Land-art russe, entre Centre Pompidou et vaisseau spatial en plein champ

Crédit : Tatiana Chramtchenko

Crédit : Tatiana Chramtchenko

L’artiste Nikolaï Polisski a présenté aux visiteurs sa nouvelle réalisation artistique dans le cadre du festival franco-russe « Beaubourg », qui s’est tenu dans le village de Nikola-Lenivets (région de Kalouga). Le festival comprenait notamment des spectacles de théâtre de rue, des projets chorégraphiques venus de Suisse, des musiciens allemands et français, tandis que dans le village voisin de Zvizji l’artiste et expérimentateur français Xavier Juillot mettait en scène une performance aérienne.

Crédit photos : Tatiana Chramtchenko

3-4 heures de voiture depuis Moscou et nous voici à Nikola-Lenivets, dans la région de Kalouga. Champs à perte de vue, forêts de pins, ciel bleu et une large rivière : tout est exactement comme dans une chanson folklorique russe. Depuis qu’en 2006 le premier festival de projets architecturaux à ciel ouvert Archstoyanie y a été organisé,  l’endroit est devenu un véritable lieu de pèlerinage annuel pour l’intelligentsia de la création. En prévision de l'édition estival du festival Archstoyianie 2013 qui débutera dans deux semaines, le village de Nikola-Lenivets a donc accueilli le festival franco-russe « Beaubourg ». La principale raison ayant conduit à l’organisation de cet événement est l’inauguration de l’installation du même nom réalisée par l’artiste russe et résident local Nikolaï Polisski.

Ressemblant à une pieuvre géante, l’installation « Beaubourg » haute de 22 mètres se dresse en plein champ, à la lisière des villages de Nikola-Lenivets et de Zvizji, au sein du parc national Ougra. La structure se présente sous la forme d’une douzaine d’armatures métalliques tubulaires et de rameaux de bouleaux tressés et liés les uns aux autres. A l’intérieur se trouve un escalier en colimaçon par lequel on accède à une plate-forme d’observation permettant d’admirer la campagne alentour. « La structure ne peut pas s’effondrer ! - assure le concepteur du projet Nikolaï Polisski, comparant même la solidité de sa création avec la tour Eiffel. – Les ingénieurs et les soudeurs ont fait un excellent travail ! »

D’après l’artiste, « la meilleur façon de visiter Beaubourg, c’est lorsque il n’y a personne aux alentours et que le temps est brumeux. » « Quand on se retrouve seul ici, on a l’impression d’avoir été avalé par un vaisseau spatial géant. Cela devient effrayant », confesse-t-il.

Pour créer son installation, Polisski s’est inspiré de l’architecture du Centre d’Art Contemporain Georges Pompidou situé dans le quartier parisien de Beaubourg. « J’aime beaucoup Beaubourg et le Centre Pompidou. J’aime ces tuyaux qui s’enchevêtrent autour du bâtiment, et je voulais créer ici quelque chose de similaire, fondé sur le même principe : à l’intérieur, un escalier conduisant à la plate-forme d’observation et à l’extérieur, des tuyaux », explique l’artiste. Toutefois, ignorant la conception de l’auteur, la silhouette générale rappelle vaguement des tentacules de poulpe, la bouche d’un saxophone gigantesque ou encore de longues gerbes de foin, en fonction de l’imagination de chacun.

Quelle que soit l’image que l’on se fait du Beaubourg russe, il faut rendre hommage à son créateur : la construction tissée de branches de bouleaux s’intègre harmonieusement dans le paysage alentour et ajoute même à sa « russité ». Pour obtenir cet effet, l’artiste a fait le choix du bouleau comme matériau de base ainsi que de la technique du tressage, traditionnellement utilisés par les paysans russes pour fabriquer des paniers et des boîtes.  

Crédit photos : Tatiana Chramtchenko

L’installation présentée au public le 6 juillet est loin d’être l’unique œuvre de l’artisan-bricoleur Polisski. Sur l’ensemble du territoire de Nikola-Lenivets et ses vastes alentours se trouvent dispersées ici ou là d’autres créations tout aussi « déconcertantes » que Beaubourg. Cependant, le festival franco-russe se concentre précisément ici, à la limite des villages de Nikola-Lenivets et de Zvizji.

A partir de 14 heures, se sont relayés sur la scène construite pour l’occasion près de Beaubourg danseurs, musiciens et artistes de théâtre de rue. Lena Kauffman a chanté de sa voix suave accompagnée à la guitare, l’orchestre de Piotr Aïdou a joué en utilisant des bouteilles, les danseurs suisses de CIE7273 ont mis en exergue les prodiges de la plasticité du corps et la parisienne Moziimo a encouragé le public avec ses chansons aux notes martiales, juste avant qu’il ne commence à pleuvoir.

Tandis que, comme enivré par la chaleur et l’odeur des conifères, le public se prélassait près de la scène sur des matelas de paille, sur le champ adjacent l’artiste français Xavier Juillot conduisait ses expérimentations. Il a notamment projeté vers le ciel des tuyaux en toile jaune vif, les soulevant avec l’aide du vent. L’une de ses installations s’étendait sur le sol, semblable à un énorme boa noir. Dans un tunnel de cellophane gonflé par des flots d’air, il était possible d’entrer et d’observer le monde extérieur à travers de petites ouvertures.

Crédit photos : Tatiana Chramtchenko

Le festival s’est terminé sur une performance de l’artiste allemand de musique électronique Ricoloop. Le remuant homme-orchestre n’a pas permis au public de s’asseoir pendant une minute. Les danses nocturnes dans les champs avec en toile de fond les lumières multicolores de Beaubourg ont rappelé à de nombreux participants, une bonne vieille rave. L’événement s’est achevé bien après minuit, lorsque la musique s’est arrêtée et que les lumières se sont éteintes.

Nikola-Lenivets a sombré dans le sommeil, et les participants s’en sont allés se reposer dans leurs tentes en prévision d’une nouvelle journée ensoleillée.  

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