A Oufa, l’OCS devient le « deuxième pôle de l’Eurasie »

De gauche à droite : Almazbek Atambaev, président de la République kirghize ; Noursoultan Nazarbaïev, président de la République du Kazakhstan ; Vladimir Poutine, président de la Russie ; Xi Jinping, président de la République populaire de Chine ; (deuxième ligne) Nawaz Sharif, Premier ministre du Pakistan ; Zhang Sinfen, chef de la Structure antiterroriste régionale de l'OCS ; Narendra Modi, Premier ministre d'Inde.

De gauche à droite : Almazbek Atambaev, président de la République kirghize ; Noursoultan Nazarbaïev, président de la République du Kazakhstan ; Vladimir Poutine, président de la Russie ; Xi Jinping, président de la République populaire de Chine ; (deuxième ligne) Nawaz Sharif, Premier ministre du Pakistan ; Zhang Sinfen, chef de la Structure antiterroriste régionale de l'OCS ; Narendra Modi, Premier ministre d'Inde.

Alexandre Vilf / RIA Novosti
Le récent sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) a initié l’admission de nouveaux membres dans ses rangs : l’Inde et le Pakistan. Les observateurs affirment que cet évènement donnera une nouvelle dimension à l’OCS et la transformera en une organisation réellement globale, en second (après l’Union européenne) centre de l’Eurasie.

Le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai qui a pris fin à Oufa (Oural méridional) a ouvert une nouvelle étape de l’histoire de l’OCS, a déclaré le président russe Vladimir Poutine. Les experts sont entièrement d’accord, mais appellent tout de même à attendre de voir ce que donneront en pratique les travaux de l’organisation rénovée.

Les analystes sont unanimes à estimer que le résultat principal du sommet de l’OCS est l’activation, pour la première fois durant ses quatorze ans d’existence, d’une procédure d’admission à l’organisation, en l’occurrence de l’Inde et du Pakistan.

Leonid Goussev, du Centre d’études de l’Asie orientale et de l’OCS de l’Institut des relations internationales, a indiqué dans une interview à RBTH qu’avec leur énorme potentiel démographique et économique, les deux pays conféraient une nouvelle dimension à l’organisation. L’OCS se transforme en puissant acteur mondial et devient « le deuxième pôle non occidental de l’Eurasie », selon l’expression employée par le président de ce Centre d’études, Alexandre Loukine, dans un rapport du Club de Valdaï.

En outre, les deux pays sont détenteurs de l’arme nucléaire, ce qui donne un poids supplémentaire à l’alliance. « L’adhésion de New Delhi et d’Islamabad à l’OCS revêt une grande importance géopolitique en créant un lien entre l’Asie centrale, orientale et méridionale, en unissant en quelque sorte ces régions », a souligné pour sa part Vatanar Yaguia, titulaire d’une chaire à la faculté des relations internationales de l’Université de Saint-Pétersbourg.

Modification de l’attitude de Moscou

Toujours selon Leonid Goussev, l’OCS servira de plateforme de négociations entre l’Inde et le Pakistan (dont les relations bilatérales sont envenimées par le problème de territoires litigieux à leur frontière commune dans le Cachemire), ce qui pourrait accroître la sécurité régionale.

Dans ce contexte, il a fait remarquer que beaucoup dépendrait du développement intérieur de l’organisation et de sa capacité à profiter de l’impulsion donnée par l’actuelle rénovation pour devenir une structure performante, en reléguant au passé la « mollesse » qui avait caractérisé son développement jusqu’ici.

L’impulsion reçue par l’OCS est dans une grande mesure liée à la position de Moscou, qui a modifié sa vision de l’organisation dans le contexte de la dégradation de ses relations avec l’Occident en raison de la crise ukrainienne, affirment les analystes. L’une des manifestations de cette vision modifiée est, d’après les observateurs, la nouvelle attitude de Moscou envers la coopération économique dans le cadre de l’OCS. Redoutant jusqu’ici l’emprise économique de Pékin, Moscou bloquait les propositions sur le développement de l’intégration économique, notamment le projet de Banque de développement de l’OCS, a constaté dans son rapport Alexandre Loukine. Au sommet d’Oufa, Vladimir Poutine a dit que la coopération dans le domaine financier était l’une des priorités de l’organisation.

Outre la Banque de développement, il a rappelé l’idée d’un centre international de financement des projets. Vladimir Poutine a évoqué la nécessité d’intensifier les activités du Club énergétique de l’OCS et de créer un réseau de transport commun sur la base du Transsibérien et du chemin de fer Baïkal-Amour (BAM). Il a qualifié d’importante « la jonction » de deux projets économiques d’intégration : l’Union économique eurasiatique et la Ceinture économique de la Route de la soie.

« Cauchemar des géopoliticiens américains »

Evgueni Mintchenko, directeur de l’Institut international d’expertise politique, a affirmé à RBTH que l’OCS contribuerait au renforcement de la coopération dans le domaine de la sécurité. « Des exercices militaires communs seront organisés plus souvent, notamment pour que les hommes puissent s’entraîner à l’interaction en cas de crise dans les pays de l’Asie centrale », a-t-il noté.

Vladimir Poutine a en effet annoncé à Oufa que les leaders des pays de l’OCS s’étaient entendus pour intensifier la coordination entre leurs ministères de la Défense et pour organiser des exercices antiterroristes annuels.

Dressant le bilan des sommets de l’OCS et des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), qui a pris fin à Oufa un jour plus tôt, Evgueni Mintchenko a constaté que la Russie s’était tournée vers l’Est : « Nous voyons se matérialiser le cauchemar des géopoliticiensaméricains », les Etats-Unis « ayant poussé Poutine dans les bras de la Chine ».

L’OCS a été fondée par les leaders de Russie, de Chine, du Kazakhstan, du Tadjikistan, du Kirghizistan et de l’Ouzbékistan en 2001. Elle prend source dans les Cinq de Shanghai (tous les membres de l’OCS excepté l’Ouzbékistan) qui ont signé en 1996 et 1997 des accords de renforcement de la confiance dans le domaine militaire. Au cours du sommet d’Oufa, l’Azerbaïdjan, le Cambodge et le Népal sont devenus partenaires de l’OCS. La Biélorussie a obtenu le statut d’observateur auprès de l’OCS.

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