Moscou accueille la 2e Semaine de la mode écologique

L'éco-mode a quitté son emplacement cosy du Jardin des apothicaires sur Prospect Mira pour le Hall central des expositions du Manège. Crédit : Elena Potchetova

L'éco-mode a quitté son emplacement cosy du Jardin des apothicaires sur Prospect Mira pour le Hall central des expositions du Manège. Crédit : Elena Potchetova

Depuis 2011, le projet Rusecomoda vise à implanter en Russie la mode des vêtements écologiques, de former et de maintenir la communauté des éco-designers. Dans le cadre du projet, du 17 au 22 mai la deuxième Russian Eco Fashion Week s'est tenue à Moscou. 15 designers russes ont montré leurs collections en tissus bio.

La mode des défilés respectueux de l'environnement est arrivée en Russie depuis l'Europe il y a quelques années. Les grands créateurs de mode français ont tellement apprécié l'idée de protéger l'environnement, que depuis 2004 on organise chaque année à Paris un défilé de mode éthique Ethical Fashion Show). L'idée était tellement alléchante que la directrice de l'important mouvement écologique EKA ; Marina Kokorina a décidé d'organiser une semaine de l'écomode en Russie.

Il en est résulté le projet Rusecomoda, qui depuis 2011 vise à implanter dans le pays la mode des vêtements écologiques, de former et de maintenir la communauté des éco-designers. Les premières activités du projet ont eu lieu dans un cercle étroit, mais en 2013, l'Eco Fashion Week russe a déménagé dans une plateforme prestigieuse du centre de Moscou, le Manège. Le format de l'événement a changé : l'accent a été mis sur les vêtements et les défilés de designer, les stands avec des bijoux et autres produits d'auteur ayant été supprimés.

Des collections ont été présentées lors de la deuxième Russian Eco Fashion Week par 15 designers. « Nous faisons en sorte qu'il y ait en permanence de nouveaux designers et de nouvelles collections, indique l'organisateur et porte-parole du projet Tatiana Karguina. Pour le moment, nous travaillons uniquement avec des créateurs de mode russes, mais à l'avenir nous allons inviter des collègues étrangers pour nous inspirer de leur expérience. Dans notre secteur, l'Europe a 5-10 ans d'avance sur nous ».

Les concepteurs de la Russian Eco Fashion Week présentent des collections sur cinq axes. Le premier, ce sont les éco-vêtements fabriqués à partir de matériaux naturels : coton bio, bambou, lin, soie, ortie, chanvre, laine et autres matières premières, dont la préparation et la teinture sont réalisés sans utiliser de substances nocives pour l'homme et l'environnement. Le second groupe comprend les vêtements éthiques (sans utilisation de cuir et de tissus d'animaux, en recourant à des matériaux de substitution - éco-cuir, éco-fourrure). Le troisième, ce sont les vêtements en tissus certifiés (respect d'un certain nombre de normes et exigences écologiques lors de la production). Quatrièmement, les vêtements ethniques (préservation et développement des techniques traditionnelles). Cette année s'est ajoutée une nouvelle direction : les vêtements de sport écologiques. « Cette année, nous avons ajouté les loisirs, des vêtements pour une vie active avec des matériaux naturels. Le comité d'organisation a élargi la notion d'écomode - nous avons ajouté le concept de souci pour la santé, le développement de la vélo-culture. Nous avons réalisé que l'écomode ne devait pas rester cantonnée sur un podium, elle doit apporter des idées dans le monde de tous les jours », indique Tatiana Karguina.

L'éco-mode a quitté son emplacement cosy du Jardin des apothicaires sur Prospect Mira pour le Hall central des expositions du Manège d'Okhotny Riad : un endroit bien plus accessible et populaire. Le designer de vêtements en poil de chien Elena Toropova note que cette année, l'événement a attiré beaucoup plus de gens, la dernière édition s'étant principalement réduite au petit milieu de l'écomode. Les organisateurs coïncident avec ce point de vue. Pour eux, l'édition de cette année a concerné un public plus large et étendu : « Dans le Jardin des apothicaires, il y avait des gens passionnés, motivés, mais ils étaient peu nombreux. Ici, la circulation des gens est plus intense, au moins en raison du fait que beaucoup de monde passe près du Manège et jette un œil à l'intérieur par curiosité », poursuit Mme Karguina.

Le public a été séduit par la conceptrice Ekaterina Chtchoukina : les modèles de sa collection en laine foulée ont été accueillis par un tonnerre d'applaudissements. Dans son travail, le concepteur utilise du poil de mouton non teint et non peigné, de la soie naturelle et diverses fibres végétales. « Les vêtements sont vivants, chauds, on a envie de les toucher encore et encore. Enveloppé dans de l'éco-fourrure, vous ressentez de l'harmonie et de la joie, pas de la culpabilité », explique l'auteur.

Les motifs russes ethniques jouissent généralement d'un vif intérêt lors des défilés. Ces dernières années, ils sont devenus à la mode. Lors de la deuxième semaine de l'écomode, Oleg Naoumov a présenté une collection avec des éléments russes - blouses plissées, robes traditionnelles à manches larges, répliques des plateaux de Jostovo, grandes fleurs.

La collection de Natalia Gaïdarji est constituée de vêtements fabriqués à partir de lin naturel produit en Biélorussie. Dans ses créations, la conceptrice utilise des techniques uniques de broderie, de tricotage, et d'application. Selon l'organisatrice de l'événement Tatiana Karguina, ce sont précisément ces designers qui auront de l'avenir en Europe. « Nous voulons que nos designers participent aux expositions écologiques et éthiques de l'Ouest dans quelques années, ou même l'année prochaine », indique Tatiana.

Ksenia Chernaïa-Scanlon, fondatrice du blog Green stilettos, consacré au problème de la mode écologique, a déclaré lors de la conférence Luxe éthique, organisée dans le cadre de l'événement, que de la pensée écologique était une préoccupation pour les générations futures, la préférence pour la qualité plutôt que la quantité, une tendance qui se développe progressivement. « Au cours des dernières années, un nombre croissant de leaders de l'industrie misent sur le « luxe durable » - un luxe qui répond aux idéaux de l'écologie ». Selon elle,  les leaders de la mode et des célébrités forment partout dans le monde le goût du public. « Bien sûr, l'évolution vers une mode plus éthique et plus respectueuse de l'environnement est impossible sans le soutien des consommateurs. L'acheteur devient plus méticuleux. Le célèbre Financial Times tient depuis plusieurs années une chronique sur les moyens de dépenser de l'argent de façon éthique ». Ksenia Chernaïa-Scanlon confère un rôle particulier à l'éco-Fashion Week de Russie : « Nous devons changer radicalement l'image de la mode écologique - créer une tendance à partir d'un mouvement marginal ».

De son côté, Ioulia Polonskaïa - Coordinatrice du Programme de politique environnementale du secteur financier de WWF Russie - a déclaré que la Russie était l'un des marchés les plus attractifs pour le développement de marques de vêtements « verts ». « Le marché extérieur commence à montrer de l'intérêt pour les designers russes. Mais jusqu'à présent, les concepteurs russes ne peuvent pas rivaliser dans le secteur de luxe. Une exception est Vika Gazinskaïa (ce designer a dès le début de sa carrière refusé d'utiliser de la fourrure, ndlr). Cependant les autres designers de luxe russes ne sont pas pressés de rallier le mouvement écologiste », précise Polonskaïa. Selon elle, pour que le luxe éthique se développe en Russie, il est nécessaire que les concepteurs eux-mêmes proposent des matériaux innovants et de beaux vêtements.

Tatiana Karguina soutient cette idée : « Nous comprenons que l'introduction d'une culture n'est pas un processus rapide. L'intérêt a dans l'ensemble grandi, la vague d'information a fonctionné. Auparavant, il n'y avait pas de demandes de ce type du tout, il n'y avait que les échos de ce qui se passait à l'Ouest. Désormais, nous voyons que cela existe aussi en Russie. Peut-être que cela ne va pas aussi vite, ou que ce n'est pas encore assez développé, mais cela a le mérite d'exister ».

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