Les gisements de pétrole russes sont-ils proches de l’épuisement?

5 avril 2017 Vzglyad
Les gisements russes d’or noir conventionnel sont-ils réellement proches de l’épuisement? Combien de combustible fossile contiennent-ils à ce jour?
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Le sujet a d’ores et déjà généré de virulents débats. Crédit : Reuters

Le gisement d’Erguinsk, dernier des grands gisements « onshore » russes situé dans le district autonome des Khantys-Mansis, a été mis aux enchères. Le gagnant sera annoncé d’ici le 7 juin. Le prix de départ du gisement est de 7 milliards de roubles (116 millions d’euros).

Les réserves prouvées du gisement s’élèvent à 64 971 millions de tonnes, les réserves potentielles représentent 307 195 millions de tonnes. Ce projet juteux attire de nombreux prétendants, dont les russes Rosneft, Gazprom Neft, IPC, Surgutneftegas et Novatek. Le traitement de la totalité du pétrole du gisement par les raffineries russes figure parmi les conditions de l’appel d’offres.

À quand la fin du pétrole en Russie ?

Il s’agit du dernier grand gisement pétrolier conventionnel dont disposait encore la Russie. Qu’adviendra-t-il après ?

Récemment, le patron de Sberbank Guerman Greff a déclaré que les matières premières russes s’épuiseraient vers 2028–2032, il n’en reste donc plus que pour 10 à 20 ans. Cette prévision est cependant contestée par les pétroliers et les experts.

En mars, le ministre de l’Energie Alexander Novak annonçait que la Russie disposait de réserves prouvées de pétrole et de gaz pour plus de 50 ans (avec un coût de production de 10 à 15 dollars le baril seulement), ainsi que d’un immense potentiel d’hydrocarbures sur le plateau offshore dans l’Arctique.

« Je suis surpris de lire des histoires d’épouvante sur l’épuisement prochain du pétrole en Russie, indique Sergueï Donskoï, ministre des Ressources naturelles et de l’Ecologie, dans un récent entretien avec l’agence russe TASS. Sachez que nos réserves prouvées conventionnelles sont suffisantes pour au moins 30 ans si l’on n’investit pas dans la prospection géologique et les nouvelles technologies. Et nous y investissons tous les ans, donc dans 30 ans, nous aurons toujours autant de réserves ».

Une partie des gisements de Sibérie occidentale est effectivement proche de l’épuisement. Cependant, la Russie compte plusieurs gisements considérés comme très grands selon les standards mondiaux, avec des réserves s’élevant à plusieurs milliards de barils. Simplement, ce pétrole n’est pas encore comptabilisé. Ainsi, les réserves de pétrole offshore du bassin de Sibérie occidentale sont estimées à 3,6 milliards de barils et celles de la mer de Barents, à 7,4 milliards de barils.

Cependant, l’infrastructure pétrolière doit être créée presque entièrement de zéro dans ces régions, précise Roman Tkatchouk d’Alpari. Par ailleurs, les pétroliers devront lever des crédits à long terme, ce qui n’est pas souhaitable compte tenu de la faiblesse actuelle des prix du pétrole. De plus, il faut attirer des partenaires étrangers pour s’assurer des marchés.

« Le point essentiel de la révolution du schiste qui a eu lieu aux États-Unis est qu’elle a démontré l’existence de pétrole non conventionnel. C’est un nouveau type de pétrole qui a permis de comptabiliser de nouvelles réserves. Cela concerne tant le pétrole de schiste que le pétrole des sables bitumeux, etc. », explique Simonov.

Combien coûte l’exploitation des nouveaux gisements ?

Il est évident que le coût d’exploitation du pétrole non conventionnel sera élevé et que ce pétrole nécessite encore un travail de prospection. Le plateau offshore est, pour le moment, très peu étudié. « Mais c’est une chose d’avoir du pétrole plus cher, et une tout autre chose si vous n’en avez pas du tout. Le Japon, par exemple, n’a pas du tout de pétrole, alors que la Russie en a. Les États-Unis ont du pétrole de schiste, le Canada, du pétrole bitumeux. Nous avons Bajenov et les plateaux offshore », souligne Simonov.

D’ailleurs, l’ère des prix du pétrole faibles est amenée à s’achever et l’exploitation du pétrole offshore ne revient pas à 100 dollars le baril. « Selon nos estimations, la plupart des projets en Sibérie orientale et sur le plateau offshore deviennent rentables si le prix du pétrole s’établit au niveau de 60 à 80 dollars le baril. Cependant, l’exploitation du plateau arctique nécessite des technologies modernes qui appartiennent aux pays occidentaux. Ainsi, l’exploitation pourrait buter sur la question de la levée des sanctions », explique Roman Tkatchouk.

Si le prix du Brent reste en dessous de 60–70 dollars, les compagnies russes « presseront » les gisements de Sibérie occidentale et du district des Khantys-Mansis jusqu’au bout en forant de nouveaux puits. 

Le texte est publié en version abrégée. Le texte intégral en russe est disponible sur le site de Vzgliad.

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