Le fantôme de Béjart plane sur le Bolchoï

« Syncope » Crédit : Ilia Chkolnik

« Syncope » Crédit : Ilia Chkolnik

Après la troupe du théâtre du Bolchoï et avant celle du Tanztheater de Wuppertal créée par Pina Bausch, le Ballet Béjart Lausanne a célébré ce week end à Moscou le centenaire du « Sacre du Printemps », le ballet d’Igor Stravinsky. L’occasion pour la troupe suisse d’alterner la présentation d’œuvres de son fondateur décédé il y a 6 ans et une création originale.

Un fond de scène bleuté. Des danseurs drapés dans une blancheur immaculée. Dès le lever de rideau, calme et harmonie inondent la Nouvelle scène du Bolchoï. Les effets de la Cantate 51 se font sentir et entraînent le spectateur hors du réel. A Moscou plus qu’ailleurs, sans doute, la frénésie et l’agitation qui caractérisent cette mégapole au quotidien cèdent leur place à la grâce et à la légèreté des danseurs portés par la musique de Jean-Sébastien Bach à laquelle Maurice Béjart a voulu rendre hommage.

L’angoisse d’être à la hauteur

Mais pour Gil Roman, son successeur à la tête du Ballet Béjart Lausanne (BBL) depuis son décès en 2007, venir danser à Moscou n’est jamais anodin. « Danser au Bolchoï représente beaucoup dans l’univers de la danse. Ça faisait très longtemps qu’on n’était pas venus, alors bien sûr, il y a une tension, une angoisse d’être à la hauteur, de la salle et du lieu. On espère que le public aimera parce qu’on vient non seulement avec des classiques comme le Sacre du printemps ou la Cantate 51, mais aussi avec une création », explique le directeur du BBL.

Faire cohabiter l’ancien et le nouveau, donner aux spectateurs des clés pour qu’ils puissent se faire leur propre idée des ballets exécutés par la troupe, développer ses créations pour mieux trouver sa voie, telles sont aujourd’hui les préoccupations de Gil Roman.

Des préoccupations qui, sur scène, sont immédiatement perceptibles dès que commence Syncope, l’une de ses créations qui remonte à 2010. La musique de Bach fait place à une musique contemporaine avec laquelle la troupe met en lumière ces moments de la vie où l’être vacille entre conscience et inconscience, réalité et imagination, stress et décompression.

Développer son propre langage

Le Sacré du Printemps Crédit : Francette Levieux

A la question de savoir si ses œuvres s’inscrivent dans la continuité de celles de Maurice Béjart, Gil Roman peine à trancher : « Oui et non. Oui car il y a toujours une base classique dans la compagnie, une volonté de faire un spectacle qui nourrit les gens, mais non dans le sens où évidemment je ne suis pas de sa génération. Ça ne m’intéresse pas de faire du Béjart, ce que je veux, c’est trouver mon propre langage et le développer ».

Une intention qui se retrouve dans l’interprétation des œuvres du maître, qu’il s’agisse du classicisme de l’Offrande à Stravinsky ou de l’animalité du Sacre du printemps. Car en définitive, la troupe est condamnée à se réinventer pour continuer à avancer, Maurice Béjart n’ayant jamais voulu qu’elle ne fasse plus que du répertoire après sa disparition.

Nouvelle scène pleine à craquer

« Les ballets de Maurice sont retravaillés, remis en question par ma musicalité, par les danseurs, par la jeunesse et par l’énergie », précise Gil Roman qui reste conscient que ce qui attire d’abord le public, c’est le nom de Béjart et ses ballets. « Mais le nom ne suffit pas, si les gens voient la troupe et que le spectacle déçoit, ils ne reviendront pas », poursuit le directeur du BBL.

Le tonnerre d’applaudissements ponctuant chacune des œuvres présentées, sur la Nouvelle scène du Bolchoï pleine à craquer, laisse penser qu’il est sur la bonne voie. Les retardataires auront vraisemblablement l’occasion de revoir la troupe du BBL à Saint-Pétersbourg au début de l’été et il se murmure même qu’une tournée en Russie serait en préparation. Mais chut ! A l’heure actuelle, rien n’est encore signé.

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