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La femme soviétique sous l’objectif de Vsevolod Tarassevitch

Rêveuses, sensuelles et spontanées : c’est ainsi que les femmes soviétiques sont apparues au monde sur les clichés du classique de la photo soviétique, Vsevolod Tarassevitch.
Par Daria Gridiaïeva

Samotlor, région de Tioumen (Sibérie occidentale), 1968. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF/ russiainphoto.ruSamotlor, région de Tioumen (Sibérie occidentale), 1968. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF/ russiainphoto.ru

Pour comprendre l’œuvre de Vsevolod Tarassevitch, il faut se rappeler les tâches fixées aux photographes de l’époque. Né deux ans après la Révolution d’octobre, le photographe a réussi à figer pas à pas sur la pellicule les bouleversements dans la vie sociale de l’énorme pays qu’était l’Union soviétique. Ses photos nous présentent ceux qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale et la collectivisation (le temps de la création de fermes agricoles collectives), ceux qui ont assisté aux premiers pas de l’humanité dans l’espace.

Une classe de danse à Norilsk (Sibérie orientale), 1965. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ruUne classe de danse à Norilsk (Sibérie orientale), 1965. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ru

Il commence sa carrière à l’agence TASS. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il travaille comme reporter au département politique du front Nord-Ouest puis du front de Leningrad. Il est l’un des plus jeunes photographes militaires de l’URSS. Ce sont les années 1940 qui voient s’épanouir le talent du jeune reporter dont le style devient facilement reconnaissable. Dans l’après-guerre, il travaille essentiellement dans une autre grande agence de presse, Novosti, qui accorde ses photos aux grands périodiques.

Les copines, région de Kirov (à environ 70 kilomètres au nord-est de Moscou), district de Vojgaly, kolkhoze Octobre rouge, années 1950. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ruLes copines, région de Kirov (à environ 70 kilomètres au nord-est de Moscou), district de Vojgaly, kolkhoze Octobre rouge, années 1950. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ru

Vsevolod Tarassevitch en était certain : pour réaliser une bonne photo, il ne suffit pas d’appuyer sur le bouton au bon moment ou de cadrer correctement. Outre les gestes purement techniques et le sens du goût, le photographe se doit d’avoir un niveau élevé de culture. C’est ainsi que le classique de la photo soviétique a formulé sa tâche dans la création : « Au moins trois lignes doivent se recouper en un point – l’extraordinaire, la situation et la tonalité –  et nous aurons une vraie photo ».

Des étudiantes de l’Université de Moscou dans un foyer, série Détachement d’étudiants-bâtisseurs de l’Université dans les îles Solovki, région d’Arkhangelsk (Nord-Ouest), île Solovki, années 1960. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ruDes étudiantes de l’Université de Moscou dans un foyer, série Détachement d’étudiants-bâtisseurs de l’Université dans les îles Solovki, région d’Arkhangelsk (Nord-Ouest), île Solovki, années 1960. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ru

Toutefois, le nom de Vsevolod Tarassevitch n’est pas entré dans l’histoire uniquement pour la grande qualité de ses photos. Il a réalisé une contribution de taille à l’innovation dans le reportage photo et a présenté les Soviétiques à sa manière.

Jeune fille, Moscou, 1963 – 1964. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ruJeune fille, Moscou, 1963 – 1964. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ru

Comme tout photographe professionnel, Vsevolod Tarassevitch réalisait des images mises en scène, mais à un moment donné il s’en détourna pour « immortaliser les faits et les phénomènes du quotidien, privés de tout pathos et de toute note théâtrale ». C’est à son nom que les experts lient le meilleur portrait du compositeur Dmitri Chostakovitch : Vsevolod Tarassevitch renonce au style officiel et prend le musicien en photo par une porte entrouverte pendant qu’il se repose entre deux répétitions.

La bibliothèque, fabrique textile 40 ans des Jeunesses communistes, République soviétique de Moldavie, Tiraspol, 1964. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ruLa bibliothèque, fabrique textile 40 ans des Jeunesses communistes, République soviétique de Moldavie, Tiraspol, 1964. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ru

Vsevolod Tarassevitch voulait mettre en lumière l’espace de la vie soviétique où les flashs des autres n’arrivaient jamais. Ses personnages ne marchent pas toujours au pas cadencé dans les neiges de Leningrad assiégée par les troupes nazies et ne sont pas obligatoirement plongés dans la résolution de problèmes complexes.

Jeune fille au bouquet, perspective Nevski, Leningrad, 1965. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ruJeune fille au bouquet, perspective Nevski, Leningrad, 1965. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ru

Ainsi, ses photos permettent de rompre avec l’image habituelle de la femme présentée par l’idéologie soviétique uniquement comme une mère, une travailleuse et une citoyenne.

La centrale hydraulique de Toktogoul, 1975–1976. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ruLa centrale hydraulique de Toktogoul, 1975–1976. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ru

La femme soviétique de Vsevolod Tarassevitch dépasse le cadre idéologique traditionnel et se présente comme un être rêveur, fragile et infiniment heureux non pour le peuple, mais pour soi-même, avec sa propre joie non dans la vie « collective », mais à un moment de sa propre vie.

Pause déjeuner, région de Kouïbychev (aujourd’hui Samara), Togliatti, 1981. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ruPause déjeuner, région de Kouïbychev (aujourd’hui Samara), Togliatti, 1981. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ru

Les femmes que nous contemplons aujourd’hui sur ses photos jouent aux dominos, flirtent avec les hommes en discothèque, s’amusent à s’asperger d’eau lors de travaux de chantier et peuvent même s’endormir en cours à l’université.

Sans titre, 1972. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ruSans titre, 1972. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ru

Ce photographe de talent essayait d’accepter la femme soviétique telle qu’elle était, en lui permettant de s’épanouir dans sa spontanéité.

Samotlor, région de Tioumen, 1968. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ruSamotlor, région de Tioumen, 1968. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ru

Vsevolod Tarassevitch la dévoile au monde d’une façon nouvelle qui n’exige pas obligatoirement le recours aux symboles idéologiques de l’époque soviétique comme la faucille et le marteau. L’attention du spectateur est attirée par des détails insignifiants : une petite ride au coin de l’œil provoquée par un large sourire, un T-shirt illuminé par le soleil ou des cheveux flottant au vent.

Jeunes filles qui rient, années 1970. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ruJeunes filles qui rient, années 1970. Crédit : Vsevolod Tarasevich / MAMM – MDF / russiainphoto.ru

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Tags: urss, femmes, photographie

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