Goldman Sachs cesse d'investir dans les BRIC

A trader works at the Goldman Sachs stall on the floor of the New York Stock Exchange, April 16, 2012.

A trader works at the Goldman Sachs stall on the floor of the New York Stock Exchange, April 16, 2012.

Reuters
La banque Goldman Sachs a fermé son fonds consacré aux investissements dans les BRIC (regroupant Brésil, Russie, Inde, et Chine). Les économistes expliquent que les pays émergents sont de moins en moins attrayants pour les investisseurs, tandis que le groupe est devenu une union politique. Ainsi, ce fonds n'a plus raison d'être.

La banque américaine Goldman Sachs a fermé son fonds consacré aux investissements au Brésil, en Russie, en Inde et en Chine, informe le quotidien russe RBC Daily, citant des sources américaines. L'agence Bloomberg indique à son tour que les moyens du fonds seront transférés dans le Fonds d'investissement dans les marchés émergents (EMEF). En septembre 2015, les actifs du fonds des BRIC ont atteint 98  millions de dollars, alors qu'au plus haut en 2010, ils atteignaient 842 millions de dollars. C'est ce fonds qui est à l'origine du rapprochement initial entre les pays émergents du groupe BRIC.

Piotr Dachkevitch, analyste chez UFS IC, explique que ces dernières années, l'intérêt vis-à-vis des pays émergents a notamment diminué en raison du ralentissement de l'économie chinoise, des sanctions contre la Russie et de la chute des prix des matières premières. Ainsi, depuis le début de l'année, l'indice boursier des marchés émergents MSCI EM a chuté de 12%, alors que l'indice boursier américain étendu S&P500 a crû de 1% et l'indice européen EUROSTOXX 600 - de près de 10%, rappelle Dmitri Bedenkov, directeur du département analytique chez RUSS-INVEST. « Le concept même du fonds a perdu, ces dernières années, son intérêt aux yeux des investisseurs », explique Piotr Dachkevitch. Il estime que le regroupement des actifs des différents pays au sein d'un seul fonds est plus logique compte tenu du contexte actuel.

La chute des prix des matières premières, survenue en 2014, a réduit le potentiel économique et l'attractivité des marchés émergents pour les investisseurs. Le capital a quitté les fonds consacrés aux BRICS (les quatre pays plus tard rejoints par l’Afrique du Sud, ndlr) pour migrer vers les marchés américain, chinois et européen, explique Gueorgui Vachtchenko, directeur des opérations sur le marché boursier russe chez Freedom Finance. Il estime que ce processus se poursuivra au moins tant que les prix des ressources naturelles exportées ne repartiront pas à la hausse.

Par ailleurs, l'interdépendance économique des BRICS reste très faible. Par exemple, le volume d'échanges entre la Russie et les autres membres de l'union a atteint 105  milliards de dollars, soit une augmentation de 50% par rapport à 2008. Le volume des échanges entre la Chine et les pays BRICS a lui atteint 312 milliards de dollars en 2014, alors que le commerce du pays avec les États-Unis atteignait 592 milliards de dollars la même année.

Bogdan Zvaritch, analyste chez FINAM, précise que le durcissement de la politique monétaire des États-Unis pourrait porter un nouveau coup dur aux émergents. Les investisseurs internationaux continuent de parier sur l'éventuelle hausse du taux directeur américain en décembre.

En outre, la décision de Goldman Sachs a pu être influencée par le fait que l'union des BRICS a progressivement acquis un sens politique. « Partant du domaine de l'abstraction boursière, les BRICS se sont progressivement affichés dans le domaine politique », explique Piotr Dachkevitch. « Toutefois, nous n'en sommes pas à l'intégration réelle et nous n'y arriverons sans doute jamais. Ces pays se trouvent sur des continents différents (le Brésil, désormais l'Afrique du Sud), ont des économies radicalement différentes (par exemple, la Russie et la Chine), des divergences politiques majeures (la Chine et l’Inde), etc. ».

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