« Ici, nous avons enregistré un record de production : nous avons sorti de terre 32 500 tonnes de petits pois. Bien sûr, la météo y est pour beaucoup, mais c’est également grâce à notre connaissance et notre maîtrise des techniques ». Entre deux exploitations, plein soleil, le responsable du complexe agro-industriel de Bonduelle, Sergueï Kovalev, vante les mérites de la terre noire du Kouban. Au début des années 2000, des tests agronomiques ont convaincu le groupe français d’investir ici, dans le kraï de Krasnodar, dans le sud-ouest du pays. Aujourd’hui, Bonduelle exploite 11 000 hectares dans la région et règne sur le marché du légume en conserve.

L’entreprise a commencé à travailler en Russie en 1995. Dans un premier temps, les produits commercialisés sont importés de l’usine hongroise de la marque. En 1998, la crise économique qui secoue la Russie incite la direction à modifier sa stratégie. Bonduelle ouvre sa première usine locale en 2004 à Novotitarovskaïa, au nord de Krasnodar.

« Exporter ce type de produits, pas chers au kilo, vers un pays éloigné comme la Russie, c’est impossible. Les coûts logistiques finiraient par devenir supérieurs au coût du produit lui-même », explique le PDG du groupe, Christophe Bonduelle, venu célébrer vingt ans de présence de son entreprise familiale en Russie. À Timachevsk, où le groupe a mis en route une deuxième usine, un chapiteau blanc a été dressé pour l’occasion. À l’abri du soleil, les représentants des autorités locales se succèdent au micro pour féliciter l’équipe dirigeante qui retrace son ascension russe. Bonduelle y réalise aujourd’hui plus de 10% de son chiffre d’affaires, plaçant la Russie parmi ses principaux marchés avec l’Amérique du nord et l’Allemagne.

« C’est l’accomplissement magnifique d’une aventure qui, au départ, paraissait très risquée. Ce pays, nous le connaissions à peine dans les années 1990, se félicite Guillaume Debrosse, directeur du secteur Russie-Communauté des États indépendants (CEI). La chance de Bonduelle, c’est d’être arrivé au moment où toutes ces grandes chaînes de distribution se sont mises à se développer à une vitesse vertigineuse. Notre essor a accompagné le développement très fort de nos clients », explique-t-il.

La marque jouit aujourd’hui d’une solide notoriété dans le pays et Bonduelle entend développer les capacités de production locales : pour ce faire, le groupe compte investir cinq millions d’euros dans les deux prochaines années. « En Russie, nous courons en permanence après notre développement, indique M. Bonduelle. Nous n’y sommes pas encore autonomes, nous devons encore compléter par un peu d’importations, et à chaque fois que nous ajoutons de la capacité, nos ventes augmentent aussi ».

Le marché russe a par ailleurs une place stratégique dans la mesure où Bonduelle exporte également depuis la Russie vers d’autres pays de la CEI – Kazakhstan, Biélorussie, Arménie.

La crise : un accélérateur

Dans un climat d’affaires parasité par les sanctions économiques contre la Russie et l’embargo décrété par Vladimir Poutine visant les produits agro-alimentaires, le groupe Bonduelle affiche une santé enviable : il produit 70% de sa marchandise sur place. Le reste n’est pas concerné par l’embargo : les aliments en conserve ne figurent pas sur la liste des produits interdits. Néanmoins, l’entreprise n’est pas totalement hermétique au contexte économique, nuance Christophe Bonduelle : « Une partie importante de nos coûts est libellée en dollars - la logistique, les semences, les produits phytosanitaires, mais aussi les boîtes vides. Nous sommes impactés non pas par l’embargo, mais par le niveau du rouble qui s’est énormément dévalué ».

Selon M. Bonduelle, la crise peut avoir un effet accélérateur : inciter à approfondir l’implantation locale et ainsi réduire la dépendance envers les importations. Pour l’heure, le groupe semble avoir mis entre parenthèses sa gamme de produits surgelés, visés par l’embargo – une part marginale de ses ventes. Les légumes composant ses marchandises viennent de Pologne, et il n’existe pas de filière de surgélation en Russie. Sur place, Bonduelle dit avoir des difficultés à trouver techniciens et agronomes suffisamment qualifiés, si bien que des formations sont organisées dans les usines européennes. Pour pallier cette faiblesse, le groupe a noué un partenariat avec l’université de Krasnodar.