Nikolaï Vyroubov, un destin franco-russe

Nikolaï Vyroubov dans son appartement avenue d'Iéna.

Nikolaï Vyroubov dans son appartement avenue d'Iéna.

Archives personnelles
Jeudi 16 juillet, une exposition consacrée au centenaire de Nikolaï Vyroubov a ouvert ses portes à Moscou à la Maison de la Russie à l’étranger Soljenitsyne. RBTH présente l’histoire de cet homme remarquable, aussi fidèle à la Russie qu’à la France.

70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous commémorons tous ceux qui combattaient le nazisme à travers la planète. Des milliers de Russes quittèrent leur pays après la révolution d’Octobre et la Guerre civile pour s’installer en France, et rejoignirent la Résistance en 1940. Vyroubov était l’un entre eux.

Déménagement à Paris

Source : archives personnellesDescendant d’une ancienne famille de boyards, parent du poète Afanassi Fet et de l’écrivain Ivan Tourgueniev, Nikolaï Vyroubov est né à Orel, dans la famille d’un célèbre homme politique et figure publique, au beau milieu de la Première Guerre mondiale en 1915.

La famille Vyroubov a traversé la révolution et la Guerre civile, a survécu à la pauvreté, l’errance, la faim et la maladie. Le mauvais sort a pris fin quand la famille est parvenue à partir à l’étranger en 1924. Les Vyroubov s’installèrent à Paris.

Vyroubov grandit dans une famille qui savait apprécier la littérature, la musique, la peinture, qui lisait les principaux journaux parisiens, parlait politique et relations internationales. Il entra à Oxford, un grand avenir l’attendait.

Mais la guerre vint chambouler tous ces projets… Âgé de 25 ans, Vyroubov, qui étudiait alors à Oxford, se précipita au bureau de recrutement. Il fut retoqué, car il n’avait pas la nationalité britannique. L’armée française le refusa pour la même raison. Mais peu après, Charles de Gaulle annonça qu’il accueillerait tous ceux qui étaient prêts à se battre pour la liberté de la France sous son commandement. Et Nikolaï rejoignit les rangs des volontaires de la France libre.

Décoré par de Gaulle

La guerre divisa l’émigration russe. Les uns croyaient sincèrement qu’Hitler parviendrait à libérer la Russie des Bolchéviks et souhaitaient la défaite de Staline dans la guerre. D’autres s’opposèrent aux nazis, car par-delà l’idéologie, le sort de la patrie, des compatriotes et de l’humanité tout entière était en jeu. Nikolaï Vyroubov ne douta pas une seconde : c’était son devoir vis-à-vis de la France, qui l’accueillit, et de la Russie, lointaine mais chère.

Vyroubov était admiratif de la personnalité de de Gaulle. À un moment donné, Nikolaï attira l’attention du commandant en chef français. « Pendant les combats en Afrique du Nord, tonton Kolia était parmi les jeunes assistants de de Gaulle qui nous transmettait des instructions simples », se souvient le neveu de Vyroubov Youri Troubnikov. « Au début, le général ne prêtait pas beaucoup d’attention à ce simple soldat. Mais ensuite, quand il était déjà en Europe, il envoya une photo dédicacée à Vyroubov ».

Pour ses exploits dans la campagne italienne, de Gaulle décora Nikolaï de la plus haute distinction française à l’époque de la Seconde Guerre mondiale, l’Ordre de la Libération. Un millier de personnes seulement fut décoré de cet ordre, dont 10 émigrés russes. Parmi eux, le célèbre écrivain français Romain Gary (l’émigré russe Roman Kacew).

L’après-guerre

La photo dédicacée à Vyroubov par Charles de Gaulle. Source : archives personnelles

Le général de Gaulle n’oublia pas le jeune et vaillant soldat après la guerre. Nikolaï obtint un poste au commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Parmi les réfugiés, on comptait des milliers de Russes – les anciens détenus des camps de concentration, emmenés de force en Occident par les Allemands, des soldats soviétiques qui parvinrent à s’évader mais redoutaient leur retour en Russie où ils risquaient d’être fusillés pour trahison. Pendant de longues années, Vyroubov dirigea une organisation caritative russe – le Comite des Zemstvos et Municipalités Russes de Secours des Citoyens russes à l'étranger (Zemgor).

Dans son appartement avenue d’Iéna, Vyroubov réunit une immense collection de peinture russe, exportée à l’époque par la première vague d’émigration russe – les bolcheviks auraient sans doute brûlé ces œuvres dans des poêles à bois. Dans les années 1990, le trésor national revient en Russie, grâce à Nikolai Vyroubov qui l’offrit aux musées de Moscou et de province.      

L’une des photographies prêtées pour l’exposition par la famille Vyroubov est particulièrement précieuse : elle date de 1996. Le président français Jacques Chirac y décore Nikolaï Vassilievitch de l’Ordre de la Légion d’honneur.

Les neveux de Vyroubov racontent qu’en 2009, l’État français lui rendit les derniers honneurs aux Invalides, alors que les murs de la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides résonnèrent d’une messe insolite. Vyroubov trouva son dernier repos aux côtés des milliers de ses compatriotes, au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois.

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