutenko est le leader de l’un des groupes les plus créatifs de la scène rock en Russie, Mumiy Troll, qui vient de donner son premier et unique concert à Hong-Kong. Ce talentueux musicien, qui chante et compose non seulement en russe, mais aussi en anglais et en japonais, a accepté de répondre aux questions du journal russe Rossiyskaya Gazeta.

Il raconte notamment comment ces 14 mois de tournée à travers l’Asie, l’Afrique et l’Europe, qu’il a parcouru à bord du voilier Sedov, lui ont permis de devenir un véritable « prédicateur du festival de rock à Vladivostok ».

A-t-il été facile de convaincre les pays voisins que Vladivostok doit devenir le centre de la culture rock moderne de l’Extrême-Orient et de l’Asie du Sud-Est ?

Je me suis tout d’abord concentré sur l’interaction entre les artistes et les promoteurs de la région Asie-Pacifique. Ce choix s’explique non seulement par la situation géographique de Vladivostok, mais également par l’important développement économique et culturel des pays voisins, en particulier la Corée du Sud et la Chine.

Ces dernières années, ces pays ont assisté à l’émergence d’une nouvelle scène musicale qu’il est intéressant d’observer, mais surtout avec laquelle il y a beaucoup à apprendre !

Si la participation des groupes des pays traditionnellement « rock » du Pacifique tels que les États-Unis, l’Australie et le Japon sonne comme une évidence au festival V-Rox de Vladivostok, la vie musicale de l’Afrique du Sud, par exemple, est beaucoup moins connue.

Or je connais vraiment la plupart des musiciens qui figurent sur le programme: je les ai tous croisés au cours de festivals rock...

Mais le plus important, c’est que les représentants de la musique indépendante et les grands labels de ces pays, les agents artistiques, les marques qui soutiennent traditionnellement les festivals de musique, seront présents à V-Rox. Et la presse musicale internationale aussi.

Il y aura même les membres du conseil de coordination des Grammy ! Ces invités de marque participeront d’ailleurs à des discussions et rencontres avec le public. Cet événement peut et doit devenir un incontournable dans la grande et longue vie créative des musiciens russes.

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La partie la plus difficile dans l’organisation d’un festival de rock est souvent la recherche de sponsors. Les sommes récoltées lors des concerts de Mumiy Troll sont-elles suffisantes ?

L’arrivée d’un nouveau festival, qui plus est comme le nôtre, est quasiment impossible à lancer via les seuls sponsors. Lorsqu’ils sont prêts à donner de l’argent, ils demandent en général beaucoup en retour... Et nous savons bien que pour lancer la première étape d’un tel projet (entre cinq et sept ans), il faut donner de sa poche, s’investir financièrement et personnellement.

Je le prends comme une aide gratuite à l’esprit de cette ville, qui m’a un jour permis de créer le groupe Mumiy Troll. Ceci dit, une partie des frais liés à l’organisation sont pris en charge par la ville. Quant à la plupart des musiciens et intervenants, ils sont restés modestes dans leur demande.

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Même s’il m’a fallu littéralement rabâcher à chacun d’entre eux mon fervent « discours de Vladivostok » et solliciter leur aide. Et je vous parle quasiment d’une centaine de personnes !

Mais heureusement que le groupe Mumiy Troll a une réputation particulièrement positive. C’est ce qui a contribué à poursuivre notre voyage à bord du Sedov ! C’est devenu le prédicateur du festival de rock à Vladivostok.

Est-ce que vous comptez, en tant que promoteur et producteur de V-Rox, rapporter de l’argent avec ce festival ?

Contrairement au promoteur « au sens traditionnel du terme », je vois le festival de rock de Vladivostok d’un autre œil. Pour moi, il doit prendre une forme hybride, à mi-chemin entre les spectacles en plein air et les festivals urbains, et un laboratoire de création artistique et éducatif.

Ce qui permettra, à son tour, non seulement le développement des infrastructures de la ville, mais d’attirer également l’attention de la société sur ces centres éducatifs d’un nouveau genre, et permettra enfin de créer un nouveau vecteur culturel pour la ville.

Cela créera aussi des opportunités d’investissement uniques pour les PME. Et je n’ai pas peur de dire que cela promouvra une nouvelle image, plus positive, de la Russie sur la scène internationale.

Je sais que mes idées peuvent paraître un peu comme un mélange entre « les courbettes d’un fonctionnaire du parti et les flatteries à la Ostap Bender » [héros du roman d’Ilf et Pétrov, Le Veau d’or, Ndrl], mais je ne vois pas d’autre issue pour Vladivostok.

Je suis diplômé à la faculté des Civilisations Orientales. J’y ai étudié ces questions dans le cadre des différents processus historiques et économiques. Et j’imagine qu’aucune « zone de jeu à la Macau » ni «gazoducs» ne permettront à Vladivostok de créer ce bien-être urbain qu’exige la nouvelle génération censée venir étudier, travailler et vivre ici. La musique et l’art, en revanche, le peuvent.

Aucune autre ville ne pourrait accueillir un tel festival, et ce, pour de nombreuses raisons : que ce soit son emplacement géographique ou la réalité des nouvelles infrastructures (un pont et un nouvel aéroport qui donnent des opportunités auxquelles ont ne pouvaient que rêver auparavant), ou encore sa mythologie urbaine, incontestable... 

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