2017, année du rapprochement franco-russe ?

Opinion
François Fillon et Vladimir Poutine à Paris en 2011.
François Fillon et Vladimir Poutine à Paris en 2011. Crédit : Reuters

Alors que la France analyse les résultats définitifs de la primaire de la droite et du centre, il semble de plus en plus évident que l’ère des sanctions et des récriminations mutuelles entre la Russie et l’Europe continentale touche à sa fin. François Fillon ayant dominé la primaire avec un certain aplomb (66,5% contre 33,5% pour Alain Juppé), la confrontation présidentielle en 2017 pourrait porter au pouvoir un candidat favorable à la Russie et déterminé à sortir l’Europe de son statu quo géopolitique apparemment inerte.

François Fillon est l’incarnation du dirigeant avec lequel la Russie préférerait coopérer. Gaulliste dans sa politique étrangère (ses deux parents étaient des gaullistes convaincus), libéral dans son programme économique et conservateur dans ses prises de position sociétales, il est bien un représentant de l’establishment politique français, contrairement à Marine Le Pen, sa rivale la plus probable lors de la présidentielle de 2017. Cette dernière s’efforce toujours de débarrasser le Front national [ou FN, le parti qu’elle préside, ndlr] des déviations extrémistes issues des 43 années durant lesquelles son père a dirigé les destinées du FN.

Jusqu’ici, François Fillon a occupé les postes de député, de sénateur, de ministre des Technologies de l’information, du Travail et de l’Éducation nationale sans oublier qu’il a été le Premier ministre de Nicolas Sarkozy durant les cinq années de son mandat.

Cette combinaison de bonnes dispositions à l’égard de la Russie, couplée à un bilan politique confirmé distingue François Fillon des autres responsables politiques d’Europe occidentale, la russophilie y étant généralement réservée aux candidats avec une faible expérience gouvernementale.

Souvent, l’attitude ouvertement pro-russe du candidat à la présidentielle du parti Les Républicains (LR) lui a attiré l’ire de ses collègues. Alain Juppé, qui a la réputation d’être un atlantiste ardent, a mis en garde contre cette récente « russophilie aiguë ». Curieusement, les socialistes français préfèrent actuellement limiter leur critique aux politiques sociales proposées par le vainqueur de la primaire de la droite et du centre, comme la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires et son intention de porter l’âge de la retraite à 65 ans. Cela ne signifie pas pour autant que l’attitude pro-russe de François Fillon ne sera pas utilisée contre lui, elle le sera très certainement.

Le tournant pris par Les Républicains en direction d’un alignement plus étroit avec Moscou est en gestation depuis un certain temps. En 2015, c’est Thierry Mariani, député LR, qui fut le premier membre d’un parti politique européen, non ancré à l’extrême droite, à se rendre en Crimée. Ce sont également Les Républicains qui sont parvenus à faire passer des résolutions non-contraignantes, à l’Assemblée nationale et au Sénat, appelant à une levée des sanctions contre la Fédération de Russie. Sachant que cela s’est fait contre les recommandations du gouvernement et au moment où la candidature de François Fillon était plus une option qu’un scénario réaliste, la future élite des Républicains a marqué quelques points auprès du pouvoir russe.

Malgré son contraste apparent avec l’attitude politique européenne habituelle, le succès de François Fillon auprès de la population française s’explique par d’autres causes. Le candidat des Républicains propose une série de réformes radicales, souvent qualifiées de thatchéristes et d’ultralibérales par ses opposants et c’est cette audace d’agir qui lui a permis de battre son rival Alain Juppé, lui aussi membre des Républicains, dont la modération commençait à être perçue comme une incapacité à adopter des réformes radicales.

La candidature présidentielle de Fillon intègre des initiatives portant sur la réduction de l’impôt sur les sociétés (de 33,33% à 25%), le relèvement de l’âge de la retraite (de 62 à 65 ans), la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires grâce à une augmentation de leur temps de travail, qui sera porté à 39 heures et le non-remplacement des départs à la retraite, le plafonnement des dépenses publiques afin d’abaisser le ratio dépenses/PIB sous le seuil de 50% (contre 57% actuellement) et l’interdiction de l’adoption par les couples homosexuels (sans abrogation du mariage gay mis en œuvre sous François Hollande).

Pour construire une plateforme viable afin de remporter l’élection présidentielle de 2017, François Fillon doit maintenant consolider Les Républicains autour de lui. Pour cela, il devra obtenir le ralliement de nombreux anciens rivaux, dont Nicolas Sarkozy, pour qui le candidat de droite conserve un « rôle spécifique ». Pour s’assurer l’appui des nombreux mouvements politiques ayant exprimé leur soutien à Alain Juppé et à son approche plutôt atlantiste de la politique étrangère, François Fillon devra faire des concessions. Mais il est peu probable que sa promesse de campagne de restaurer les relations stratégiques avec la Russie soit abandonnée une fois qu’il sera élu. D’autant que sa position pro-russe pourrait tourner à son avantage, signalant qu’il est capable de s’entendre avec les puissances internationales.

Dans les conditions actuelles, Marine Le Pen, présidente du FN, sera l’adversaire principal de François Fillon. Ces deux personnalités politiques françaises partagent certains points de vue : tous deux soutiennent la levée des sanctions contre la Russie, une réforme radicale de la sphère politique traditionnelle, la maîtrise de l’immigration et un retour (à des degrés variables) sur les mesures pro-LGBTQ mises en place par François Hollande. Marine Le Pen aura du mal à contrer François Fillon, assez constant dans sa critique des élites politiques françaises, une particularité que personne ne semblait prendre au sérieux car la plupart des analystes s’attendaient à un affrontement Sarkozy-Juppé. Au final, les derniers sondages présupposent que les deux candidats de droite se disputeront la présidence, François Fillon disposant d’un léger avantage au second tour.

Si François Fillon est élu président en mai 2017, sa victoire n’aboutira pas à une résolution immédiate de toutes les questions épineuses des relations entre l’Europe de l’Ouest et la Russie. Pourtant, elle déclenchera une tendance pan-européenne en direction d’une révision de la politique de l’Union européenne vis-à-vis de la Russie, tout comme la victoire de Donald Trump a ouvert la voie internationale à la recherche d’un partenariat avec Moscou. De plus, les élections fédérales allemandes se tiendront au second semestre 2017 et pratiquement tout renforcement du Parti social-démocrate, de Die Linke ou d’Alternative pour l’Allemagne, parti en pleine expansion, entraînera un adoucissement des positions à l’égard de la Russie. Dans un tel cas, les autres nations européennes suivront, les unes fort volontiers, et les autres, à contrecœur.

Texte original en anglais disponible sur le site de Russia Direct. Russia Direct est un média analytique international spécialisé dans la politique étrangère.

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