Salon du livre de Paris : de Moscou à Norilsk

Crédit : Maria Tchobanov

Crédit : Maria Tchobanov

Pour cette 33ème édition du Salon du livre de Paris, 45 pays étaient au rendez-vous. Durant ces quatre jours, du 22 au 25 mars, le stand consacré à la Russie proposait de multiples rencontres avec des écrivains, traducteurs, éditeurs et autres intervenants russes, tous plus intéressants les uns que les autres.

Les grands noms de la littérature contemporaine comme Zakhar Prilepine, Olga Slavnikova et Ïouri Mamleev, déjà connus des lecteurs français, étaient là pour présenter leurs derniers romans. Dans le cadre de la table ronde « Comment on se publie », il fut question des difficultés et des perspectives de la publication des oeuvres russes en France et vice versa, ainsi que des nouveaux programmes gouvernementaux de soutien et de promotion des auteurs russes sur le marché international.

Evguéni Reznitchenko, directeur exécutif de l'Institut perevoda (Institut de traduction), une association fondée en 2011 pour sponsoriser les traductions d’oeuvres littéraires russes vers les autres langues, a appelé les éditeurs français à profiter du programme de l’Institut d’aide au financement de la traduction. En 2012, 1 million d’euros a été dépensé pour la traduction d’oeuvres russes en 14 langues et cette année, l’Institut promet de doubler ce budget pour soutenir des projets littéraires intéressants, notamment dans le domaine du théâtre et de la littérature jeunesse.

Le Salon du livre de Paris a également fait connaître les jeunes auteurs finalistes du prix « Début », choisis parmi des dizaines de milliers de prétendants et dont les écrits sont entrés dans le recueil en français Ecrire la vie (édition Glass, 2012). C’est une véritable chance pour eux de se rendre visible et de représenter leur pays sur le marché international.

Moscou et l’Agence nationale pour l’édition et la communication de masse ont également présenté leurs programmes destinés à promouvoir la lecture et à rendre à l’objet livre la place qu’il occupait à l’époque soviétique, où l’URSS était considéré comme le pays du monde qui lisait le plus. Vous aviez la possibilité de « feuilleter » dans la vitrine électronique les copies virtuelles des livres publiés grâce au soutien du gouvernement de la ville de Moscou ou bien d’assister à la conférence du spécialiste en architecture Nicolaï Malinine sur l’apparition dans les parcs de Moscou des « Gogol-modules », des kiosques ambulants qui ont pour but de rendre la lecture accessible et de l’intégrer à la vie publique.

Vous pouviez également visionner les travaux des finalistes du Ier concours russe de « booktrailers », de courts spots publicitaires consacrés aux livres. Chacun pouvait s’essayer à la réalisation d’un tel clip à l’aide des nombreuses technologies audiovisuelles. L’objectif : rendre l’atmosphère de l’œuvre littéraire et donner envie de prendre le livre entre les mains. Que ce soit un grand classique comme Le Petit Prince de Saint-Exupéry ou bien un inédit d’un auteur inconnu comme Malukteb du jeune auteur Stanislav Efanov. Tout cela dans le but d’attirer la nouvelle génération vers le livre en le détachant de ses éternels gadgets interactifs.

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Les jeunes talents de Russie, lauréats du prix littéraire « Début » : Kirill Kortchaguine, Alexeï Oline, Alissa Ganieva, Alla Gorbounova. Crédit : Maria Tchobanov

Le clou du programme russe fut la rencontre avec Les Français de Sibérie. Un groupe d’écrivains français partis durant l’été 2012 à bord du navire  « Alexandre Matrossov » le long du fleuve Ienisseï jusqu’à Norilsk. L'éditrice Véra Michalski et les auteurs Olivier Bleys et Elisabeth Barillé ont fait part de leurs émotions.

Cette traversée pittoresque à travers l’archipel Goulag jusqu’à la ville Norilsk, ville polaire, l’une des plus polluée au monde, a laissé une impression indélébile et parfois très pesante sur nos aventuriers.

Olivier Beys a raconté que, même si les conditions de ce voyage ont été exceptionnelles, l'itinéraire ne passait pas du tout par les « villages de Potemkine » (un trompe-l'œil, ndlr), comme on aurait pu l'imaginer dans le cas de voyage organisé. Les deux premiers jours, un incendie qui s’est propagé à travers la taïga, les a plongé pendant dans une fumée grise à couper au couteau dans laquelle leur navire faisait penser à une arche de Noé. Les Français voguaient entassés avec les autochtones, les enfants, les animaux, les meubles, les postes de télévision tout juste achetés. En effet, en l’absence de routes praticables, le bateau est le seul moyen de transport dans ces contrées. Et il est accessible seulement deux mois par an quand le fleuve dégèle.

« Il y a  8 heures de vol entre Moscou et Krasnodar. Les autochtones parlent de Moscou comme d’un autre pays, très lointain. Ils ont l’impression d’être complètement oubliés des autorités. L’hiver, ils sont totalement isolés, aucun transport ne dessert la région et les distances entre les villes font 80 km. Comment survivre dans ces conditions par - 40 degrés ? Comment l’âme fait-elle pour survivre ? », s’interroge Elisabeth Barillé, écrivaine aux racines russes qui vient juste de commencer à s’intéresser à ce pays. Elle a ramené de ce voyage une poésie pleine d’émotion, de tristesse, de compassion et d’admiration pour ces gens. Et aussi le désir de créer une bibliothèque fluviale qui permettrait à ces sibériens perdus entre les eaux de recevoir des livres. Cette idée lui est venue après la visite de la bibliothèque de Norilsk où cette rencontre avec des écrivains français totalement inconnus a attiré plus d’une centaine de personnes et qui, selon l’écrivaine, étaient tous « prêts à lire, à communiquer et à apprendre ».

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