« Nid de gentilhomme », version XXIème siècle

Dans certains cas, les citadins sont prêts à vendre leur appartement en ville afin d'emménager à la campagne, dans ce nouveau type de propriété, sans retour possible. Crédit photo : Viktor Klamm

Dans certains cas, les citadins sont prêts à vendre leur appartement en ville afin d'emménager à la campagne, dans ce nouveau type de propriété, sans retour possible. Crédit photo : Viktor Klamm

À quelque cinquante kilomètres de route goudronnée et seulement deux kilomètres de chemin de terre, se trouve le domaine privé baptisé « Abondance ». Ici, la propriété surplombe la ville avec, à l’arrière, pour tout horizon, les toits des maisons. Au loin devant, le ciel et l’eau se confondent : le domaine se dresse sur les rives de l’immense réservoir d’eau de l’Ob, surnommée par ses habitants « la mer d’Ob ».

Les citadins, qu’ils soient médecins, enseignants ou économistes, sont aujourd’hui de plus en plus enclins à venir s’installer dans les zones rurales, où ils recréent des «terres propriétaires» qu’ils lègueront par la suite à leurs enfants et petits-enfants. La région de Novossibirsk compte aujourd’hui six domaines de ce type.

Dans tout le pays, il en existe près de deux mille. Dans un premier temps, voisins et autorités locales voyaient ces « nouveaux propriétaires » d’un mauvais oeil. Mais après un peu plus d’une décennie, c’est l’intérêt et l’espoir qui ont fini par conquérir le coeur des autochtones.

En avril 2013, une table ronde dédiée aux « Voies innovantes du développement durable des régions de Russie par la formation de petits bourgs d’un nouveau type, et notamment les domaines et propriétés » s’est tenue à la faculté d’économie de l’Université d’État de Moscou (Lomonossov). 

Il y a deux siècles, la Russie mettait fin à l’ère des propriétés privées. Les propriétaires terriens, de même que les terres paysannes ont été réunies et sont devenues publiques. Des coopératives paysannes ont été créées pour la gestion des terres communes, les kolkhozes, qui seront plus tard remplacées par des Sovkhozes.

Avec l’arrivée de la Perestroïka, les fermes collectives ont peu à peu été fermées. La surface de terres cultivées a considérablement réduit, les outils et machines ont peu à peu rouillées et les champs ont été envahis par les bouleaux.

Dans un même temps, des coopératives de datchas, ces maisons de campagnes russes, sont revenues au goût du jour annonçant ainsi le retour des grandes propriétés terriennes. Sur de petites parcelles de six hectares en général, les habitants ont construit des maisons, planté fleurs et légumes.

Un passe-temps qui a permis à de nombreuses familles de se nourrir durant la crise, mais aussi de partir en vacances à moindre frais. Retraités et enfants passaient ainsi tout l’été à la datcha.

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Crédit photo : Viktor Klamm

La propriété « Abondance » célèbre cette année ses 10 ans. La vie dans un tel « fief familial » n’a rien à voir avec la vie en ville. Tout est en commun: le travail, les fêtes et célébrations. Vient également l’hivernage, période durant laquelle quelques familles vont décider de l’admission de nouveaux membres et de nouveaux métiers.

Seul hic à ce tableau, l’attribution des terres. Aucune loi n’a jusqu’à présent été adoptée par l’organisation. Les terres ne peuvent être obtenue que par l’unification des parts au sein des coopératives de datchas ou par la réhabilitation de villages abandonnés et la création, sur ces territoires, d’une exploitation privée.

Dans certains cas, les citadins sont prêts à vendre leur appartement en ville afin d'emménager à la campagne, dans ce nouveau type de propriété, sans retour possible.

De coutume, ce domaine ne doit pas descendre pas au-dessous d’un hectare de surface, pour l’équilibre de l’écosystème. Cet hectare peut accueillir bois et étang. Des haies remplacent la clôture. Les propriétaires ont un rapport respectueux à la terre, aucun produit chimique n’est utilisé ni équipement agricole mécanique.

Ainsi lses lieux ont-ils été pensés : faire renaître non seulement la notion d’héritage, mais aussi la terre. À ses débuts, sur les terres de la propriété « Abondance », même les pommes de terre ne poussaient pas.

« Les paysans et agriculteurs avaient de tout autres rêves: comment survivre, gagner un peu d’argent », raconte les nouveaux propriétaires. « Ils avaient un rapport à la terre consumériste... »

Le domaine d’« Abondance » attire aussi de jeunes familles, comme celle d’Olga et Roman et de leur deux enfants: Aliocha et Aliona. Tous deux sont nés ici, à la maison. Leur modeste dépendance compte une chambre, une cuisine et une véranda qui abrite un jardin d’hiver. 

« Les ouvriers qui ont posé les fenêtres ont été très étonnés: vous vivez ici toute l’année ? Sans aucune civilisation ? », raconte Roman, « Pourtant lorsque nous leur avons demandé ce que nous perdions, ils ont secoué la tête en citant le cinéma et les discothèques... » 

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Crédit photo : Viktor Klamm

Dans la maison, il y a tout le confort moderne: électricité, filmothèque, d’autant que la télévision n’est pas à l’honneur, bannie tout comme l’alcool, les cigarettes, les jurons, et aussi pour beaucoup, la viande. Mais chez Olga et Roman, on peut se passer de cinéma : leurs immenses fenêtre donnent sur le réservoir d’Ob. 

« Moi-même je n’aurai jamais cru que cela puisse être si beau », s’enchante Olga. « Nous avons planté notre bois qui commence à pousser. Et sous les pins, nous ramassons déjà tout un sceau de champignons en automne. Il va y avoir un étang et un jardin aussi, où les enfants pourront jouer. J’ai grandi en appartement. Aujourd’hui, je n’ai aucun souvenir de ma « petite patrie »... » 

Les enfants d’ « Abondance » sont tous scolarisés à domicile, comme dans beaucoup de familles installées dans ces propriétés de campagne. Parents et voisins leur servent de professeur. Leur enseignement varie d’ailleurs en fonction de l’éducation de chacun.

Les hommes travaillent pour la plupart en ville, mais tous cherchent à gagner leur vie sur place. Ainsi, une équipe de maçons locale s’est récemment créée. Valeri Popov, ancien médecin, y participe, après avoir travaillé comme directeur d’un hôpital en ville, puis comme entrepreneur. Il fait partie des rares habitants à avoir totalement abandonné son travail en ville.

Il se souvient : « Je pensais que je n’avais rien à apporter aux gens en tant que médecin, j’avais perdu toute motivation. Je m’investissais, sans satisfaction de résultat.Les patients eux-mêmes ne souhaitait rien changer à leur mode de vie, se reposant uniquement sur les médecins. J’ai donc décidé de tout quitter »

Ania, la femme de Valeri, diplômée en économie à l’Université d’Etat de Novossibirsk renchérit : « L’économie est entièrement dépendante de la ville. Nous aimerions qu’à «Abondance», il y ait plus d’entrepreneurs. Mais pour cela, il faut d’abord décider de ce que l’on souhaite faire. Par exemple, Valeri a commencé à se passionner pour l’apiculture. Moi, j’aime le jardinage, la greffe, la plantation. Pour l’instant, c’est pour le plaisir, mais c’est en bonne voie de développement : nous avons déjà planté 52 variétés de pommiers, et 10 d’entre eux portent déjà leurs fruits »

Les nouveaux arrivés à «Abondance» ont également ouvert un atelier d’art et centre d’exposition. D’ailleurs, les lieux regorgent d’artisans-tisseurs. Depuis quelques années, le tourisme commence à se développer : on vient y acheter du fromage de chèvre et du miel artisanal, des vêtements en lin...

C’est aussi l’occasion de se rendre au bain russe, de déjeuner avec les habitants en dégustant des produits biologiques, avec la possibilité de rester pour la nuit.

Pour visiter la propriété «Abondance», il suffit d’appeler Claudia Loukinitchina (appel local) : 8-903-902-68-62

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