Barvikha, lieu de villégiature VIP né à l’époque soviétique

TASS
Le centre de cure Barvikha, situé dans les environs de Moscou, a prodigué des soins à des dirigeants, chefs militaires et artistes russes et étrangers. L’idée en appartient à Lénine. Des journalistes se sont rendus au centre pour enquêter sur ces célèbres patients.

Un document sur le suivi sanitaire du Kremlin paraît le 22 février 1922. Dans un mot adressé à Staline, Lénine indique qu’il faut construire un centre de cure où la direction du pays irait en villégiature. L’établissement doit se trouver dans une forêt, être entouré « d’un paysage pittoresque » et situé à une soixantaine de kilomètres de Moscou.

Ainsi fait son apparition l’établissement qui est aujourd’hui le centre de cure du Département des affaires générales de la présidence de Russie. Barvikha accueille ses premiers visiteurs en 1935. Les patients VIP y sont accompagnés de leurs gardes du corps employés du Commissariat (ministère) de l’Intérieur, devenu plus tard le KGB. Mais à ses débuts, le centre n’avait rien de vraiment spécial.

L’établissement accueille alors non seulement les responsables du pays, mais également des politiques et des grands scientifiques étrangers, comme, par exemple, le secrétaire général du PC italien, Luigi Longo.

L’homme politique « s’y est reposé avec son épouse en 1972. La chaleur était accablante cette année-là marquée par des feux de tourbe et des incendies de forêt. Sa femme a insisté pour visiter Souzdal[ville historique située à quelque 200 km au nord-est de Moscou, ndlr]. Et Luigi Longo a eu une attaque cérébrale, il a fallu le sauver », se rappelle l’académicien Evgueni Tchazov, qui fut le médecin du leader soviétique Leonid Brejnev, du premier président de Russie Boris Eltsine, ainsi que de plusieurs ministres, scientifiques et chefs d’Etat étrangers, comme Walter Ulbricht ( homme politique de la RDA), Gamal Abdel Nasser (homme d’Etat égyptien), Janos Kadar (dirigeant hongrois) et Todor Jivkov (le numéro un bulgare).

La suite de Boris Eltsine

La suite de Boris Eltsine était composée de plusieurs pièces : un hall avec une grande table pour plusieurs négociateurs, une salle à manger, deux chambres à coucher dont une avec un lit énorme, un cabinet de travail et une salle de réception.

L’appartement compte nombre de portes cachées menant à un réseau de couloirs tout aussi secrets qui permettent au personnel de circuler en toute discrétion. Les médecins, les femmes de ménage et les fleuristes restaient ainsi inaperçus.

« Ce n’est pas nous, mais le personnel (de Boris Eltsine) qui cuisinait et prenait soin de lui, racontent les employés de Barvikha. Nous, on ne faisait que les assister. Et heureusement, parce que Boris Nikolaevitch avait un caractère difficile… »

L’ancienne génération se rappelle qu’elle se donnait beaucoup de mal avec Edouard Chevardnadze, ministre soviétique des Affaires étrangères puis président de la Géorgie. Il avait une attitude tellement réservée et hautaine que les infirmières ne savaient comment l’approcher pour lui faire une piqûre ou appliquer une compresse.

Le volet « alimentation » mérite un chapitre à part. La parole est à Konstantin Moltchanov, directeur et médecin émérite de Russie : « Nous avons trouvé dans les archives du centre 800 recettes ! Un pouvoir thérapeutique particulier était attribué aux potages aux lentilles, aux bouillies et au pain complet qui était cuit sur place et qui a été baptisé Barvikhinski. Les spécialistes avaient élaboré 14 régimes. Les patients avaient à leur disposition des appareils médicaux dernier cri, les meilleurs médicaments et les méthodes de traitement les plus récentes. »

Pourtant, il était parfois difficile d’expliquer aux dirigeants pourquoi les médecins prescrivaient tel traitement qu’ils jugeaient utile et non celui que désiraient ces responsables.

Toutefois, le personnel du corps présidentiel savait être convaincant. Toutes les infirmières avaient suivi des cours pour connaître non seulement les habitudes et les goûts de leurs clients, mais également leurs traits de caractère, qui restaient cachés même pour l’entourage le plus proche.

Les noms des garde-malades et des infirmières ne sont toujours pas divulgués.

Le patient préféré

Barvikha a ses patients préférés, et le premier sur cette liste est Alexis II qui était le patriarche de l’Eglise orthodoxe russe.

« Il était très discipliné et patient quand on lui faisait des piqûres. Dans sa chambre il restait souvent en pyjama, mais même dans cette tenue il était différent des autres. Un seul regard, mais que d’éloquence ! », a raconté Nina Grigorievna, qui s’occupait du patriarche lors de tous ses séjours au centre.

« Je me promenais avec lui tous les jours, a-t-elle poursuivi. On allait jusqu’à l’étang pour donner à manger aux cygnes. Il mettait toujours un peu de pain de côté au déjeuner. J’étais tranquille avec lui. Il parlait peu et s’il racontait quelque chose, c’était toujours au sujet de son enfance. Il aimait se rappeler comment il est devenu prêtre. De nombreux membres du personnel – des garde-malades aux responsables – venaient demander conseil à Alexis II. Il ne rejetait personne. »

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