Une guerre sans règles ni limites

Des Français rendent hommage aux victimes des attentats parisiens sur les lieux d'attaques près du restaurant Le Petit Cambodge et le bistrot Le Carillon le 15 novembre 2015.

Des Français rendent hommage aux victimes des attentats parisiens sur les lieux d'attaques près du restaurant Le Petit Cambodge et le bistrot Le Carillon le 15 novembre 2015.

AP Photo/Peter Dejong
Les attentats meurtriers qui ont ensanglanté Paris montrent que les terroristes sont de plus en plus barbares et expérimentés dans leur volonté de faire régner une guerre sans règles ni limites en Europe et dans le monde.

La série d’attentats qui a eu lieu à Paris a une nouvelle fois placé la France au cœur de l’actualité. Politiques et experts s’accordent déjà pour qualifier ce vendredi 13 novembre de «11 septembre » français.

Ce « vendredi noir » connaît la même terreur organisée, un désastre d’une même ampleur et une prise de conscience de nouvelles méthodes. Les événements de Paris soulèvent clairement les graves et nombreuses lacunes liées à la sécurité internationale. Les opinions déferlent : « choc des civilisations », « menace de l’immigration », « défi du terrorisme international ». Le temps est venu de nous intéresser au sens profond de ces mots répétés en boucle.

Le terrorisme comme instrument de violence

Au fond, qu’entendons-nous par « terrorisme international » ? A quoi ressemble son organisation ? Ses institutions ? Est-ce le monde du terrorisme selon l’Onu, avec ses différents services chargés des affaires ethno-politiques et religieuses ? Qu’est-ce qui unit les terroristes ethno-nationalistes et les groupes terroristes religieux, qui luttent pour la révolution sociale ?

Au Proche-Orient et en Afghanistan, nous observons non seulement une forme de concurrence mais aussi des affrontements directs notoires entre les différentes organisations telles que l’Etat islamique, le Front al-Nosra, le Hezbollah, le Hamas, les Talibans.

Il est évident qu’excepté leur penchant identique pour les explosifs, les tendances et les orientations des terroristes n’ont rien de commun. Le terrorisme n’est pas une fin en soi. C’est un instrument de violence politique utilisé  par différentes forces. Ces forces, au bas mot, ferment les yeux sur les excès des « combattants pour la pureté de la foi » et les défenseurs de la « liberté nationale ». Un constat qui s’impose est l’impuissance des principaux acteurs internationaux à mettre en place une sérieuse coopération. Ce alors que ces quinze dernières années, le monde a été secoué par une vague monstrueuse de cynisme terroriste à grande échelle. Ce sont les « Tours jumelles » et le Pentagone en septembre 2001, les attaques terroristes à Madrid, la prise d’otages dans une école à Beslan en Russie, les attaques à Mumbai en novembre 2008, le massacre d’étudiants à Peshawar au Pakistan, en décembre 2014.

Un terrorisme multifacettes

L’évocation d’un front à grande échelle contre « les organisateurs de ces traumatismes » ne date pas d’hier. Cependant, aucune coalition internationale réelle ne semble émerger. Les actions prioritaires sont remplacées par d’utopiques idées relatives à l’édification de « la démocratie au Moyen-Orient » ou encore par des plans de renversement des régimes indésirables. Une fois de plus, les attentats de Paris démontrent que le terrorisme n’est pas uniquement lot des pays pauvres où règnent la misère et la ruine. Si l’on considère le cas des anti-héros responsables des attentats à Paris, il ne s’agit en aucun cas d’une lutte pour un confort social plus élevé (appartement, voiture, salaire), mais bien d’un mécontentement idéologique et politique. Aujourd’hui, une grande partie de la presse soulève les problèmes des musulmans européens et la propagation d’opinions radicales dans leur environnement, centré autour de l’immigration.  Pour autant, la complexité du problème ne se limite pas au seul sujet de l’immigration. Il est plus important d’évaluer l’efficacité des stratégies d’intégration et d’associer les représentants des « différents » groupes ethniques et religieux au cœur des sociétés européennes. Il faut également prendre en compte que le chemin du radicalisme religieux est tout à fait envisageable même sans avoir visité les « points chauds », sans avoir rencontré les commandants, et sans évaluer les problèmes sociaux des pays arabes ou africains.

Pour commencer, il est essentiel de débattre avec les gens, non pas pour évoquer la lutte du « tout va bien » contre le « tout va mal », mais pour évoquer les principes clairs et de leur vision du monde.

Le choc des civilisations, concept insuffisant

Il n’y a pas de recette miracle pour le traitement de ces maux-là. En premier lieu, la présence du problème très réel et dangereux du radicalisme et de l’extrémisme islamique ne signifie pas que la ligne de fracture revêt un caractère strictement confessionnel. Des communautés musulmanes se sont formées et développées avec succès dans les pays européens. Beaucoup de citoyens issus de l’immigration se sont intégrés dans les différentes structures des pays membres de l’Union européenne, aussi bien au sein du pouvoir, que dans la police, sans compter les stars de la sphère sportive. Bien sûr, il serait simpliste de considérer chaque citoyen musulman européen comme potentiellement capable de telles méthodes. Méthodes qui ont été démontrées à Paris en 2015 mais aussi à Copenhague il y a cinq ans. Deuxièmement, au sein des pays du Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie du Sud-Est, les radicaux et extrémistes islamiques mènent depuis longtemps une guerre contre les partisans d’un modèle laïc au sein duquel la religion ne régenterait pas la vie sociale et la vie politique. Nous pouvons d’ailleurs observer des similitudes avec la situation dans le Caucase russe et dans la région de la Volga (bien qu’à une autre échelle). Malheureusement, les pays occidentaux et la Russie n’ont pas été en mesure de développer une stratégie de coopération commune visant à minimiser la menace islamiste. Beaucoup de belles paroles et aucune action réelle de terrain engagée.

Une guerre sans règles ni limites

Selon le célèbre politologue et essayiste David von Drehle, le terrorisme d’aujourd’hui est « une guerre sombre, qui n’a ni fronts, ni armées, ni règles, mais qui aura à long terme un caractère à grande échelle ». C’est au travers du réseau des structures terroristes que les islamistes, qui se considèrent comme des outsiders n’ayant aucune chance de battre les principaux pays du monde dans une guerre militaire, ou une compétition économique, mettent au défi les Etats-Unis, Israël, la Russie et les pays de l’Union européenne. Les gouvernements ayant des structures militaires bien organisées et de solides institutions administratives sont incapables de faire face aux réseaux terroristes. Rien ne bougera aussi longtemps que les gouvernements nationaux ne prendront pas conscience du danger provenant de ces réseaux terroristes, qui menacent non seulement l’Etat mais également le principe même d’organisation de la vie humaine. A cet égard, le plus urgent est de renoncer au politiquement correct, qui n’est pas un moyen de comprendre le monde, et de revenir à des notions claires.

Si le défi politique émane aujourd’hui de l’islamisme radical, des sectes totalitaires et des groupes nationalistes, il est essentiel d’en débattre ouvertement, sans se confondre dans la culpabilité historique d’un passé colonial. Le monde évolue, et les péchés commis autrefois par les Européens et les Américains ne peuvent justifier ceux qui, aujourd’hui, prétendent combattre pour la « pureté de la foi ». Mais dans la lutte contre le terrorisme, la composante de la « puissance », bien qu’importante, ne constitue pas une clé universelle. Arrêter ou éradiquer le terrorisme démoniaque est plus facile que de minimiser les symptômes de cette fureur. Quoi qu’il en soit, la coexistence de différentes cultures au sein de l’Europe contemporaine devient le problème numéro un (l’Europe dans son sens le plus large, c’est à dire non seulement au sein des frontières de l’Union européenne, mais aussi la Russie, où 80 % de la population vit dans la partie européenne). Comment trouver une réponse adéquate au défi du radicalisme religieux et barrer la route à la xénophobie pluridimensionnelle ?

Parler de « terrorisme sans nationalité » ne suffit pas. Un débat profond sur le potentiel d’intégration en Europe est essentiel. Même la Russie, qui a à plus d’un titre des problèmes proches, devrait à cet égard se regarder dans un miroir. 

Texte original publié sur le site de Russia Direct

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