Rouler jour et nuit au-delà du Baïkal

Crédit photo : Artem Zagorodnov

Crédit photo : Artem Zagorodnov

Le 6 mars 2013

Le lendemain de la grande fête, on m’a informé que je ferai la prochaine étape du voyage jusque Khabarovsk avec l’équipe Notre Alaska. Comme il était très tôt, j’étais trop fatigué pour dire quoi que ce soit : j’ai marmonné quelques bonjours, j’ai grimpé sur l’immense matelas à l’arrière de la voiture et je suis tombé endormi presqu’immédiatement (je n’avais pas remarqué la personne à côté de moi, jusqu’à ce que nous roulions sur le lac Baïkal gelé).

La traversée du lac sur la glace a eu lieu sans aucun problème et nous étions bientôt fixés sur nos nouveaux objectifs et avons commencé à faire connaissance. Dans mon tout terrain, tout le monde vient de Saint-Pétersbourg : Sergueï est un photographe professionnel qui a récemment accompli un voyage de quatorze mois autour du globe sur le plus grand voilier au monde, le Sedov, alors que Nastia et Bogdan travaillent dans une compagnie d’informatique.

L’autre véhicule était occupé par Daniel, également de Saint-Pétersbourg, et Cheslov et Richard, deux passionnés de conduite originaires de Pologne. Ces deux-là sont des ingénieurs consultants financiers. Ils ont une très bonne maîtrise de la langue russe et aiment la culture russe. 

Alors que nous continuions notre route jour et nuit à travers les régions est de la Russie en bordure de la Mongolie vers le sud et la Mandchourie à l’est, j’ai de nouveau perdu toute notion du temps, un problème qui avait été temporairement résolu pendant ma sieste sur le lac Baïkal.

Alors que les montagnes cédaient progressivement la place à des plaines sans fin, les villes que nous traversions se brouillaient dans un unique souvenir quand défilaient les panneaux Oulan Oude (connue pour la sculpture la plus monumentale au monde de la tête de Vladimir Lénine), Petrovsk-Zabaïkalski, Tchita… 

Ce sentiment a été interrompu lorsque le jour s’est levé et que nous nous concentrions sur notre prochain objectif : gagner des points en visitant le plus d’écoles de village possible.

« Quand tu enverras ton histoire, tu devras demander aux organisateurs quel était le but de l’activité », m’a lancé Sergueï. Nous serpentions alors de village en village à l’est de la route principale pour interrompre des classes bruyantes. Dans chaque école, nous devions demander au principal un cachet officiel comme preuve. 

Crédit photo : Artem Zagorodnov

Tout comme Lemax, Notre Alaska n’a pas réussi à trouver l’une des fusées au Kazakhstan. Ils étaient loin d’être aussi rapides que certaines des autres équipes (Cosmos).

Notre Alaska a refusé de prendre la route difficile vers Khabarovsk en conduisant parallèlement à la voie ferrée Baïkal-Amour pour des points supplémentaires parce que leurs véhicules n’auraient probablement pas survécu au voyage. L’unique espoir de l’équipe était de gagner autant de points que possible pour la navigation et si possible, sans s’éloigner des routes principales, hormis lors de la visite des écoles de villages.

J’ai lu quelque part que les hommes politiques à Moscou avaient prétendu qu’aujourd’hui toutes les écoles russes avaient un accès haut débit à Internet ou qu’elles l’auraient dans un futur proche. Dans tous les cas, il est difficile d’imaginer que bientôt ces promesses atteindront les coins reculés que nous avons visités. Presque tous les villages ont une population de moins de mille individus et donc, nous visitons l’unique école de la ville. 

Les bâtiments et l’équipement ont clairement connu de meilleurs jours, mais cela crée un contraste saisissant avec l’exubérance et la curiosité des élèves et des enseignants qui voient soudain arriver dans leur ville des invités en tout terrain venus de Mourmansk. 

Dans le village de Tcheremokhovo, nous avons découvert une école presque entièrement abandonnée ; seule une classe de biologie restait. L’enseignant surpris nous a tous expliqué que tout le monde était rentré manger à la maison. Il a ensuite laissé sa classe pour nous accompagner dans la maison du principal afin de recevoir le tampon officiel (les organisateurs n’acceptaient aucune autre preuve par exemple une vidéo). Les étudiants ne se sont pas plaints. 

Nous devions maintenant rouler plus de mille kilomètres pour rejoindre la nouvelle autoroute (Tchita-Khabarovsk) et aller vers la Mandchourie et l’Extrême-Orient russe. Encore un bout de chemin à faire…

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