La victoire de François Fillon vue par la presse russe

28 novembre 2016 Daria Gridiaïeva
Au terme du second tour, François Fillon a nettement remporté la primaire de la droite et du centre. Les résultats ont été annoncés dans la nuit du 27 au 28 novembre. L’ex-premier ministre de Nicolas Sarkozy a recueilli environ 67% des voix, même si Alain Juppé avait promis de prendre sa revanche sur son rival après sa deuxième position au premier tour.
Francois Fillon
Francois Fillon. Crédit : AP

L’ancien président Nicolas Sarkozy, qui avait été présenté comme le candidat privilégié de Moscou par certains médias, n’avait, lui, même pas pu se qualifier pour la finale. Malgré le résultat inattendu de cette primaire, la Russie a salué le triomphe de François Fillon, rapporte la presse russe. Avant tout pour ses positions sur certains problèmes de politique internationale, qui sont assez similaires à celles du Kremlin.

« Meilleur allié que Sarkozy »

« Pour la Russie, François Fillon pourrait être un meilleur allié que Nicolas Sarkozy, que Marine Le Pen et surtout qu’Alain Juppé, sans parler des candidatures encore incompréhensibles des partis de gauche », estime le correspondant à Paris du journal Kommersant, Alexeï Tarkhanov. 

Le journaliste rappelle que lorsque Vladimir Poutine était premier ministre, Nicolas Sarkozy, bien que décidé à renforcer le dialogue franco-russe, « préférait parler, et ce de manière ostentatoire, à Dmitri Medvedev, président à l’époque. Quant à François Fillon, il a été plus d’une fois l’invité personnel de Vladimir Poutine, ce qui d’ailleurs lui a été reproché en France ».

Il partage certaines vues du Kremlin en politique internationale

« Sur nombre de points de l’ordre du jour social et économique, les vues de François Fillon coïncident avec les positions de ses rivaux de la droite et du centre, indique le journaliste de l’agence RIA Novosti Daniil Nizamoutdinov. Selon lui, c’est son attitude plus pragmatique en politique internationale » qui a fait de François Fillon « le candidat le plus pro-russe ».

« Sans mettre en doute l’alliance stratégique avec les États-Unis, François Fillon estime absurde et infructueuse la politique de l’actuelle présidence française vis-à-vis de la Russie  », fait-il remarquer.

Toutefois, ce qui revêt une importance particulière aux yeux du Kremlin, c’est la position de l’ex-premier ministre français sur les conflits armés en Ukraine et en Syrie, poursuit Daniil Nizamoutdinov.

Quant à l’agence TASS, elle souligne que François Fillon « relève l’importance de coopérer avec la Russie dans la lutte contre l’organisation terroriste État islamique (interdite en Russie) ».  

La presse russe se félicite également de la position de François Fillon sur la Crimée et sur la responsabilité de l’Ukraine dans la lente mise en œuvre des accords de Minsk.

Un candidat ni pro-russe, ni pro-américain, mais pro-français

Bien que certains médias russes s’aventurent à affirmer que François Fillon est un candidat « pro-russe », voire « pro-Poutine », ce point de vue est loin d’être partagé par tout le monde.

« François Fillon est un politique ni pro-russe, ni pro-américain, mais pro-français  », a souligné dans les colonnes du journal en ligne Moskovski komsomolets, Youri Roubinski, chef du Centre des études françaises à l’Institut d’Europe.

D’après lui, « il serait exagéré d’affirmer que François Fillon est un candidat purement pro-russe, un candidat du Kremlin  ». En réalité l’homme politique français défend les intérêts de la France.

« Il a résumé ses vues sur la politique étrangère, notamment sur les relations avec la Russie comme suit : des valeurs communes avec les États-Unis, mais des intérêts pouvant être différents. Ainsi, face au danger mortel que présente le djihadisme totalitaire pour la civilisation moderne, la coopération avec la Russie, y compris au Proche-Orient et en Syrie, est indispensable », a souligné Youri Roubinski.

Tout va-t-il pour le mieux pour la Russie ?

Selon Igor Gachkov (Expert), « ce nouveau succès électoral d’un candidat ultraconservateur dans un pays occidental permet de constater la formation d’une tendance très favorable à la Russie  » : la politique euro-américaine est de plus en plus marquée par « l’effet domino », car « l’élection d’un politique de droite augmente les chances de ses partisans dans les autres pays ».

« Nous verrons si les sympathies des dirigeants de la nouvelle génération envers la Russie sont solides. Toutefois, le programme minimum que s’est assigné le Kremlin ces dernières années – ouvrir une brèche dans la position solidaire de l’Occident [soudé contre la Russie, ndlr] – semble plus que jamais proche de sa réalisation », estime Igor Gachkov.

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