Léon Tolstoï et l’Europe des Lumières

Tolstoï prenait à coeur, sur un plan personnel, l’expression de Diderot sur l’esprit d’escalier, décrite dans son oeuvre Paradoxe sur le comédien. Crédit : Itar-Tass

Tolstoï prenait à coeur, sur un plan personnel, l’expression de Diderot sur l’esprit d’escalier, décrite dans son oeuvre Paradoxe sur le comédien. Crédit : Itar-Tass

Iasnaïa Poliana, à quelque 200 kilomètres au sud de Moscou a accueilli du 18 au 21 juin une conférence internationale intitulée «Léon Tolstoï et l’Europe des Lumières», dédiée au 300ème anniversaire de la naissance du philosophe français Denis Diderot.

« Nous savons que Diderot était connu au XVIIIème siècle en France comme philosophe, mais pas comme romancier. De ce point de vue, c’est un autre Diderot que nous découvrons aujourd’hui. Comme il connaissait l’anglais, il a été appelé à travailler sur l’Encyclopédie, mais aussi en tant qu’interprète ordinaire. Bien sûr, il ne s’est pas limité à ce rôle », raconte Alexandre Stroïev, professeur de l’Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3.

Selon lui, Léon Tolstoï avait lu le roman de Diderot, La Religieuse, et en 1891, ses Oeuvres choisies. « Diderot intéressait Tolstoï par la nature peu commune et paradoxale de sa pensée, par la recherche de nouvelles voies et ses réflexions sur l’idée de l’absolutisme éclairé ».

Pour l’expert Iouri Prokoptchouk, Tolstoï prenait à coeur, sur un plan personnel, l’expression de Diderot sur l’esprit d’escalier, décrite dans son oeuvre Paradoxe sur le comédien. Tolstoï savait qu’il pouvait parfois s’emporter dans une discussion, et que les meilleurs arguments viennent souvent à l’esprit après le débat. C’est justement de ce caractère que Tosltoï a doté Lévine, l’un des héros du roman Anna Karénine.

Autre détail d’importance dans ce roman : l’attitude négative envers les langues française et anglaise et tout ce qui se rapporte à la civilisation occidentale. C’est à ce sujet que s’est attelée Karine Alaverdian de l’Université Libre à Bruxelles. Elle a analysé l’estimation des deux langues dans les répliques et les dialogues des héros, ainsi que les fausses manières et hypocrisies qui y sont utilisées. C’est encore le personnage de Lévine qui incarne de façon la plus claire sa recherche. Un fait intéressant, sachant que l’auteur lui-même maîtrisait la langue française et se passionnait pour la culture française.

La prochaine conférence internationale qui aura lieu à Iasnaïa Poliana en 2015 sera dédiée à Léon Tolstoï et Voltaire.

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